A sense of loss (Marcel Ophuls, 1972)

Marcel Ophuls interroge des personnes impliquées dans la guerre civile en Irlande du Nord.

L’entrelacs complexe d’images et de sons révèle la diversité des antagonismes (nationaux mais aussi religieux et économiques) à l’oeuvre en Irlande du Nord en même temps que l’humanité, généralement douloureuse, des protagonistes interrogés. C’est en se focalisant sur les singularités des individus que Ophuls accède à l’universalité. Ainsi lorsqu’il demande à la meilleure copine d’une adolescente accidentellement tuée par un char les préférences de la défunte en matière de garçons. Poignant.

une excellente interview de l’auteur

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Révolte à Dublin (The plough and the stars, John Ford, 1937)

Le soulèvement dublinois de 1916 vu à travers les yeux d’un jeune couple.

L’adaptation de la pièce de Sean O’Casey The plough and the stars fut un des rares projets personnels du militant de l’IRA qu’était John Ford. Le cinéaste allait d’ailleurs filmer la biographie du célèbre dramaturge irlandais en 1965 (Le jeune Cassidy, son avant-dernier film). Pourtant, Révolte à Dublin s’avère un véritable ratage. Est-ce dû à la crise personnelle que le réalisateur traversait alors (sa liaison impossible avec Katharine Hepburn le rendait plus alcoolique que jamais)? Est-ce dû aux conditions de production de la RKO qui -à l’exception notable de Barry Fitzgerald- refusa d’engager la troupe de l’Abbey theatre demandée par Ford et imposa sa distribution? Toujours est-il que jamais le film ne se dépare de la pire des théâtralités: le spectateur sent en permanence que l’idée précède la réalité.

Révolte à Dublin est essentiellement une dialectique entre l’engagement pour l’émancipation de son pays et l’amour d’une épouse or la mise en scène peine à incarner ce raisonnement. Le film est lourdement handicapé par la fausseté de la reconstitution de Dublin dans les studios de la RKO, les batailles filmées sans progression dramatique et le mépris des notions les plus élémentaires de topographie. Un exemple: l’épouse traverse Dublin pour rejoindre son époux derrière les barricades. Eh bien jamais son parcours n’interfère avec les combats se déroulant tout autour d’elle. Du coup, son déplacement dans une ville à feu et à sang ne revêt guère plus d’importance aux yeux du spectateur qu’une promenade de santé.

La seule chose qui importe aux auteurs, ce sont les dialogues entre elle et son mari. Des dialogues sentencieux et pesants faits de tirades généralistes sur l’amour, les femmes, les hommes, l’Irlande. Des dialogues qui évidemment ne contribuent pas à faire exister les personnages. D’ailleurs, Révolte à Dublin est l’occasion de voir la grande Barbara Stanwyck mauvaise. Sans la moindre nuance, elle ne fait que geindre tout le long du film. Il faut dire que son rôle est à sens unique et dénué de toute complexité humaine.

Reste tout de même, au sein de cette fausseté permanente, une séquence d’exécution sublime qui révèle toute la grandeur du metteur en scène.