Police judiciaire (Maurice de Canonge, 1958)

Au 36 quai des orfèvres, le quotidien de la police judiciaire.

La volonté documentaire se traduit par le refus de la dramatisation, l’absence de caractérisation individuelle des personnages et, si celle-ci est intentionnelle, la grisaille de la photo mais cela n’empêche pas l’artifice du montage alterné, destiné à montrer que différentes affaires sont traitées en même temps, de se faire lourdement sentir. Over-chiant.

Attention, les enfants regardent (Serge Leroy, 1978)

Un vagabond qui a assisté à une noyade exerce un chantage sur les enfants de riche qui y sont impliqués.

Une oeuvre à part dans la filmographie de Delon et une bonne surprise. Serge Leroy tient son film et réussit à ne pas sombrer dans l’arbitraire ou le grand-guignol en présentant un groupe d’enfants crédibles et décrits avec une belle finesse psychologique (voir le personnage du boulimique). La jeune Sophie Renoir est, déjà, excellente. L’ambiance étrange et inquiétante, à la Jack Clayton, est renforcée par la musique d’Eric Demarsan.

Lettres de mon moulin (Marcel Pagnol, 1954)

Adaptation de trois des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet: L’elixir du père Gaucher, Le secret de Maître Cornille et Les trois messes basses.

Le dernier film pour le cinéma de Marcel Pagnol a été réalisé dans la douleur puisque le cinéaste venait de perdre sa fille âgée de trois ans. Comme le dit Jacqueline Pagnol dans ses entretiens avec Alain Ferrari, les Lettres de mon moulin furent donc tournées « dans un état de brouillard ». Cette nécessaire mise au point faite, l’honnêteté intellectuelle nous force à dire que cet opus est loin de compter parmi les réussites majeures du cinéaste qui deux ans auparavant avait signé le chef d’oeuvre absolu qu’est Manon des sources. Non que ce soit un navet. Les sketches des Lettres de mon moulin ont le charme et la simplicité universelle des fables. La faconde de certains acteurs, tel Delmont en vieux meunier ou Sardou en apothicaire malin, nous régalent comme nous régalaient Blavette et Charpin dans les films des années 30. En revanche, d’autres sont franchement cabotins. Les excès de Rellys, si magnifique dans le rôle d’Ugolin, sont ici parfois fatigants. D’une manière générale, c’est l’ensemble du film qui pêche par laisser-aller. Ainsi de la musique indigente (on est loin de Vincent Scotto), ainsi de la lenteur du rythme qui, vu le peu d’ampleur des histoires racontées, ressort parfois de l’autocomplaisance, péché mignon de Pagnol.

Le bon Dieu sans confession (Claude Autant-Lara, 1953)

Retour sur la vie d’un notable au moment de son enterrement.

Evidemment, la vie de ce notable n’était pas aussi reluisante que sa façade. Evidemment, ce monsieur avait une maîtresse. Evidemment, cette dame était vénale. C’est qu’on est en plein dans ce naturalisme moralisateur au ras des pâquerettes typique du cinéma de « Qualité française ». La narration inutilement compliquée accentue la pesanteur de l’œuvre. Le bon Dieu sans confession se laisse tout de même regarder grâce à de bons acteurs  qui savent rendre leurs personnages intéressants en faisant ressortir les nuances de leurs caractères. Je songe surtout à Henri Vilbert qui trouve ici ce qui est resté comme un de ses meilleurs rôles. L’ensemble est tout de même laborieux, à l’image de la façon bavarde et redondante dont est expliqué le sursaut moral du héros: un quart d’heure de discussion avec chacun de ses deux enfants. Soit une demi-heure d’ennui pour le spectateur.