Untel père et fils (Julien Duvivier, 1940)

De 1870 à 1939, l’histoire d’une famille française, les Froment.

Condenser 70 ans de guerres, de mariages et de conflits familiaux en 80 minutes (il  existerait une version de 114 minutes) ne va pas sans dilution à peu près totale de l’intérêt dramatique.  Les décors de studio et le défilé de stars accentuent l’aspect artificiel de ce projet commandé en haut lieu pendant la drôle de guerre. Au sein de ce navet officiel et insignifiant, je retiens quand même une scène: celle des retrouvailles de Raimu et Suzy Prim, portée par le talent des deux comédiens, qui trouve le temps et les répliques pour s’épanouir.

Lothringen! (Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, 1994)

A Metz après l’annexion prussienne, une logeuse et sa grand-mère accueillent un professeur allemand.

C’est du moins le résumé du chef d’oeuvre de Maurice Barrès, Colette Baudoche, dont est adapté ce moyen-métrage des Straub.  Le problème étant que les Straub en question ont cru malin d’évacuer la fiction, ses personnages,  son dilemme cornélien et sa force tragique pour se contenter de monter une suite d’images de la Lorraine sans queue ni tête avec des morceaux du livre lus en voix-off d’un ton monocorde par dessus. Je défie quiconque n’a pas lu le roman d’y comprendre goutte. Ajoutons à ça que les plaines lorraines sont filmées avec de très lents panoramique qui n’ont pas la moindre nécessité dramatique ni plastique. Abscons et fumeux, Lothringen! est un foutage de gueule bel et bien straubien.

Boule de suif (Christian-Jaque, 1945)

Film assez typique de la qualité française. Adaptation de classiques littéraires (le film s’inspire de deux nouvelles de Maupassant: Boule de suif mais aussi Mademoiselle fifi), direction artistique fastueuse, dialogues de Jeanson, comédiens de métier…Pour toutes ces raisons, le film n’est pas trop désagréable à regarder. Malheureusement, il est handicapé par un scénario médiocre: personnages réduits à des archétypes et déterminés du début à la fin par la charge sociale qu’ils cristallisent, présence de séquences superflues sans rapport avec l’intrigue qui ne sont là que pour montrer combien les Allemands sont horribles. Cet esprit revanchard est tout à fait compréhensible vu la date de tournage du film mais il apparaît un peu lourd aujourd’hui.

Ce qui rend le film intéressant, c’est le travail de Christian Matras, génial chef opérateur qui allait photographier Le plaisir quelques années plus tard. C’est le plus beau compliment qu’on puisse faire au film de Christian-Jaque que de dire que son rendu plastique anticipe celui du chef d’oeuvre de Max Ophuls. Les images sont superbement éclairées, les mouvements d’appareil dynamisent considérablement la mise en scène (notamment les panoramiques accélérés).