Saint-Cyr (Patricia Mazuy, 2000)

A la fin du XVIIème siècle, Madame de Maintenon ouvre l’école de Saint-Cyr destinée à éduquer les jeunes filles de la noblesse pauvre.

Après le formidable Travolta et moi, une relative déception. Si l’injection d’un réalisme physique inédit dans la reconstitution historique produit des scènes étonnantes de vérité (le désir et le sexe sont judicieusement filmés), un film dont l’ambition se limite à ce programme apparaît fatalement étriqué. Par manque d’esprit de synthèse, la mise en scène échoue à faire apparaître le sens profond d’un récit qui s’éparpille autant qu’il effleure. J’ai peiné à voir où l’auteur voulait en venir, pourquoi elle avait voulu raconter la fondation de Saint-Cyr. Par exemple, le revirement bigot de Madame de Maintenon après la représentation à Versailles, aussi radical que peu justifié, apparaît exagéré. Le ressassement des deux thèmes de la bande originale, vernis uniforme appliqué à des scènes très diverses, n’insuffle pas l’unité qui fait défaut mais ajoute au sentiment d’incongruité. Parfois, Patricia Mazuy tente de compenser la faiblesse de son script en en rajoutant dans la brutalité mais le résultat apparaît alors convulsif et grotesque; ainsi des scènes de flagellation ou de la tentative de noyade dans la baignoire.

La garce (Christine Pascal, 1984)

Un flic rencontre une jeune orpheline de 17 ans, passe six ans en prison pour l’avoir violée puis, devenu détective privé, la retrouve lors d’une enquête dans le Sentier.

La garce est peut-être la plus probante des transpositions françaises du film noir américain. C’est un film fidèle aux canons les plus classiques du genre que son ancrage dans un quartier parisien empêche cependant de verser dans le pur exercice de style. Bizarrement, il y a un archétype fondamental qui n’a jamais intéressé les réalisateurs français les plus doués pour le polar (Becker, Boukhrief, Melville): la femme fatale. La première des réussites de Christine Pascal ici est donc d’avoir inventé, avec l’aide de ses scénaristes et d’Isabelle Huppert, une femme fatale française aussi trouble et troublante que Phyllis Dietrichson ou Kathie Moffett. Autour d’elle, les auteurs ont, avec une habileté nettement supérieure à celle de la moyenne de leurs collègues, tissé une intrigue mystérieuse qui regroupe les ingrédients traditionnels que sont la double identité, le secret, le crime refoulé, la manipulation, l’érotisme violent…Leur génie est d’avoir fait reposer leur efficace construction sur des démons bien français, révélant au travers du film de genre un inconscient social pas joli joli.

Par ailleurs, la conduite des personnages, à commencer par le héros joué par Richard Berry, est tout à fait amorale. Les deux hommes qui s’affrontent sont guidés avant tout par leurs pulsions. C’est ce qui permet de rompre avec le manichéisme et de surprendre le spectateur en montrant par exemple un caïd désabusé laisser la vie sauve à son rival puisque de toute façon, sa dulcinée ne l’aime pas. Comme Assurance sur la mort, La garce est essentiellement un film d’amour.

Avec l’aide d’une musique de Philippe Sarde dans la droite lignée des partitions jazzy de David Raksin, la réalisatrice a su créer un climat d’étrangeté fascinante et désespérée. Voir ainsi le grotesque angoissant de la fête du nouvel an: c’est du David Lynch avant l’heure. Travail sur le son et mouvements de caméra sont magistraux. Cette virtuosité formelle est également éclatante dans les scènes érotiques. De mémoire de spectateur masculin, on a rarement vu plan plus affriolant que celui où Richard Berry découvre le petit sein d’Isabelle Huppert pour le peloter. Oui, vous avez bien lu: « Richard Berry », « Isabelle Huppert » et « affriolant » dans la même phrase. C’est dire le talent de Christine Pascal. C’est dire, aussi, l’irrésistible charme d’Isabelle Huppert dans sa jeunesse. Son jeu réfléchi et distancié sert à merveille un personnage dont l’opacité nourrit l’éclat de cette pépite oubliée du polar français.

Retour à la bien-aimée (Jean-François Adam, 1979)

Pour retrouver sa femme, un pianiste réalise un plan machiavélique contre le nouveau mari.

Après avoir été assistant de Truffaut et Melville, Jean-François Adam a réalisé trois films avant son suicide en 1980. Retour à la bien-aimée est le dernier d’entre eux. C’est un polar basé sur l’amour fou tourné principalement -mais non exclusivement- en huis-clos. Dans une demeure bourgeoise grande et sinistre, un homme s’est introduit avec un unique but en tête: reconquérir la mère de son enfant. Le côté implacable de sa machination, le peu de péripéties qui viendraient interférer avec son projet ennuie légèrement à certains moments. Retour à la bien-aimée est un film assez abstrait qui ne se soucie guère de notations réalistes.

La mise en scène de Jean-François Adam rend l’oeuvre fascinante à bien des égards. Les sentiments sont exprimés par l’image et la musique avant de l’être par les mots. La superbe lumière (tendance impressionniste en extérieurs, tendance Rembrandt en intérieurs), la rigoureuse précision d’un découpage qui privilégie les lents et savants mouvements de caméra au champ-contrechamp, le jeu intériorisé mais très suggestif de Jacques Dutronc sont autant d’éléments qui nimbent le film d’un romantisme morbide et glacé tout en le faisant tendre légèrement vers l’opéra. On songe à Jean-Pierre Melville qui remakerait un Lang de l’après-guerre (disons La femme au portrait ou Le secret derrière la porte). Quoiqu’il en soit, Jean-François Adam était un réalisateur brillant. Le magnifique plan-séquence qui clôt ce Retour à la bien-aimée suffit à le prouver.