The love of three queens (Edgar G. Ulmer et Marc Allégret, 1953)

Trois histoires de reines malheureuses en amour vues par une troupe de théâtre.

Le côté théâtral n’est là que pour lier trois sketches et n’est pas du tout exploité. The love of three queens est une production Hedy Lamarr qui vise donc à mettre en valeur Hedy Lamarr à une époque où la carrière de la star, presque quadragénaire, était sur le déclin. Elle n’est plus aussi resplendissante qu’à l’époque du Démon de la chair mais le Technicolor a le mérite de mettre en valeur le bleu de ses yeux. Le premier sketch, sur une reine injustement répudiée, est le meilleur. Si sa fin est convenue, le début est d’une pureté mizoguchienne. Le deuxième sketch sur Joséphine avec Gérard Oury en Napoléon est ridicule (Allégret en est probablement responsable) et le dernier, qui condense la guerre de Troie en une demi-heure, est désolant de platitude.

Extase (Gustav Machatý, 1933)

Le film resté celèbre pour le nu de celle qui allait devenir Hedy Lamarr, nu intégral considéré comme le premier sur grand écran par les mauvaises histoires du cinéma. En fait, Extase est un de ces films médiocres dont l’excessive réputation a été créée par les commissions de censure pudibondes et les ligues de vieilles filles américaines. Il est vrai que le film aborde franchement la question du plaisir féminin qui comme le titre l’indique est l’objet du film. Plus que le fugitif nu, c’est une des scènes d’amour les plus suggestives parmi celles tournées à l’époque qui marque. Cette audace du propos n’empêche malheureusement pas les caractères d’être atrocement convenus. Formellement, le film est nul, affreusement ampoulé et dénué du moindre embryon de grâce.

A Lady Without Passport (Joseph H.Lewis, 1950)

Série B sur le démantèlement d’une filière d’immigration clandestine. Intéressant cas de conscience de l’inspecteur qui s’attache à une Hongroise qui veut immigrer. Rapidité de la narration grâce à l’efficacité des plans-séquences de Lewis mais tout ça manque d’action, de nervosité. Par exemple, la poursuite des avions est assez ridicule. Le principal intérêt du film est en fait Hedy Lamarr, superbissime, comme d’habitude.

Samson et Dalila (Cecil B. De Mille, 1949)

L’Ancien Testament, quel fabuleuse réserve d’histoires mythiques…Et qui mieux que DeMille, a su mieux les mettre en images ? Personne. Souvent simpliste, DeMille avait un véritable don pour l’imagerie, don qui en faisait le cinéaste biblique idéal. Ne pas chercher de subtilité dans sa mise en scène rigoureusement archaïque mais se délecter des plans très composés, de ces cadres bariolés qui sont un beau contrepoint à une narration épurée. Se délecter aussi des diverses petites tenues d’Hedy Lamarr, une des plus belles actrices de tout le cinéma hollywoodien, femme fatale idéale dont l’interprétation sensible du personnage de Dalila fait que le film de DeMille est aussi, quelque part, un beau portrait de femme amoureuse.

Le démon de la chair (The strange woman, Edgar G.Ulmer, 1946)

Un authentique et -superbe- mélodrame en costume.
Cette adaptation d’un roman de Ben Ames Williams, auteur de Leave her to Heaven, est mise en scène par Edgar G.Ulmer, un des rares cinéastes à qui l’on peut attribuer le qualificatif de « maudit ». Sa carrière l’a mené des théâtres de Max Reinhardt aux studios de Cinecitta en passant par les plateaux de films d’exploitation en tout genre -des films « ethniques » notamment. Dans la mise en scène du Démon de la chair, un des très rares films de série A qu’il a eu l’occasion de réaliser, c’est la facette expressionniste de l’artiste qui est évidente. Le travail sur la photo (superbe noir&blanc charbonneux), les cadrages et les éléments reflète les tourments intérieurs des personnages; soit la définition même de l’expressionnisme cinématographique, si souvent galvaudée. Ulmer a été élève du grand Murnau et cela se voit ! Cela se voit entre autres dans la séquence centrale sublime qui retrouve une beauté naïve et premier degré propre au cinéma muet.
Comme l’auteur de Nosferatu, Ulmer filme ici les aléas des âmes passionnées. L’héroïne, jouée de façon génialement outrée par la belle Hedy Lamarr, est un personnage magnifique, au-delà du bien et du mal. Ses actes imprévisibles guident une narration romanesque, fertile en rebondissements. Le film, tout en montrant les drames (morts…) qui en découlent, exalte les passions et montre l’hypocrisie de la société puritaine à travers le personnage de George Sanders qui voudrait condamner sa maîtresse mais qui ne peut lutter contre ses pulsions amoureuses. Enfin, si Ulmer est sans doute le plus digne des héritiers de Murnau, son style ne se limite pas à une pâle resucée de celui de son maître. Concluons donc en mentionnant qu’un travail digne d’Albert Lewin sur les décors et les accessoires singularise sa mise en scène dans Le démon de la chair et ajoute le raffinement de l’esthète au lyrisme violent du sombre romantique.

H. M. Pulham, Esq. (King Vidor, 1941)

Un quadragénaire bourgeois remet sa vie en question le jour où un ancien camarade d’université lui demande de la raconter sur quelques pages pour le trombinoscope des anciens étudiants…C’est le début d’une grande remise en question. Et si malgré l’apparente réussite sociale, il n’était pas passé à côté de son bonheur ?
A travers sa façon de symboliser l’ensemble d’une classe sociale dans un personnage de cinéma, H. M. Pulham, Esq. rappelle La foule. Ici, les désirs individuels sont contrariées par le poids du milieu d’origine. Contrairement à d’autres oeuvres plus flamboyantes de King Vidor, le lyrisme est sous-jacent, il irrigue de façon souterraine la chronique de la vie de H.M Pulham; chronique mise en scène avec une sécheresse qui rend d’autant plus cruelle la condamnation d’une passion par un implacable atavisme. La complexité des obstacles entre les deux amoureux fait que l’oeuvre va bien au-delà d’une simple critique des carcans sociaux. Bien que confrontant une bourgeoisie provinciale étroite d’esprit à la modernité new-yorkaise, l’auteur se désole des mirages de la société de consommation incarnée par la belle publicitaire amoureuse de Pulham, publicitaire qui croit toujours au prince charmant malgré une liberté financière acquise grâce à une carrière à laquelle elle a tout donné. C’est peu dire que le propos de ce film vieux de plus de soixante ans est toujours d’actualité. La satire du milieu publicitaire s’y distingue d’ailleurs par sa subtilité. Robert Young et Hedy Lamarr sont excellents, ils rendent crédibles et même attachants leurs personnages à haute dimension symbolique. H. M. Pulham, Esq., bien qu’acclamé par la critique à sa sortie, est clairement un des grands Vidor méconnus.