Le brigand bien-aimé (The true story of Jesse James, Nicholas Ray, 1957)

L’histoire de Jesse James, fermier devenu bandit après la guerre de Sécession.

Comme l’indique son titre original, ce film affiche l’ambition de relater la vérité vraie au sujet de Jesse James, en réaction à Jesse James produit 20 ans auparavant par le même studio. Autres temps autres moeurs. Le paradoxe est que le film de Henry King, dans sa simplicité directe et classique, apparaît bien plus franc, honnête, naturel et donc vrai que son remake. Ici, les intentions démystificatrices sont lourdes. Le film est raconté sous la forme de flashbacks dont les points vue sont ceux des gens qui ont côtoyé Jesse James. Chacun de ces flashbacks a une finalité univoque: montrer que Jesse était au début un brave gars opprimé, montrer que son côté Robin des Bois était mensonger, montrer que Jesse est devenu méchant…Le (mauvais) didactisme l’emporte donc largement sur la dramaturgie et les personnages manquent d’épaisseur. Si Jeffrey Hunter est un Frank James convaincant, la fadeur de Robert Wagner et Hope Lange rend inexistant le couple formé par Jesse et Zee (alors que ce couple était très touchant dans le film de King).

Il faut préciser que le découpage en pilotage automatique de Nicholas Ray n’aide pas à l’implication. Le réalisateur de Johnny Guitar s’est fâché avec le producteur Buddy Alder et force est de constater que le film ne porte guère de trace de son lyrisme emblématique alors que le destin de ce rebelle sans cause qu’est Jesse James avait a priori tout pour l’intéresser. Reste les scènes de violence qui, même si elles repompent parfois éhontément le chef d’oeuvre de King (la chute des chevaux dans la rivière, l’attaque du train), ne manquent pas d’intensité. Reste aussi les vertus propres d’un genre et d’une histoire qu’on a toujours plaisir à se faire conter, l’eusse t-elle été d’une façon plus convaincante par le passé. Mais n’est-ce pas le propre des légendes?