La chanson de mon coeur (Frank Borzage, 1930)

Un ténor irlandais part faire carrière aux Etats-Unis et prend en charge les enfants de la femme qu’il aimait et qui a été abandonnée par son mari.

En plus de chansons qui rappellent le plus sublime passage de ce film sublime qu’est Gens de Dublin, ce véhicule pour le ténor John McCormack contient deux passages d’une belle poésie : la mort de Mary, tout juste suggérée par un plan d’une exquise délicatesse et une séquence aux frontières du surréalisme illustrant visuellement une chanson : à ma connaissance, Frank Borzage a ici inventé le vidéoclip.

A l’ombre de Brooklyn (East side, West side, Allan Dwan, 1927)

A New-York, un orphelin dont une famille juive s’est entiché devient boxeur puis ingénieur.

Le scénario de ce véhicule pour George O’Brien est tarabiscoté mais la mise en scène virtuose insuffle à beaucoup de séquences vie et/ou force dramatique. Le New-York des années 20, avec ses gratte-ciels en construction, ses docks et son quartier juif plus tard reconstitué dans Il était une fois en Amérique est particulièrement bien montré. Au début, le panoramique sur le sud de Manhattan est d’autant plus beau qu’il apparaît comme impromptu. Cet ancrage documentaire n’empêche pas une stylisation plastique, typique de la Fox de l’époque, qui redouble l’impact spectaculaire des morceaux de bravoure; le clou de ceux-ci étant l’évocation du naufrage du Titanic, riche de détails terrifiants.

The Brat (John Ford, 1931)

Un écrivain invite une jeune actrice au chômage dans sa riche famille afin d' »étudier son comportement »…

Comédie théâtrale un brin convenue mais vivifiée par les amusantes gesticulations de Sally O’Neil. Le début dans le tribunal, avec un juge débonnaire, des cadrages sophistiqués hérités du muet et Ward Bond en guise de figurant, est ce que The Brat contient de plus fordien.

La fille de Négofol (Kentucky pride, 1925)

Le destin d’une jument élevée pour la course et de ses différents propriétaires.

John Ford a donc aussi donné dans la fiction animalière. Les cartons poussent l’anthropomorphisme un peu trop loin et le scénario abuse des coïncidences mais les nombreux plans de chevaux sont très beaux. Ford saura se souvenir de l’effet produit par ce type d’images au moment de réaliser le sublime chef d’oeuvre qu’est Le convoi des braves. La fille de Négofol est une curiosité assez sympathique et parfois délicieusement cocasse.

Riley the cop (John Ford, 1928)

Un policier débonnaire qui « n’a jamais arrêté personne » est envoyé en Europe arrêter un jeune homme de son quartier soupçonné de vol.

Comédie policière sympathique et parfois amusante mais dont la complaisance, notamment la complaisance dans le pittoresque, finit par lasser. La musique est médiocre, comme souvent dans les premiers films sonores.

Gagnant quand même (The shamrock handicap, John Ford, 1926)

Le palefrenier d’un châtelain irlandais ruiné devient jockey en Amérique…

Une pépite typiquement fordienne à base d’exil, d’Irlande et de rêve américain. Disons-le clairement: le traitement de la différence entre l’Irlande et les Etats-Unis, qui constitue le sujet du film, est ici plus franc, moins enjoliveur et moins superficiel que dans L’homme tranquille. Dès 1926, l’absence d’illusion de John Ford quant aux mythes américains est évidente: The shamrock handicap n’a rien d’un hymne à la réussite par le travail acharné. Sans oblitérer l’absence d’avenir économique dans la verte Erin, le cinéaste montre les fêlures et les échecs d’un petit Irlandais propulsé sur les champs de course par un capitaliste nullement méchant mais dénué d’état d’âme. Dans ce rôle, le jeune Leslie Fenton se révèle un excellent acteur, sobre et touchant. Le couple qu’il forme avec la pétillante Janet Gaynor est ravissant. Le relatif pessimisme de l’oeuvre n’empêche nullement la gaieté, la bonne humeur et l’humour fordiens de s’exprimer à travers notamment le truculent personnage de J. Farrell MacDonald. Les cartons sont parfois joliment poétiques. Enfin, la lumière de George Schneiderman est belle et les images sont, comme toujours, composées avec la plus naturelle des perfections.

Hommes sans femmes (John Ford, 1930)

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Pendant une manœuvre, un sous-marin coule…

Première collaboration de John Ford avec Dudley Nichols. Le schéma dramatique annonce celui de La chevauchée fantastique et La patrouille perdue: la plus cruelle adversité révèle la nature d’un petit groupe de personnages forcé de cohabiter. En dehors du sacrifice final et de ce qu’il implique, l’artifice de la construction n’est guère apparent: le déroulement naturel et implacable des conséquences de l’accident reste privilégié au petit théâtre psychologique. De plus, le film contient une magnifique introduction où la caméra se balade dans les bouges. La longueur des plans, l’oeil de Ford et le flou narratif font de cette parenthèse joyeuse et sordide un sommet d’immersion. Vu d’aujourd’hui, l’imprécision des débuts du parlant (Men without women est un film littéralement à moitié parlant) peut apparaître comme très moderne…Enfin, on notera que le dénouement, digne, tristement ironique et éminemment fordien, questionne l’héroïsme bien avant L’homme qui tua liberty Valance. Beau film.