A sense of loss (Marcel Ophuls, 1972)

Marcel Ophuls interroge des personnes impliquées dans la guerre civile en Irlande du Nord.

L’entrelacs complexe d’images et de sons révèle la diversité des antagonismes (nationaux mais aussi religieux et économiques) à l’oeuvre en Irlande du Nord en même temps que l’humanité, généralement douloureuse, des protagonistes interrogés. C’est en se focalisant sur les singularités des individus que Ophuls accède à l’universalité. Ainsi lorsqu’il demande à la meilleure copine d’une adolescente accidentellement tuée par un char les préférences de la défunte en matière de garçons. Poignant.

une excellente interview de l’auteur

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Gagnant quand même (The shamrock handicap, John Ford, 1926)

Le palefrenier d’un châtelain irlandais ruiné devient jockey en Amérique…

Une pépite typiquement fordienne à base d’exil, d’Irlande et de rêve américain. Disons-le clairement: le traitement de la différence entre l’Irlande et les Etats-Unis, qui constitue le sujet du film, est ici plus franc, moins enjoliveur et moins superficiel que dans L’homme tranquille. Dès 1926, l’absence d’illusion de John Ford quant aux mythes américains est évidente: The shamrock handicap n’a rien d’un hymne à la réussite par le travail acharné. Sans oblitérer l’absence d’avenir économique dans la verte Erin, le cinéaste montre les fêlures et les échecs d’un petit Irlandais propulsé sur les champs de course par un capitaliste nullement méchant mais dénué d’état d’âme. Dans ce rôle, le jeune Leslie Fenton se révèle un excellent acteur, sobre et touchant. Le couple qu’il forme avec la pétillante Janet Gaynor est ravissant. Le relatif pessimisme de l’oeuvre n’empêche nullement la gaieté, la bonne humeur et l’humour fordiens de s’exprimer à travers notamment le truculent personnage de J. Farrell MacDonald. Les cartons sont parfois joliment poétiques. Enfin, la lumière de George Schneiderman est belle et les images sont, comme toujours, composées avec la plus naturelle des perfections.