David Golder (Julien Duvivier, 1931)

Las de travailler pour une épouse avide et une fille ingrate, un financier juif abandonne ses affaires…

Le cruel et misogyne roman de Irène Némirovsky était un matériau idéal pour Julien Duvivier. Le pathétique David Golder était un personnage parfait pour Harry Baur. Effectivement cruel, misogyne et pathétique, le film tient la majeure partie de ce qu’il promettait sur le papier. Certains passages, tel la fin, atteignent à la grandeur. Toutefois, certaine nuance qui éclairait le sombre tableau, certaine complexité dialectique qui approfondissait les caricatures, ont disparu au cours de l’adaptation. La mère n’est plus qu’un repoussoir et la fille, interprétée par Jackie Monnier qui semble aussi vieille que sa mère, n’a pas la grâce juvénile qui permettait de pardonner sa cruelle insouciance. En ces débuts de cinéma parlant, des séquences pleines d’une inventivité visuelle parfois gratuite voisinent abruptement avec les longs et lents dialogues qui, in fine, racontent l’histoire. Bref, sans être un chef d’oeuvre, David Golder est un des bons films de Duvivier.

Péchés de jeunesse (Maurice Tourneur, 1941)

Au soir de sa vie, un jouisseur cynique entreprend de renouer avec ses enfants naturels.

Quoique produit par la Continental, Péchés de jeunesse a toutes les caractéristiques du pire cinéma vichyssois: il dégouline de mièvrerie et de moraline tout en étant terriblement fade. Que ce soit les motivations du personnage principal ou la structure de film à sketches qui permet à Albert Valentin (le roi des fausses bonnes idées de scénario) d’aligner platement divers clichés, tout, dans le récit de cette prise de conscience paternelle, est cousu de fil blanc. Toutefois, Harry Baur, plus sobre qu’à l’accoutumée, s’en tire pas trop mal.

Sarati le terrible (André Hugon, 1937)

A Alger, un pied-noir brutal et violent voit sa vie ébranlée lorsque sa nièce s’entiche d’un locataire aux origines mystérieuses…

Inspiré par un matériau d’une toute autre teneur que celle de ses habituelles galéjades, André Hugon s’est ici surpassé. L’amour interdit que porte une brute à sa nièce nourrit une tragédie déroulée avec une implacable finesse dialectique. Entre autres, il faut voir la séquence où Sarati craque pour réaliser combien Hugon peut exceller à la mise en scène. Justesse des travellings, poésie discrète du cadre, chair dénudée de Jacqueline Laurent et, bien sûr, infinité des nuances de Harry Baur, concourent à une exceptionnelle richesse d’évocation: tendresse, douleur et horreur sont inextricablement mêlées avec un tact et une audace qui étonnent de la part de l’auteur de Romarin. Harry Baur, immense, beaucoup moins cabotin qu’il ne l’a été, trouve ici ce qui est peut-être son plus beau rôle. En somme, Sarati le terrible est un parfait équivalent français aux mélos tordus de Tod Browning avec Lon Chaney. Grand.

Samson (Maurice Tourneur, 1936)

Un homme d’affaires riche et véreux s’éprend d’une aristocrate qu’il épouse…

La sécheresse du style de Maurice Tourneur (voir les ellipses du montage) fait tendre ce mélodrame théâtral vers l’étude de caractères. Le regard du cinéaste sur ses personnages est tendre mais implacable. Gaby Morlay qui peine à se départir de sa sympathique vulgarité n’est guère crédible en aristocrate mais la prestation de Harry Baur défie l’entendement tant elle obscurcit la limite entre flamboyance du jeu et cabotinage éhonté. On lui doit les meilleures scènes de ce film, un film qui est plutôt pas mal.

Les cinq gentlemen maudits (Julien Duvivier, 1931)

Cinq hommes en vacances au Maroc maudits après avoir troublé une cérémonie religieuse meurent chacun leur tour.

Un film d’aventures exotiques d’une légèreté et d’une folie assez inhabituelles chez Julien Duvivier dont la forme, encore très marquée par l’esthétique du cinéma muet, a beaucoup vieilli et apparaît parfois décorrélée de l’action représentée.