Les innocents (Jack Clayton, 1961)

Le classique du « film de gouvernante anglaise envoyée s’occuper de gamins à l’imagination fertile qui vivent reclus dans un manoir à moitié hanté ».

A ma connaissance, il n’a jamais été dépassé. La raison est simple: Les innocents est une splendeur formelle, un film parfaitement mis en scène. Le découpage rigoureux alterne avec une pertinence  de chaque instant gros plans sur les visages et plans d’ensemble. Le Cinémascope Noir&Blanc de Freddie Francis est superbe et contribue à l’atmosphère gothique du film. Loin d’être étouffante, cette maîtrise classique crée de ambiguïté, interroge le regard du spectateur sur les éléments irrationnels: ne seraient-ils pas que le fruit de l’imagination d’une vieille fille frustrée par son éducation anglicane ? Jusqu’aux dernières images, le mystère est maintenu. En effet, comme tous les grands du fantastique, les auteurs se servent du genre pour traiter de thématiques d’ordre plus général que l’existence des revenants: ici, le récit est une matière élégamment exploitée par Jack Clayton pour parler de perversion engendrée par la répression des désirs sexuels. Deborah Kerr est grande; comme toujours mais il faut le dire alors je le dis.

L’effroyable secret du Dr Hichcock (Riccardo Freda, 1962)

Les tribulations d’un docteur londonien qui se sert de son produit anesthésique pour assouvir ses fantasmes nécrophiles.

L’effroyable secret du Dr Hichcock est un film typique du maniérisme fantastique. Freda se soucie plus de l’atmosphère et du visuel que de la narration et des personnages. Ce qui ne va pas sans une certaine complaisance qui nuit à la cohérence profonde de l’ensemble. Certains passages obligés (par exemple la fille en chemise de nuit poursuivie dans un souterrain) sont étirés au-delà du raisonnable et le rythme s’en trouve considérablement affaibli.

Riccardo Freda a un talent certain: le talent d’un petit maître qui n’invente rien mais qui est plastiquement inspiré. Sa mise en scène compile les poncifs de l’esthétique gothique-londonienne avec une maîtrise visuelle qui ne manquera pas de séduire l’amateur. Dommage que les comédiens soient fades et le scénario médiocre: le sujet -la nécrophilie- est intéressant mais des rebondissements grotesques annihilent le récit. D’où l’impression finale que laisse cette jolie coquille vide qu’est L’effroyable secret du Dr Hichcock: une impression de profonde vanité.