La peur (Roberto Rossellini, 1954)

Après avoir trompé son époux, une mère de famille allemande vit un enfer…

Pour adapter la nouvelle de Stefan Zweig, Rossellini a considérablement « subjectivisé » son style. Loin de l’apparente neutralité qui l’a rendu célèbre, il vise ici à nous identifier à son héroïne tourmentée à grands coups de voix-off, de musique grave, de plans subjectifs et d’éclairages sombres. L’interprétation sensible d’Ingrid Bergman aidant, c’est assez convaincant jusqu’au moment où le film nous montre les auteurs de la machination, rompant alors la logique narrative instaurée jusqu’ici. La fin, très empreinte du catholicisme de Rossellini, rehausse heureusement le niveau de ce drame psychologique par trop appliqué.

Nina (A matter of time, Vincente Minnelli, 1976)

Une star du cinéma se souvient de sa jeunesse lorsqu’elle était la femme de chambre d’une vieille comtesse…

Morbide célébration de rêves pour jeune fille d’avant-guerre: princes charmants, bijoux et fêtes somptueuses sont censés représenter l’accomplissement d’une vie féminine. La nature prostitutionnelle du modèle incarné par la comtesse est subrepticement évoquée par un vilain personnage d’écrivain « moderne » mais Vincente Minnelli prend soin de prendre finalement et clairement parti pour le « rêve ». En cela, l’artiste est fidèle à lui-même. Malheureusement la société autour de lui, elle, a changé et de ce fait, la nature frelatée du rêve en question saute aux yeux du spectateur. Ainsi cette fin est-elle ridicule de même que les séquences onirico-musicales, laborieux pastiches des morceaux de bravoure de l’époque MGM. Que ce soit comme chanteuse ou comme comédienne, Liza Minnelli n’a pas le talent de sa maman.

C’est en fait dans son versant décadent que Nina convainc le mieux. Ingrid Bergman vieillie plus que de raison mais toujours impériale, la photo sépia et les décors d’hôtel décati insufflent une tonalité viscontienne au début du film. La naissance de la relation entre l’aristocrate et la femme de chambre peut même donner lieu à une touchante poésie (les cris des oiseaux à la fenêtre de la comtesse). Le problème fondamental de l’oeuvre, un problème d’écriture, est que la suite ne fait que ressasser sur un mode lénifiant les idées amorcées dans cette première partie plutôt que de les faire évoluer dans un récit digne de ce nom.

Jeanne au bûcher (Roberto Rossellini, 1954)

Venant d’être brûlée, Jeanne revoit plusieurs moments-clés de sa vie.

Après l’avoir dirigé au théâtre, l’ancien pape du néoréalisme a filmé le mystère de Paul Claudel et Arthur Honegger. La quasi-quadragénaire Ingrid Bergman n’est guère crédible en pucelle mais la mise en avant des artifices de mise en scène les plus élémentaires insuffle à Jeanne au bûcher une poésie primitive où temps et espace sont comme abolis. Eric Rohmer a dû se souvenir de cette drôle de chose, qui rappelle Méliès et Les contes d’Hoffman de Powell/Pressburger, lorsqu’il a tourné Perceval le Gallois.

Indiscret (Stanley Donen, 1958)

Sur le papier, cela avait de quoi exciter l’amateur. Jugez-donc: une comédie romantique en Technicolor mise en scène par Stanley Donen avec Ingrid Bergman et Cary Grant dans un rôle de playboy similaire à celui qu’il tenait l’année précédente dans le chef d’oeuvre absolu de Leo McCarey qu’est Elle et lui. Le problème, c’est justement que le film ne va jamais au delà des clichés. Conscients des stéréotypes utilisés, les auteurs ne s’en servent pas pour arriver à quelque chose d’autre. Tout paraît balisé, tout semble avoir été déja vu auparavant en mieux (1958, c’est la fin de l’âge d’or). Le couple de stars cabotine plus qu’autre chose et le rythme est trop plat pour une comédie. Résulte de tout ça, un film assez ennuyeux malgré de jolis décors et un Cary Grant qui porte toujours aussi beau le smoking.