Ici brigade criminelle (Private Hell 36, Don Siegel, 1954)

Après avoir neutralisé un bandit, un flic s’accapare une partie de son butin malgré les grandes réticences de son collègue.

Produit, écrit et interprété par Ida Lupino, ce film dont le héros amoureux d’une femme vénale passe du mauvais côté de la barrière a une intrigue de film noir mais est mis en scène avec une sécheresse réaliste qui le tire vers la chronique. Confrontés à leurs soucis matériels et conjugaux, les flics sont présentés avec une sympathie entomologiste qui préfigure les grands films adaptés de Joseph Wambaugh. Les acteurs sont tous impeccables, Steve Cochran fait même preuve d’un charisme certain, il n’y a pas de fioriture visuelle, le retournement final est habile et la mise en scène s’avère géniale au moment crucial où les flics se retrouvent face au magot, rendant sensible la naissance de la Tentation dans l’esprit du deuxième flic. A l’exception d’un dénouement moralisateur un peu artificiel et de quelques dialogues un brin surexplicatifs notamment lorsqu’il s’agit de traduire le matérialisme des personnages, c’est donc quasi-parfait.

Artistes et modèles (Raoul Walsh, 1937)

La petite amie d’un publicitaire séduit le commanditaire de son fiancé pour être la vedette de sa nouvelle campagne.

La rayonnante splendeur de Ida Lupino à vingt ans et des numéros musicaux et dansants qui montrent la tranquille suprématie de Hollywood en matière de divertissement spectaculaire sont les principaux atouts de cette sympathique comédie où les femmes mènent les hommes par le bout du nez pour concrétiser leurs ambitions. Sans être génial, Artistes et modèles est un des rares bons films de Raoul Walsh tournés dans les années 30.

Her first affaire (Allan Dwan, 1931)

Une jeune fille fiancée à un jeune de son âge rencontre son écrivain favori, qui prône la libération des femmes…

Inconséquente mais plaisante « comédie de remariage adolescente » menée avec aisance et douceur par Allan Dwan. Her first affaire est resté comme le premier film avec Ida Lupino, venue accompagner sa mère au casting qui, quadragénaire, postulait pour le rôle de la jeune première (à en croire l’entretien donné par Dwan à Présence du cinéma). Agée de 14 ans, elle y est ravissante.

La femme aux cigarettes (Road House, Jean Negulesco, 1948)

Une nouvelle chanteuse met à mal l’amitié entre le propriétaire d’un cabaret et son gérant.

La femme aux cigarettes est un film noir mâtiné de drame psychologique. Il y a peu d’action, peu de mystère et l’intrigue est tout à fait conventionnelle. Le rythme est monotone mais le film avance sûrement. La mise en scène de Jean Negulesco qui exploite impeccablement les ressources du studio donne une certaine épaisseur à l’environnement des personnages et les éclairages de Joseph LaShelle se contrastent joliment au fur et à mesure que le drame se noue. Un an après Le carrefour de la mort, Richard Widmark refait un numéro de psychopathe à base de rictus diabolique et Cornel Wilde est un parfait émule de Dana Andrews tandis que qu’Ida Lupino excelle autant qu’à l’accoutumée même si elle est moins jolie qu’elle ne l’a été à cause d’une frange affreuse.
Bref, La femme aux cigarettes est un film qui sans être véritablement passionnant se laisse regarder.

Deep valley ( Jean Negulesco, 1947)

La rencontre d’une jeune fermière un peu simplette avec un criminel en cavale…
Un mélo policier avec Ida Lupino. C’est joliment filmé mais sentimental, longuet et un peu lourd. La musique notamment est particulièrement pesante. A la fois peu et beaucoup séparent ce film de La maison dans l’ombre, auquel on pense beaucoup si on a vu le chef d’oeuvre de Nicholas Ray auparavant.

The bigamist (Ida Lupino, 1953)

Pas grand chose à voir avec le thriller dont je parle ci-dessous. C’est un film sur la double vie d’un homme. Là encore, sujet audacieux si ce n’est passionnant. Le traitement est d’une belle finesse, surtout dans la première partie, celle qui décrit l’arrivée de l’autre femme. C’est un très bon film, sans idée toute faite, sans préjugé, sur la confrontation de ses désirs avec les désirs des autres d’une part et avec la morale d’autre part. C’est aussi le portrait d’un homme trop faible pour résister à des sentiments qui l’entraînent à sa perte, un personnage digne des plus beaux héros de Nicholas Ray. Et puis ce film est mieux que le précédent parce qu’Ida y joue. Et qu’Ida est magnifique, surtout en gros plan projeté sur un écran immense.