L’éducation sentimentale (Alexandre Astruc, 1962)

Un jeune homme monté à Paris entre dans le monde et tombe amoureux d’une dame…

Transposition du roman de Flaubert à l’époque contemporaine. C’est un exercice de style glacé (Nimier et Laudenbach ont écrit leur adaptation en éludant la violence du contexte social) qui verserait dans la vanité s’il n’était émaillé de quelques moments où la mise en scène parvient à cristalliser une situation dramatique. Ainsi du travelling qui suit les mains de Frédéric et madame Arnoux lorsqu’ils se quittent. Encore ces brillants effets paraissent-ils volontaristes et l’émotion, du coup, très cérébrale. Jean-Claude Brialy est aussi nul que d’habitude mais les filles, à l’allure typiquement 60’s, sont très jolies.

Madame Bovary (Vincente Minnelli, 1949)

Emma Bovary, mariée à un médecin de campagne, rêve de luxe et d’amours romanesques.

Alors que de la part de ce grand sentimental qu’était Minnelli, on pouvait attendre une superbe trahison de Flaubert, Madame Bovary s’avère un des films les plus cruels du cinéaste. Emma y est montrée telle qu’elle est: une petite dinde écervelée. Jennifer Jones n’a d’ailleurs jamais été aussi moche. Le spectateur n’éprouve donc pas la moindre empathie pour elle. Le parti-pris moraliste n’est cependant pas assumé jusqu’au bout pour deux raisons. D’abord la reconstitution fastueuse magnifie la province si violemment critiquée par les auteurs. Ensuite, le récit prend très au sérieux les différentes tentatives d’Emma de s’évader. Il manque parfois de distance.

Bref, Madame Bovary manque d’un point de vue clair et affirmé sur son sujet. Le film est cependant sauvé de l’académisme par Van Heflin, encore une fois sublime en mari plein de bon sens. Ensuite, la virtuosité de l’immense metteur en scène qu’était Minnelli insuffle une intensité dramatique hors du commun à plusieurs séquences. Sans être un film majeur du cinéaste, Madame Bovary se doit d’être vu rien que pour sa fameuse « scène du bal ». A noter aussi une superbe musique de Miklos Rozsa.