Volets clos (Luigi Comencini, 1951)

Suite à un appel au secours, une femme part à la recherche de sa soeur tombée dans la prostitution.

Le manque de concision du scénario rend certains passages ennuyeux mais la délicatesse de Comencini ainsi que l’ambiguïté inattendue du comportement de la soeur apportent une appréciable singularité au mélo. A posteriori, il est facile de déceler dans chacune des scènes avec des enfants la touche du futur réalisateur de L’incompris. Ainsi de cette brève séquence où une prostituée et son ami font sauter le fils de celle-ci à travers les marches de l’escalier qu’ils descendent. C’est une pure idée de mise en scène qui n’a rien d’anodin mais qui en l’espace de cinq secondes insuffle une incommensurable charge de tendresse au plan. Tout Comencini est déjà là.

Juliette des esprits (Federico Fellini, 1965)

Les rêveries de l’épouse délaissée d’un bourgeois italien.

Le premier film en couleurs de Fellini inaugure une (longue) série de loukoums kitschs et auto-complaisants. Le cinéaste met en scène fantasmes et souvenirs sans le moindre souci de cohérence, de ligne directrice. Juliette des esprits se réduit à un cirque grotesque qui part dans tous les sens. A cette époque, le style de Fellini est de plus en plus détaché du réel. La « poésie du maestro » a largement pris le pas sur la vérité chaplinesque des pépites réalisées lors de la décennie précédente  (Les nuits de Cabiria en premier lieu). Autorités morales et sectes new-ages étant caricaturées de la même manière carnavalesque, le film ne dit rien de consistant et apparaît en fait très uniforme sous ses dehors baroques et foisonnants. Le traitement du démiurge nombriliste qu’est Fellini étouffe complètement son sujet éventuel. Toute vie, tout naturel mais aussi et surtout tout érotisme sont bannis. Ne reste qu’une ribambelle inexpressive de couleurs saturées et de décors délirants.