Le sable était rouge (Beach red, Cornel Wilde, 1967)

Pendant la seconde guerre mondiale, des troupes américaines entreprennent la conquête d’une île du Pacifique…

Ce qui frappe d’abord, ce sont les vingt premières minutes consacrées à la progression des hommes qui débarquent. Quasiment pas de dialogue, aucune caractérisation individuelle des fantassins, uniquement la guerre et ses détails gores. Avant de tourner Il faut sauver le soldat Ryan, Spielberg a probablement vu ce film dont des réminiscences se retrouvent également dans La ligne rouge (la mélancolie détachée, la voix-off très présente, l’importance de la nature) et dans Lettres d’Iwo Jima (le contrechamp japonais).

Cette modernité d’approche se traduit également en termes stylistiques. Les habituels flashbacks qui permettent de présenter les personnages ont ici la forme d’images fixes. Cette originalité formelle donne à Beach red des allures de film de Fuller revu par Alain Resnais. Loin d’être stérile, le parti-pris s’avère payant sur le plan émotionnel, l’immobilité de l’image accentuant l’éloignement du souvenir.

Même s’il ne convainc pas à 100% à cause de quelques coups de mou au niveau du rythme et d’un découpage qui n’a pas la vivacité d’un Fuller ou d’un Walsh, Beach red est un beau film où la conviction pacifiste de l’auteur se traduit par des idées variées et parfois touchantes (la fin, aussi simple que terrible).

Première victoire (In harm’s way, Otto Preminger, 1965)

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Les premiers mois de la guerre du Pacifique vus à travers l’itinéraire professionnel et sentimental d’un capitaine de croiseur…

Après Exodus, Tempête à Washington et Le cardinal, Otto Preminger poursuit sa série des films « à grand sujet ». Plus que jamais, le récit est ample, la dramaturgie est subtile et le découpage est fluide. De plus, le Cinémascope Noir&Blanc allié à l’excellente musique de Jerry Golsmith fait office de somptueux écrin. Quelques conventions -tel le sacrifice de Kirk Douglas- demeurent mais dans l’ensemble, les attentes du spectateur sont habilement déjouées grâce à l’élégante lucidité du traitement (et jamais par volontarisme anti-conformiste). J’ai été particulièrement touché par la justesse -assez inédite- de la relation amoureuse entre les deux personnes mûres magnifiquement interprétées par John Wayne et Patricia Neal.

Cela dure déjà près de trois heures mais cela pourrait durer le double tant la maîtrise du cinéaste est absolue. Toutefois, à l’issue de la projection, le sentiment de fascination est altéré par une question: « à quoi bon? ». C’est que contrairement aux précédents opus de Preminger, aucune unité profonde n’est opérée entre les différentes ramifications de la narration. Exodus racontait la naissance d’une nation, Tempête à Washington démontait les rouages de l’exercice démocratique, Le cardinal montrait ce qu’il en coûte à un homme pour monter dans la hiérarchie de l’Eglise. Première victoire mélange (intelligemment) situations mélodramatiques et enjeux militaires; les forces de dispersion inhérentes à une telle machine hollywoodienne l’emportent sur la synthèse que doit apporter le point de vue d’un auteur. Si l’attention du metteur en scène à chaque geste et à chaque lieu empêche encore de parler d’académisme, on a quand même un peu l’impression que son coeur a déserté son oeuvre et que, après l’apogée artistique que fut pour lui le début des années 60, son génie commence à tourner à vide.

Section d’assaut sur le Sittang (Yesterday’s enemy, Val Guest, 1959)

Pendant une retraite dans la jungle birmane, des soldats britanniques sont bloqués dans un village…

Quelques combats de jungle joliment filmés n’empêchent pas ce film de guerre produit par la Hammer d’être plombé par les artifices théâtraux de sa dramaturgie. Sa conception surannée est à l’opposée de l’approche documentaire, factuelle et, pour tout dire, moderne des chefs d’oeuvre américains de Walsh et Fuller. Derrière sa façade de « dénonciation tous azimuts de l’horreur de la guerre », il est même assez malhonnête puisque là où la méchanceté du capitaine anglais apparaît motivée par les circonstances, celle du Japonais apparaît finalement gratuite. Les acteurs, chevronnés, sont expressifs mais ne surprennent jamais tant leur partition est écrite à l’avance.

L’orgueil des Marines (Delmer Daves, 1945)

Un marine promis à un heureux avenir revient aveugle de la bataille de Guadalcanal…

Pride of the Marines suit un Américain « moyen » avant, pendant (une des meilleures scènes du genre: précise, humaine, intense) et après la guerre, à la façon du chef d’oeuvre de William Wyler sorti un an plus tard: Les plus belles années de notre vie. Le déroulement très didactique du récit fait qu’il y a une ou deux longueurs mais Delmer Daves sait déployer des trésors d’intelligence sensible lorsqu’il se concentre sur les tourments intimes de son personnage. Je pense à la scène où celui-ci, en colère après sa famille et après lui-même, quitte la fête de Noël et heurte violemment le sapin.

Bataan (Tay Garnett, 1943)

Aux Philippines, un petite patrouille empêche les Japonais de reconstruire un pont pour couvrir la retraite des Alliés.

Considérant 1945, année où est sorti Aventures en Birmanie qui posa les jalons du genre, comme l’an 0 du film de guerre, je ne peux m’empêcher d’examiner tout film avec des fantassins sorti avant lui à l’aune du classique de Raoul Walsh. En l’espèce, la comparaison a une pertinence limitée car les soldats de Bataan ne doivent pas avancer pour atteindre un objectif précis mais tenir une position. Les enjeux sont sont donc sensiblement différents et le relatif statisme du film est assez logique.

En revanche, l’artifice visible des décors de studio, le simplisme caricatural des personnages, les conventions éculées de la narration ainsi que l’épaisseur du trait sont, eux, les signes d’un ennuyeux archaïsme. Des discours propagandistes arrivant parfois comme des cheveux sur la soupe nous replacent aussi dans l’époque de la fabrication du film, une époque où la guerre est encore loin d’être terminée. Bataan a également tendance à s’éterniser en rebondissements superflus (il y a trop de soldats qui n’en finissent pas de mourir!). Ce manque de concision tranche d’avec les meilleurs films de Tay Garnett.

On retrouve cependant dans Bataan une innovation dont on a un peu vite crédité Walsh: l’invisibilité de l’ennemi pendant les trois premiers quarts du métrage. Le Japonais est caché, les balles fusent sans qu’on ne sache d’où elles viennent, la violence est soudaine. Il y aussi quelques images spectaculaires tel l’explosion d’un pont filmée en plan large. Pas indigne mais pas inoubliable non plus.

La flamme pourpre (Robert Parrish, 1954)

En Birmanie pendant la seconde guerre mondiale, un aviateur anglais traumatisé par la mort de sa femme s’attache à une jeune Asiatique…

Le sujet est conventionnel mais le traitement est digne. Gregory Peck, tout en sobriété, dément encore une fois sa réputation d’acteur de deuxième ordre. Le Technicolor chaleureux et sensuel rappelle celui de Leon Shamroy. C’est un joli film qui n’a toutefois rien d’inoubliable.

American guerrilla in the Philippines (Fritz Lang, 1950)

Au moment de la retraite de leur armée en 1942, une poignée de soldats américains se retrouvent seuls sur une île philippine envahie par les Japonais.

Film inconnu de Fritz Lang, Guérillas ne gagne pas à être connu. Le film démarre pourtant bien avec l’appréhension réaliste du comportement du soldat joué par Tyrone Power qui cherche à se barrer des Philippines envahies par les Japonais plutôt qu’à faire la guérilla. Malheureusement, la débilité conventionnelle et propagandiste du script se révèle au fur et à mesure de son déroulement. La fusillade finale est d’un ridicule achevé. La rigidité du style de Lang ne convient pas au film de guerre et encore moins à celui-ci. Elle fait ressortir l’indigence de la narration et la convention des situations. La vitalité truculente d’un Walsh les auraient peut-être mieux fait oublier. Reste quelques plans documentaires assez intéressants sur la vie d’un camp de résistants (le film fut tourné sur place) ainsi qu’une séquence qui donne l’occasion à Lang de briller: celle de l’exécution du traître.