Le père Goriot (Jacques de Baroncelli, 1921)

Un vieil homme dilapide ses économies pour ses filles coquettes.

Après la découverte de Nène, j’ai encore une fois été frappé par la beauté dépouillée des images de Baroncelli. Le classicisme impeccable de sa facture n’empêche pas la vibration émotionnelle grâce à de bons acteurs et à la vérité des gestes violents (la force brutale de Vautrin est superbement restituée lors de son arrestation). Sans être aussi puissamment lyrique que le chef d’oeuvre de Balzac, Le père Goriot version Baroncelli en est une digne adaptation.

Ferragus (Gaston Ravel, 1923)

Les membres d’une société secrète empêchent un jeune homme de compromettre la fille de leur chef.

Pour une fois, le talent cinématographique de Balzac s’est concrétisé à l’écran. Même si Gaston Ravel n’est pas un génie de la mise en scène, il est suffisamment habile dans son découpage pour insuffler mystère, pittoresque et dynamisme à ce qu’il montre. Le cinéma est l’art idéal pour retranscrire les fantasmes suscités par le regard, sujet profond (parmi d’autres) de Ferragus et, à ce niveau, Ravel s’en sort bien. René Navarre, premier interprète de Fantomas, est parfait dans le rôle éponyme. Arthur Bernède, l’adaptateur, a trahi le roman à plusieurs endroits. Présenter la société des XIII dès le début du film change profondément la logique de la narration mais, dans une visée « serialesque », c’est un choix qui se défend. En revanche, le nouveau dénouement est regrettable: le tragique balzacien est troqué contre la plus pure des niaiseries.

L’homme du large (Marcel L’Herbier, 1920)

En Bretagne, un pêcheur voit son fils mal tourner à force d’avoir été complaisant avec lui.

La nouvelle de Balzac a été affadie par l’ajout d’un personnage de grande soeur et par le plaquage du happy end. De plus, les fioritures visuelles de Marcel L’Herbier altèrent l’âpreté de la représentation. Toutefois, la haute tenue technique (les variations d’échelle de plan pendant la séquence de fête m’ont même paru inédites pour 1920) rend l’oeuvre digne d’intérêt car ainsi, on ne s’ennuie pas trop.

La fausse maîtresse (André Cayatte, 1942)

Attiré par la femme de son meilleur ami, un homme fait croire qu’une trapéziste est sa maîtresse.

C’est une bonne idée que d’avoir transposé l’intrigue impossible du court roman de Balzac au XXème siècle. Ce faisant, André Cayatte a changé la nature des sentiments qui animent le héros: moins sublimes que prosaïques, ils apparentent La fausse maîtresse à une comédie, l’argument de base se révélant propice à tous les quiproquos et malentendus. Toutefois, on ne peut pas dire que la verve comique rivalise avec celle des meilleures comédies américaines ni même avec celle d’un film comme Battement de coeur. Il y a quelques moments assez amusants mais le sens du rythme et de la trouvaille piquante fait globalement défaut. Heureusement, la présence de Danielle Darrieux dans son dernier rôle « de jeunesse » illumine le film à plusieurs endroits.

La duchesse de Langeais (Jacques de Baroncelli, 1942)

Pendant la Restauration, la reine des salons parisiens séduit un général sans expérience du monde…

Pierre-Richard Willm et Edwige Feuillère ont beau être les interprètes idéaux des héros du roman, la mollesse décorative de la mise en scène et l’affadissement de l’adaptation giralducienne qui a notamment escamoté la scène du fer rouge et rectifié le dénouement dans un esprit vichyssois ravalent le sombre chef d’oeuvre passionnel de Balzac au rang de pâlichon mélo.

Narayana (Léon Poirier, 1920)

Un étudiant désoeuvré se voit offrir une statuette orientale lui permettant de faire 5 voeux avant de mourir…

Pour adapter La peau de chagrin de Balzac, Léon Poirier a accentué l’orientalisme du roman et a incarné le Destin dans les actions de personnages « méchants ». Le problème est que la motivation de ces derniers pour faire le mal n’est jamais expliquée et que le récit s’en trouve donc embrouillé. Ce n’est pas l’affectation du jeu de Edmond Van Daële qui compense cette confusion narrative. En revanche, la fusion de séquences autonomes réalisée via un montage quasi-musical permet parfois à la dramaturgie de se déployer indépendamment de l’armature d’un scénario fumeux mais via la poésie des ressources propres au cinéma. Rien que pour ces beaux moments qui exploitent intelligemment les intuitions avant-gardistes d’un L’Herbier, Narayana, film par ailleurs mis en scène avec goût, vaut la peine d’être vu.