Un taxi pour Tobrouk (Denys de La Patellière, 1960)

En 1942 dans le Sahara, quatre soldats français essaient de regagner leur base après avoir capturé un capitaine allemand.

Certains dialogues (de Michel Audiard) sont savoureux mais, excessivement littéraires et théoriques, ils ôtent une bonne part de réalisme à cette démonstration de « l’absurdité de la guerre ». Soumis à une telle écriture théâtrale, le déroulement des péripéties dans le désert n’a pas le naturel des grands films de guerre américains et a quelque chose de scolaire, d’appliqué, voire de prévisible. Les acteurs sont sympathiques mais ils campent des stéréotypes plus qu’ils n’incarnent des humains de chair et de sang. Par ailleurs, la musique redonde souvent.

Les ficelles dramatiques ont beau apparaître parfois, Un taxi pour Tobrouk se regarde cependant avec intérêt.  La mise en scène de Denys de La Patellière, précise et pudique, insuffle une certaine dignité aux personnages. Le réalisateur montre sans appuyer, ne s’appesantit pas et sait se passer de son encombrant dialoguiste. Il y a même quelques beaux éclats, tel le travelling qui recadre les croix au moment du départ. La fin doit sa force inaltérée à sa rapidité (je ne parle pas de la dernière séquence, rajoutée suite aux projections-tests, mais de l’avant-dernière). En somme, il s’agit d’un film honnête, dans tous les sens du terme.

Cybèle ou les Dimanches de Ville d’Avray (Serge Bourguignon, 1961)

Un jeune pilote revenu amnésique de la guerre noue une relation avec une petite fille de l’Assistance publique.

Comme vous le voyez, le sujet est délicat. Pourtant, le traitement de Serge Bourguignon est une leçon de pudeur et de dignité. Ce qui en aucun cas ne signifie esquive et pusillanimité. L’auteur montre d’abord ce qu’il faut bien appeler un amour (l’amour n’étant pas nécessairement sexuel) entre deux marginaux, l’union miraculeuse de deux solitudes. Il évite le piège de la niaiserie autiste en montrant également les réactions des autres, notamment l’incompréhension et la peur de certains face à ce qui ne cadre pas avec leurs conventions sociales. Il le fait sans la moindre rancoeur, sans la moindre aigreur, sans la moindre lourdeur de trait. Tous ses personnages ont de bonnes intentions, ce qui ne rend que plus terrible le drame final.

Le canevas narratif étant extrêmement ténu, l’essentiel se joue dans la mise en scène qui brille par son tact et sa finesse. Bien que Les Dimanches de Ville d’Avray ait été réalisé en 1961, son esthétique n’a pas grand-chose à voir avec la Nouvelle Vague. Les cadres sont soignés, le Noir&Blanc d’Henri Decae est beau, la musique de Maurice Jarre allait faire embaucher le compositeur à Hollywood. En revanche, jamais Bourguignon ne verse dans l’académisme. Ainsi, son film est considérablement vivifié par la brusquerie des raccords (il y a un beau travail sur le son).

Les multiples trouvailles poétiques du réalisateur n’ont rien de gratuit mais sont autant de manifestations d’une sensibilité parmi les plus délicates du cinéma français. Rarement l’insupportable insignifiance de l’environnement lorsqu’on est loin de l’être aimé aura été évoquée avec autant de puissance que lors de la séquence du repas de mariage. La mélancolie qui sourd tout au long du film explosera dans un déchirant final.

Un texte intéressant plus développé que le mien

L’enquête de l’inspecteur Morgan (Blind date , Joseph Losey, 1959)

Se rendant à un rendez-vous galant avec une femme de la haute-société, un jeune peintre est accusé du meurtre de sa maîtresse. Pour tenter de se disculper, il raconte leur histoire à l’inspecteur de police…

Blind date est un bon polar dans lequel apparaît la thématiques chère à Losey des désirs sexuels venant s’immicer dans la bonne marche des rapports de classes. Compte tenu de l’acharnement de la police contre le jeune homme, on aurait pu craindre un discours gauchiste un peu lourd mais les personnages s’éloignent de leurs archétypes dans la dernière partie du récit et rendent du coup le film plus subtil qu’il n’en avait l’air. Le jeu de Hardy Kruger dans le rôle principal paraît affecté mais Micheline Presle est superbe.