Law and order (Edward L.Cahn, 1932)

L’ancien shérif de Wichita est embauché pour mettre de l’ordre à Tombstone.

Petit western adapté de W. R. Burnett par John Huston qui frappe par sa dureté et sa sécheresse. Séquence étonnante et peut-être unique dans l’histoire du cinéma américain: après avoir sauvé un homme du lynchage, le shérif le conduit à la potence une fois qu’il a été légalement jugé. Cette scène de pendaison s’avère de plus particulièrement éprouvante car le condamné, idéalement joué par Andy Devine, a très peur de monter sur l’échafaud. Les auteurs montrent un héros, ersatz de Wyatt Earp, qui rechigne à rempiler et qui ne se fait aucune illusion sur le rétablissement du « law and order ». D’où une fin parmi les plus désenchantées du genre. Toutefois, en dépit des nombreux travellings, la mise en scène n’a pas le dynamisme de Afraid to talk.

Du sang dans la prairie (Hell bent, John Ford, 1918)

Un tricheur en fuite devient videur du saloon d’une petite ville de l’Ouest…

Le film débute par une mise en abyme où un romancier reçoit une lettre de son éditeur lui demandant des personnages « ni tout noirs ni tout blancs ». Cette exergue fait office, pour les auteurs du film, de profession de foi tant il est vrai que le comportement des personnages de Hell bent n’obéit pas à une dramaturgie manichéenne mais dépend des circonstances. D’où la surprise sans cesse renouvelée du spectateur. Cette liberté se retrouve aussi dans l’aisance des changements de registre: tout à tour comique, violent et sentimental, le récit de Hell Bent aborde, sans avoir l’air d’y toucher mais avec une profonde intelligence des êtres et des situations, des thématiques chères à Ford: questionnement sur la morale, noblesse retrouvée, amitié virile. Le rythme est vif, les images mouvementées, le découpage simple mais maîtrisé. Le cinéaste exprime déjà sa proverbiale sensibilité lorsque, par exemple, il insère un gros plan sur le joli visage de Neva Gerber. Harry Carey est, comme toujours, excellent de sentimentalité rentrée. Bref, après le splendide Straight shootingHell Bent confirme combien est grave pour les cinéphiles la disparition de près de 90% des westerns réalisés par John Ford avec sa première vedette.

Le retour du proscrit/Prisonnier de la haine (The shepherd of the hills, Henry Hathaway, 1941)

Dans une communauté montagneuse reculée, un homme qui avait abandonné sa famille revient avec plein d’argent…

Un manque de franchise dans la narration, de fraîcheur dans le ton (ce qui, vu le cadre de l’action, est un comble) et de notations concrètes dans la mise en scène donne à ce western des airs alambiqués et faussement simples mais quelques morceaux de bravoure à la beauté mythologique (la rencontre avec le cousin sourd, l’aveugle qui retrouve la vue, l’incendie…) laissent présager le grand film que The shepherd of the hills aurait pu être si l’écriture avait été plus soignée, si, à tout le moins, les auteurs avaient fait plus attention au naturel de leurs dialogues. De plus, John Wayne et, surtout, Harry Carey sont très bons.

L’ange et le mauvais garçon (James Edward Grant, 1947)

Un jeune homme blessé poursuivi par le shérif et par des bandits est accueilli par une famille de quakers…

Premier film produit par une star dans un gros studio hollywoodien, L’ange et le mauvais garçon est un joyau tendre et atypique du western, à ranger quelque part entre Rachel et l’étranger et Le bandit.  La convention du genre est détournée du fait que dès que notre bandit est recueilli par les quakers, il range son flingue. Peut-être que ce film a inspiré à Peter Weir son Witness. Ainsi, les confrontations avec le shérif magnifiquement incarné par le vieillissant Harry Carey ne sont pas violentes mais sont au contraire pétries de la bienveillance d’un aîné qui veut remettre un jeune chien fou dans le droit chemin.

Clairement moral, L’ange et le mauvais garçon oppose la bible des quakers au fusil de John Wayne même si les choses ne sont pas aussi simples qu’on pourrait le croire de prime abord. C’est que si les scènes d’action sont rares, elles sont aussi à couper le souffle. En grande partie grâce aux cascades supervisées par Yakima Canutt, la poursuite qui s’achève dans la rivière est aussi violente et trépidante que du bon Raoul Walsh. Le scénariste James Edward Grant, choisi par John Wayne pour réaliser son film, se débrouille très bien à la mise en scène. Il y a d’intelligentes audaces tel le raccord entre le superbe baiser dans la grange et le travelling arrière sur John Wayne avec le soc de charrue. A ce moment, le spectateur est emporté dans un puissant flot lyrique d’autant que la musique ne varie pas entre les deux plans.

Loin d’être un pensum moralisateur, L’ange et le mauvais garçon est une fable dont les auteurs ont utilisé le cadre westernien pour délivrer leur propos avec naturel et simplicité. Le décor de Monument Valley n’exprime pas ici la majesté cosmique (comme chez Ford) ni la tragédie implacable (comme chez Walsh)  mais la tranquillité et la sérénité. Le film est truffé de charmantes digressions tel la cueillette des baies par les deux amoureux après qu’ils aient échappé à des poursuivants. Avant La rivière rouge et La charge héroïque, John Wayne montre déjà quel grand acteur il est, gorgé de sensibilité.

Adulte et naïf à la fois, L’ange et le mauvais garçon est en somme une petite merveille de cinéma.