The player (Robert Altman, 1992)

Un décideur hollywoodien se retrouve impliqué dans le meurtre d’un scénariste raté.

The player est donc une satire du cynisme hollywoodien. Cette année là, Robert Altman était en forme et son film est maîtrisé. Ainsi, il y a des plans-séquences de plusieurs minutes où la virtuosité du réalisateur avec sa caméra est éclatante. De plus, la mise en abyme est très maline. Il faut dire qu’une cinquantaine de vedettes hollywoodiennes apparaissent sous leur vrai nom, piquant procédé qui accentue le flou entre spectacle et réalité.

Le problème est que le mépris sans appel de l’auteur pour chacun de ses personnages uniformise considérablement son film. Tout ici est soumis à la démonstration d’Altman: « tous pourris ». Une fois lancé, le film ne dévie pas plus de ses rails que les caméras du cinéaste. Il n’y a pas d’échappée, le film est verrouillé, et si le spectateur ne sombre pas dans l’ennui le plus profond, c’est bien parce que le scénariste a plus d’un tour dans son sac pour nous intéresser à sa mécanique (une mécanique qui n’est jamais plus qu’une mécanique). Tel le rebondissement final. Le cynisme de son héros semble aussi être celui de l’auteur. C’est toute la différence avec S.O.B où la virulence de la critique du milieu hollywoodien n’interdisait pas l’éloge de l’amitié. D’où un film plus hétérogène, plus varié, plus surprenant, plus audacieux et finalement bien plus passionnant que The player (sans même parler du génie comique de Blake Edwards).

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Le démon des femmes (The legend of Lylah Clare, Robert Aldrich, 1968)

 

Un vieux réalisateur entreprend un comeback en tournant une biographie de la star qu’il rendit célèbre trente ans auparavant, Lylah Clare. Lylah Clare mourut dans de mystérieuses circonstances…

Imaginez Josef Von Sternberg réalisant un film sur Marlene à la fin des années 60. La référence est très claire (chansons allemandes, vanité du Pygmalion, bisexualité de la vedette…) même si Robert Aldrich et son scénariste Hugo Butler ont pris soin d’épicer la réalité: leur Lylah Clare est une ancienne pensionnaire de bordel et elle est morte d’une façon violente. Troisième film à propos de Hollywood tourné par le cinéaste (après Le grand couteau et Qu’est-il arrivé à Baby Jane?), The legend of Lylah Clare ne se limite pas à une satire au vitriol. On retrouve évidemment le goût d’Aldrich pour la théâtralité grotesque et les personnages secondaires caricaturaux dans la peinture bien sentie (mais attendue) de la décadence du microcosme hollywoodien.

Certes l’auteur se moque aussi durement de la vanité du cinéaste européen que de la vulgarité du distributeur avide mais The legend of Lylah Clare ne serait pas un film très intéressant s’il se limitait à une énième autocritique de la part d’Hollywood. Ce qui le distingue, c’est l’angle d’attaque d’Aldrich, son focus sur les passions de domination et d’exhibition qui alimentent en fait l’industrie du cinéma. Il montre avec cette violente radicalité qui lui est propre ces passions infernales damner les hommes sans rémission et broyer littéralement les femmes. Cette outrance n’est pas cynique mais pathétique et sublime son pamphlet.