La maison et le monde (Satyajit Ray, 1984)

Au début du XXème siècle, l’épouse d’un maharadja, encouragée par son époux à s’émanciper, est séduite par un démagogue indépendantiste.

Le dispositif de Satyajit Ray, de plus en plus théâtral, n’est plus innervé par la sensibilité de sa caméra aux frémissements des actrices comme il l’était dans ses meilleurs films (Le lâche, La déesse…). Encore que le dernier acte faisant du leader politique un être intéressé élude la complexité qui a précédé, c’est avec finesse que l’oeuvre brasse tout un tas de préoccupations hautement intellectuelles. Malheureusement, force est de constater que cette ostentatoire intelligence se traduit uniquement par les dialogues. Le rythme, la composition et l’enchaînement des plans n’ont à peu près aucun intérêt. De par l’agencement des accessoires colorés, plusieurs images sont belles mais cette beauté est essentiellement décorative. Bref, La maison et le monde est un film académique.

Les joueurs d’échecs (Satyajit Ray, 1977)

Alors que leur province est sur le point d’être annexée par l’Empire britannique, deux petits aristocrates ne cessent de jouer aux échecs.

Le parallèle entre les nobles décadents qui oublient leurs affaires et l’évolution de la situation politique ne mène pas à grand-chose d’intéressant. Il y a quelques jolies séquences qui apportent un peu d’humour et de fraîcheur, telle celles qui mettent en scène l’épouse délaissée de Mirza mais dans l’ensemble, cette énième méditation théâtrale de Ray sur le pouvoir, le colonialisme, l’aristocratie et tutti quanti est assez vaine. De plus, sa mise en scène abusant des zooms est un peu moins élégante que d’habitude.

Le visiteur (Agantuk, Satyajit Ray, 1991)

L’épouse d’un notable indien reçoit une lettre de quelqu’un qui se prétend son oncle qu’elle n’a pas vu depuis 35 ans. Après avoir parcouru le monde, il annonce sa visite et compte sur le respect des traditions d’hospitalité de la part de sa nièce.

Les trois derniers films de Satyajit Ray sont des fables mettant en scène la perte des valeurs dans l’Inde capitaliste et occidentalisée. Cet ultime opus s’intéresse particulièrement à la méfiance du bourgeois envers ce qui ne cadre pas avec son schéma de pensée. Le style y est d’une simplicité toute théâtrale, entièrement focalisé sur les acteurs. On retrouve notamment l’attention particulière du cinéaste pour les visages des hommes et des femmes qu’il filme. Cette épure de la mise en scène ainsi que la lenteur du rythme font malheureusement ressortir la lourdeur didactique de la dramaturgie d’un moralisateur réactionnaire (ou d’un vieux sage humaniste, c’est au choix).

La mascotte du régiment (Wee Willie Winkie, John Ford, 1937)

Un film pour le moins atypique que cette adaptation de Rudyard Kipling par John Ford alors militant de l’IRA et donc, on l’imagine, peu enclin à chanter les louanges de l’Armée de Sa Très Gracieuse Majesté. De plus, il s’agit d’un film avec Shirley Temple, donc le film est d’abord destiné au jeune public. La mascotte du régiment n’aurait pu être qu’une curiosité infantile et vieillotte si Ford n’avait trouvé matière à injecter ses préoccupations dans ce projet très calibré.
C’est que finalement une garnison anglaise aux Indes ressemble beaucoup à un régiment de la cavalerie de l’Union à la Frontière. On retrouve dans La mascotte du régiment une veuve dont la dignité impose le respect, un vieux colonel intransigeant, un sergent tapageur (Mac Laglen est là !), un redoutable chef de guerre indigène, des scènes de bal avec de jeunes couples…De plus, Ford se focalise sur un régiment écossais. L’occasion pour lui de jouer sur le pittoresque et de présenter l’Armée comme lieu de reconnaissance nationale. Une bonne part du matériau fictionnel est donc éminemment fordienne.
A côté de ça, il y a le cahier des charges « Shirley Temple ». Certaines péripéties, dont le dénouement, consterneront tout spectateur âgé de plus de dix ans. Cependant la jeune star est une remarquable comédienne qui, loin de gâcher le potentiel dramatique du film, réhausse la valeur de certaines séquences par son jeu étonnant de naturel. Je pense ici notamment au passage le plus émouvant du film, une des plus belles morts qu’ait mises en scène John Ford. Shirley Temple s’est d’ailleurs, contre toute attente, très bien entendu avec lui et elle est revenue dix ans plus tard, dans Fort-Apache. Un chef d’oeuvre pas si différent de La mascotte du régiment.