La flamme pourpre (Robert Parrish, 1954)

En Birmanie pendant la seconde guerre mondiale, un aviateur anglais traumatisé par la mort de sa femme s’attache à une jeune Asiatique…

Le sujet est conventionnel mais le traitement est digne. Gregory Peck, tout en sobriété, dément encore une fois sa réputation d’acteur de deuxième ordre. Le Technicolor chaleureux et sensuel rappelle celui de Leon Shamroy. C’est un joli film qui n’a toutefois rien d’inoubliable.

Les bravados (Henry King, 1958)

Un étranger arrive dans une petite ville de l’Ouest la veille de la pendaison d’une bande de pilleurs de banque…

Et je n’en dis pas plus parce que l’exposition des Bravados est une des toutes meilleures du genre. Les informations sont distillées avec parcimonie, entretenant magistralement le mystère autour des personnages sans jamais que ce mystère ne devienne une fin en soi et n’en vienne à altérer l’intérêt de leurs caractères. Par la suite, le déroulement du film devient plus conventionnel mais Henry King sait exploiter les passages obligés pour épaissir ses personnages. Le talent de ce vétéran de la mise en scène se manifeste par exemple dans les séquences de violence d’une dureté assez inhabituelle. Cette dureté permet notamment d’exprimer l’horreur des sentiments qui animent les protagonistes, fussent-ils du bon côté de la barrière. Ces éclats au sein d’un ensemble d’une magnifique facture classique (c’est toujours Shamroy à la photo) contribuent au discours simili-langien d’un western qui se veut intelligent. On regrette donc les petites lourdeurs du scénario qui appuient ce discours à la fin. Elles empêchent Les bravados de se hisser à la hauteur de La cible humaine (le chef d’oeuvre de King dans le genre) ou des westerns de Mann scénarisés par Borden Chase. Il n’en reste pas moins un très bon film.

Un homme de fer (Twelve O’Clock High, Henry King, 1949)

Film sur la première escadrille américaine envoyée sur le sol européen pendant la seconde guerre mondiale. C’était celle assignée aux tâches les plus dangereuses et son commandant avait fort à faire pour motiver ses hommes.

Un homme de fer est un film de guerre particulièrement austère, entièrement filmé dans une caserne. A l’exception de la mission finale, les combats s’y déroulent hors-champ. La propagande y est pour ainsi dire absente. En effet, le film montre comment les exigences du système militaire peuvent broyer un homme. La progression dramatique, qui s’effectue essentiellement via des scènes de dialogues,  est subtile et intelligente. Le film est peut-être un peu trop long mais le style d’Henry King l’aère considérablement. Ainsi, l’intimisme vient heureusement  se greffer à l’évocation militaire. Par exemple, l’histoire est racontée avec un long flashback représentant le souvenir d’un militaire sur le  point de rentrer chez lui; ce qui donne une tonalité mélancolique inattendue au film de guerre. Un homme de fer est parsemé de ces touches typiques de King, toutes en pudeur, litotes et suggestions qui permettent au cinéaste d’insuffler discrètement mais sûrement sa sensibilité. Il est bien aidé en cela par un très bon Gregory Peck qui entamait alors une fructueuse collaboration avec le cinéaste. Bref, bien que parfois un peu pesant, Un homme de fer est un beau film classique et profondément humaniste.

Days of glory (Jacques Tourneur, 1944)

Le combat d’un groupe de résistants russes contre les Allemands.

Qu’est ce qui fait qu’un film de Jacques Tourneur tourné à la RKO vous ensorcèle dès ses premières images? C’est très difficile à définir tant le charme de ces films est subtil. Prenez ce Days of glory, un produit de propagande plus ou moins oublié qui devrait être une œuvre tout ce qu’il y a de plus anecdotique. C’est vrai que c’est un film de série gorgé de conventions. Stéréotypes hauts en couleur, idylle entre le chef des résistants (Gregory Peck qui débute ici au cinéma) et une beauté slave, gamine incongrue mais attendrissante, sacrifice héroïque final…Des conventions que Tourneur ne cherche même pas à esquiver. On est en 1944 et il faut, après avoir fait des films anti-russes, faire des films pro-russes. Tourneur fait donc un film pro-russe. Et pourtant ce film de guerre ne ressemble à aucun autre.

Il y a d’abord cette poésie visuelle typique de la RKO de l’époque. Vous savez, cette sorte de perfection plastique. Ce permanent souci du beau dans la composition et les éclairages des cadres, souci qui évidemment n’interfère jamais avec l’efficacité narrative. La  sublime lumière née de l’alliage entre un noir et blanc contrasté et une nature de studio justifie à lui seul l’intérêt de Days of glory. Mais il n’y a pas que ça. Il y a également cette espèce de détachement de Tourneur par rapport à l’action qu’il filme. Ce n’est pas de l’ironie, c’est une sorte de juste distance par rapport à un scénario idiot qui rend son film paradoxalement plus fascinant que les films analogues mais plus mouvementés qu’un Walsh tournait à la même époque. Ce détachement répond peut-être à la mélancolie des combattants.  C’est une autre originalité de ce film que d’insister dans sa première partie -la seconde est plus conventionnelle- sur ce que chaque résistant a perdu, physiquement et émotionnellement, avec l’invasion allemande. Les scènes nocturnes où plusieurs d’entre eux se confient à la mystérieuse étrangère sont parfaitement représentatives de la singulière beauté de ce Days of glory.

David et Bethsabée (Henry King, 1951)

L’amour interdit entre le roi David et Bethsabée, l’épouse délaissée du plus vaillant de ses officiers.

David et Bethsabée est un peplum qui n’a rien de démesuré. Pas de bataille, peu de figurants, une durée raisonnable, le focus sur une histoire d’amour. C’est en fait un film que l’on peut qualifier d’intimiste. La mise en scène de Henry King y est d’une élégance rigoureusement classique. Cette approche n’est peut-être pas idéale pour évoquer les passions charriées par l’histoire de David et Bethsabée, l’expression des tourments des personnages est parfois trop verbeuse pour convaincre mais la beauté simple des cadrages, la chaleur du Technicolor de Leon Shamroy, la qualité du jeu de Gregory Peck et plusieurs idées intéressantes de narration (le flashback final) ou de mise en scène (le retour de David au champ de bataille) en font un beau film qui plaira tout particulièrement aux happy few que sont les amateurs du style feutré et délicat de Henry King.

Les neiges du Kilimandjaro (Henry King, 1952)


Médiocre adaptation d’Ernest Hemingway. Gregory Peck n’est pas très à son aise et le style très classique d’Henry King n’est pas adapté au portrait de cet écrivain baroudeur et tourmenté. Passées à la moulinette hollywoodienne, les affres de de la Génération perdue apparaissent comme des peripéties mélodramatiques convenues. Heureusement, Zanuck a mis les moyens et le Kenya, Paris et l’Espagne donnent lieu à des vignettes pittoresques et dépaysantes. Le Technicolor de Leon Shamroy est magnifique.  Un film qui reste en surface des choses. La surface est jolie mais pas très expressive.

Le pays de la violence (I walk the line, John Frankenheimer, 1970)

Dans une petite ville du Tennessee, un shérif marié s’amourache de la fille d’un trafiquant d’alcool…
L’ambiance du sud américain est remarquablement captée. Le rythme du film épouse la langueur associée à cette région, la caméra est particulièrement attentive aux tronches typiques de hillbillies. La sensualité innée de la jeune Tuesday Weld qui réveille le désir du shérif contribue à une atmosphère de concupiscence larvée qui rappelle l’univers d’Erskine Caldwell tandis que la sécheresse du style de Frankenheimer renforce le caractère inéluctable de la descente aux enfers du héros. Tout le film est une mise en pièce progressive de ses illusions. Celui qui tente de sortir de son cadre de vie mortifère, celui qui « walks the line », en paye le prix fort. L’interprétation de Gregory Peck vieillissant insuffle une émotion qui empêche l’oeuvre de sombrer dans le pessimisme facile et cynique.
Scandé par la magnifique country de Johnny Cash qui donne un sens métaphysique aux images automnales du cinéaste, I walk the line est une tragédie âpre qui compte parmi les plus beaux films de John Frankenheimer.