Mademoiselle et son bébé (Bachelor mother, Garson Kanin, 1939)

Prise pour la mère d’un bébé abandonné, une vendeuse se retrouve à devoir le garder si elle veut garder son emploi.

Le postulat qui, avec le plus grand des naturels, cristallise en quelque sorte une double oppression capitaliste et patriarcale, est prometteur mais l’intrigue fait vite fi de la crédibilité des comportements au profit de rebondissements conventionnels qui émoussent la satire. La mise en scène est trop terne, trop timide, pour transfigurer ces lacunes scénaristiques; David Niven et Ginger Rogers sont sympathiques mais n’ont pas la vitalité comique de Cary Grant et Irene Dunne.

Entrons dans la danse (The Barkleys of Broadway, Charles Walters, 1949)

L’amour d’un couple de danseurs est mis à mal par les velléités théâtrales de la dame.

Dernier film de Fred Astaire et Ginger Rogers. Au niveau de la danse, c’est assez inégal dans la mesure où certains numéros (les Ecossais…) sont peu dynamiques et altèrent le rythme général du film tandis que d’autres sont de purs ravissements. Un pas de deux de Ginger et Fred, cela restera toujours une certaine idée de la grâce au cinéma. Entrons dans la danse en compte évidemment plusieurs. De plus, le récit en forme de comédie de remariage sied parfaitement au come-back du duo et, narré qu’il est avec élégance et légèreté, achève de rendre le film particulièrement touchant.

La fille de la cinquième avenue (Gregory La Cava, 1939)

Déprimé par sa famille qui a oublié son anniversaire, un PDG rencontre une jeune chômeuse à Central Park. Charmé et décidé à se venger des siens, il lui propose de vivre chez lui…

La fille sur la cinquième avenue est donc une comédie sociale à la Capra. Le personnage de Ginger Rogers a évidemment une importante dimension symbolique puisqu’il agit comme un détonateur au sein de la famille bourgeoise américaine. Néanmoins, les acteurs éminemment sympathiques et l’humour omniprésent donnent vie à la fable. Par ailleurs, l’évolution des personnages est relativement subtile (la famille n’est pas une bande de méchants), ce qui rend ce film nettement plus entraînant que My man Godfrey, autre célèbre comédie de La Cava dont les intentions étaient plus lourdes. Une réussite.

Pension d’artistes (Stage door, Gregory La Cava, 1937)

Chronique d’une pension de comédiennes.

Contrairement à d’autres réalisateurs de l’époque, Gregory La Cava n’a pas débuté au théâtre et pourtant ce film est très théâtral. Très écrit, Pension d’artistes repose sur ses dialogues plus que sur sa mise en scène peu dynamique. L’acuité du regard sur un large panel de femmes qui agitent leurs rancoeurs et leurs espoirs dans un espace clos rappelle George Cukor. D’autant que, de Katharine Hepburn à Ginger Rogers, l’interprétation est éblouissante. L’humour est acerbe, les nombreuses répliques cinglantes montrent la dureté du métier d’actrice. Ce qui n’empêche pas, ici et là, l’émergence d’une certaine tristesse. C’est du cinéma brillant mais calculé de bout en bout.

Lune de miel mouvementée (Once upon a honeymoon, Leo McCarey, 1942)

La folle équipée à travers l’Europe occupée par les nazis d’un journaliste américain et de l’épouse d’un espion allemand.

Lune de miel mouvementée est donc la contribution de Leo McCarey à l’effort de guerre hollywoodien. Loin d’être nul, le film n’est cependant pas à la hauteur des meilleures comédies du maître. Un scénario paresseux rend les intentions des auteurs trop visibles par rapport au reste (personnages, intrigue…). En revanche, lors des moments où les sentiments individuels s’immiscent dans la mécanique de propagande, McCarey tape dans le mille comme il a toujours tapé dans le mille lorsqu’il s’agissait d’insuffler de l’émotion à une comédie. Ainsi quand le journaliste cite des vers d’Irving Berlin à la jeune mariée qui se met à pleurer, c’est beau, ça touche juste.

Sur les ailes de la danse (Swing time, George Stevens, 1936)

Un pas de deux de Ginger Rogers et Fred Astaire, c’est une certaine idée de la grâce sur grand écran. Evidemment, il s’agit d’abord de danse, mais la variété des points de vue offerte par la caméra décuple l’émerveillement. L’histoire n’est ici pas très intéressante mais chaque numéro musical est l’occasion de bénir l’outil cinématographique qui a permis d’immortaliser la légèreté aérienne et l’élégance infinie de chaque mouvement du couple. Swing time, c’est la poésie du studio, c’est l’enchantement du factice, c’est l’usine à rêves à son rendement maximal, c’est le cinéma plus beau que la vie, c’est le témoin d’une époque à jamais révolue où l’idée de toucher une caméra n’avait pas encore effleuré des gens comme Michelangelo Antonioni.

Uniformes et jupons courts (The major and the minor, Billy Wilder, 1942)

Une comédie réjouissante que ce premier film, certainement pas mineur, réalisé par Billy Wilder à Hollywood. Les dialogues sont piquants, les personnages secondaires bien croqués, le rythme parfait et le comique de situation permanent. Wilder était déja un virtuose de l’écriture, après avoir scénarisé avec son compère Charles Brackett plusieurs comédies de Lubitsch ou Leisen à la Paramount. Sans parler de ses réalisations en Europe. Bref le film est très drôle et on ne s’ennuie jamais car les personnages sont attachants et l’histoire ne se résume pas à une succession de gags. Qui plus est, Wilder introduit sa dose de subversion habituelle en racontant une histoire d’amour entre une jeune femme qui se fait passer pour plus jeune qu’elle n’est et un officier qui ne sait pas qu’elle a plus de douze ans quand il tombe amoureux d’elle.