Coeur de hareng (Paul Vecchiali, 1984)

Dans le XVIIème arrondissement parisien, guerre entre deux proxénètes.

Cette commande de la télévision dans le cadre de la « Série Noire » est du pur Vecchiali. Couleurs saturées, folklore des années 50 et grands sentiments forment un cocktail chargé d’intentions esthétiques mais pas toujours très digeste.

Change pas de main!!! (Paul Vecchiali, 1974)

Une ministre sur laquelle un chantage est exercée parce que son fils a tourné dans un film porno engage une détective.

Comme dans Le grand sommeil, l’intrigue est incompréhensible. Paul Vecchiali a vraisemblablement entrepris Change pas de main!!! comme un exercice de style baroque à la façon d’Allan Dwan entreprenant Deux rouquines dans la bagarre. Les couleurs flamboyantes, le découpage à vocation plastique plutôt que dramatique, le jeu décalé des comédiens et la musique de Roland Vincent font du porno de Vecchiali une sorte de poème surréaliste fort peu bandant mais assez fascinant. Pour information, le cinéaste a refusé que son film ne soit pas classé X par solidarité envers ses collègues frappés du sceau infâme. On ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est une attitude autrement plus noble que celle de Virginie Despentes à la sortie de Baise-moi.

Les belles manières (Jean-Claude Guiguet, 1978)

Un jeune ouvrier entre au service d’une grande bourgeoise. De troubles rapports s’établissent.

Le sexe, les classes sociales, la mort. C’est la matière d’un mélodrame mais le style affecté et maniéré de Guiguet freine l’implication du spectateur. Une solennité du ton trop constante pour être honnête fait apparaître comme un exercice de style un peu vain ce qui aurait pu (du?) être un drame déchirant mâtiné d’une violente critique sociale. Les belles manières est une sorte de Violence et passion du pauvre.

La machine (Paul Vecchiali, 1977)

Un homme qui a tué une fillette est condamné à mort…

En racontant un fait divers inspiré de l’affaire Patrick Henry, Paul Vecchiali a pris à bras le corps un sujet de société alors brûlant d’actualité: la peine de mort. Bien qu’il y soit opposé, son film n’a rien à voir avec un mélo militant façon Yves Boisset ou Costa-Gavras. Il s’attache à restituer différents points de vue en consacrant une grande partie du film à de pseudo-reportages télévisuels où toutes sortes d’individus expriment leur point de vue sur l’affaire. Il en profite pour critiquer, en creux, le fonctionnement racoleur des mass media. Tout le monde s’exprime sur l’affaire sauf l’assassin qui reste muré dans un silence narquois. L’intelligence suprême du cinéaste est d’annuler tous ces discours au moment où l’assassin s’exprime enfin. C’est littéralement une apologie de la pédophilie, typique d’une certaine contre-culture des années 70. L’inanité de la parole de ceux qui osaient parler pour lui, aussi bien ses défenseurs que ses pourfendeurs,  apparaît alors puisque tous avaient soigneusement éludé son désir, tabou et irrécupérable. On pourra arguer que La machine est un film un peu trop théorique mais il contient des moments de cinéma extrêmement forts qui en quelques secondes en disent plus que tous les discours. Ainsi, malgré tous les films sur le sujet, jamais on n’avait vu comme dans la séquence finale la fourbe brutalité avec laquelle un condamné était conduit à l’échafaud en France.

Corps à coeur (Paul Vecchiali, 1978)

Un mécanicien trentenaire tombe fou amoureux d’une pharmacienne quinquagénaire qui se refuse à lui…

L’amour est inexpliqué, posé d’emblée. Il ne s’appuie sur aucun préalable narratif  (de ce point de vue, le retour chez l’ex-femme apparaît comme une inutile digression). Ce parti-pris l’empêche d’être réduit à de quelconques conventions psychologiques, cela lui donne un caractère d’absolu. Le risque est que le spectateur ne voit ici que l’arbitraire du créateur et non la vérité d’un sentiment, aussi exceptionnel soit ce sentiment. L’intérêt d’une progression narrative est justement de faire croire à l’exceptionnel en préparant la fameuse suspension d’incrédulité.

C’est d’autant plus difficile ici de croire à l’amour fou que le fade Nicolas Silberg peine à rendre la passion qui anime son personnage et que les envolées ne fonctionnent pas toujours du fait d’une mise en scène assez approximative (le délire devant les badauds de la pharmacie est plus saugrenu qu’autre chose). En effet, le choix de Paul Vecchiali d’ancrer une situation de mélodrame dans la grisaille banlieusarde pour faire « réalisme poétique »  (le film est dédié à Jean Grémillon) n’est guère probant. Il ne suffit pas de coiffer ses acteurs de casquettes pour réanimer la mythologie de Carné et Gabin. Il ne suffit pas de mettre la musique de Fauré à fond pour insuffler du lyrisme à des images ternes. Ceci étant, le film contient des idées de montage simples et judicieuses qui occasionnellement donnent de la profondeur émotionnelle à un personnage. Au final, l’amour s’exprime tout de même d’une façon plus littérale (beaux dialogues) que concrète. Il est plus théorique qu’incarné.

Cependant, Corps à coeur ne manque pas d’intérêt. C’est qu’il prend une toute autre dimension dans sa dernière demi-heure. Il se focalise alors sur le personnage d’Hélène Surgère. Et c’est très beau. Quand on y réfléchit deux secondes, son comportement n’est pas moins invraisemblable que celui du mécanicien mais il est poétiquement plus juste car Vecchiali assume enfin le caractère mélodramatique de son film; ce qui lui permet de se montrer aussi inventif et aussi juste que les auteurs de L’invraisemblable vérité.

En haut des marches (Paul Vecchiali, 1983)

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En 1963, une femme revient à Toulon qu’elle avait quitté à la Libération suite à l’assassinat de son mari pétainiste. Les souvenirs surgissent…

En haut des marches est un des travaux les plus personnels de Paul Vecchiali puisqu’il l’a réalisé en hommage à sa mère. A ce titre, les longues confessions en voix-off qui ouvrent et qui ferment l’oeuvre sont magnifiques. Ce film est une interrogation sur les différentes mémoires, sur la façon dont la perception des évènements historiques diffère selon qu’on y était plongé ou qu’on les analyse a posteriori sans les avoir vécus. L’évidente affection que l’auteur éprouve pour l’héroïne ne l’empêche pas de présenter les contrechamps avec une honnêteté intellectuelle rare dans le cinéma français. Je pense notamment aux dialogues avec la nièce avocate. Le film est dialectique jusqu’au bout des ongles, rien n’est simpliste, Vecchiali se refuse à juger qui que ce soit. Ainsi, après un discours de Pétain, on entend toujours un discours de De Gaulle.

La structure chaotique qui entremêle flashbacks et flashforwards au service d’un sujet théorique lié à la mémoire et à l’histoire fait penser à du Resnais. Heureusement, la mise en scène de En haut des marches n’a rien à voir avec celle d’un film comme La guerre est finie. Le film de Vecchiali n’est en effet ni guindé ni esthétisant. L’opérateur a capté différentes nuances de la lumière toulonnaise, faisant exister le lieu de l’action. La magnifique Danielle Darrieux incarne pleinement une oeuvre dont elle est la raison d’être. Les audaces narratives rendent le film parfois confus mais une chose est certaine, une chose irradie l’écran: l’amour de Vecchiali pour son personnage. C’est ce qui le différencie du petit malin puritain qu’est Jean-Luc Godard.