La peur au ventre (I died a thousand times, Stuart Heisler, 1955)

Note dédiée à Vincent

Pendant la préparation d’un braquage d’un centre touristique, un malfrat s’entiche d’une fille au pied-bot…

Ce remake de La grande évasion accentue la cruauté et l’émotion du superbe récit de W.R Burnett, notamment grâce à l’interprétation pathétique de Shelley Winters et à quelques raccords riches de sens. Il accentue aussi la résonance cosmique du drame avec le CinémaScope-couleurs qui magnifie les montagnes où se déroule l’action. Même si l’interprétation de Jack Palance manque un peu de fluidité et si le rythme de la narration a perdu en densité, c’est donc une belle réussite qui n’a pas grand-chose à envier au classique de Raoul Walsh si ce n’est d’être sortie après.

Barrabas (Richard Fleischer, 1961)

Après avoir été gracié par la foule à la place de Jésus-Christ, le voleur Barrabas erre, tourmenté, dans l’empire romain.

Les plans longs, larges et beaux de Richard Fleischer posent un regard d’esthète sur ce long et redondant itinéraire spirituel, alourdi par une distribution d’acteurs prestigieux mais jouant sans nuance.

Le sorcier du Rio Grande (Arrowhead, Charles Marquis Warren, 1953)

Les évènements prouvent à une armée raisonneuse que leur éclaireur a bien raison de haïr les Apaches.

Que c’est vilain! D’accord, c’est violent, c’est noir, c’est « sans concession ». On peut penser à du Aldrich bas de gamme. Mais moralement, le film est détestable dans la mesure où il célèbre clairement son héros raciste (les cartons d’ouverture et de fin dissipent toute ambigüité à ce sujet). Et la forme est à l’image du fond. La mise en scène est indigente et les couleurs carrément laides.

L’homme des vallées perdues (Shane, George Stevens, 1953)

Shane, un mystérieux cow-boy aide des fermiers face à un méchant propriétaire qui veut les expulser.

Western parmi les plus populaires aux Etats-Unis, Shane frappe d’abord par sa niaiserie. Certes, le point de vue est celui d’un enfant mais cela n’excuse pas tout.  Cela n’excuse pas le sirop musical qui sert de bande originale, cela n’excuse pas le costume en peau du héros d’un pittoresque ridicule, cela n’excuse pas le fait que Shane soit un buveur de coca, cela n’excuse pas le surjeu de Van Heflin, cela n’excuse pas les gros plans répétés sur la tête à claques du gamin. Shane n’est certainement pas le film à montrer à un néophyte du western tant Stevens y enquille les clichés les plus faux à la façon du Buffala Bill’s Wild west show. La rudesse des moeurs des hommes de l’Ouest est sans cesse édulcorée au profit d’une hypocrisie sentimentalo-puritaine.

La fausseté se retrouve aussi dans la mise en scène de certaines séquences ruinées par le factice de studio; le bal par exemple a plus à voir avec le club de danse western&country de Trifouillis-sur-Oise qu’avec John Ford.  Pourtant, d’autres passages impressionnent par leur réalisme âpre; ainsi de la grande rue boueuse dans laquelle l’infâme Jack Palance descend un fermier. De plus, le fond mythologique du genre est suffisamment bien exploité pour insuffler une réelle profondeur thématique au film. La loi, la morale et la force…Shane parle de tout ça même si la finesse n’est évidemment pas celle de L’homme qui tua Liberty Valance. Enfin, on ne saurait nier l’ampleur occasionnelle de la mise en scène, ampleur qui malheureusement va de pair avec une certaine épaisseur de trait. Shane se veut un western plus intelligent que les autres, Shane réussit donc à être long et bavard en plus d’être niais.

Man in the attic (Hugo Fregonese, 1953)

Découvrir un film signé Hugo Fregonese, petit maître d’origine argentine réalisateur de plusieurs joyaux de la série B hollywoodienne, est toujours intéressant. Mais malheureux qui comme le cinéphile oublie combien la frontière est mince entre secrète beauté et éventuelle insignifiance dans le cas de ces œuvres d’usine ! Ainsi de Man in the Attic, chronique sur Jack l’Eventreur qui s’avère ennuyeuse à cause d’un scénario convenu et lourdement psychologisant; le spectateur a généralement deux longueurs d’avance sur le personnage du flic de Scotland Yard. L’amateur appréciera cependant le rendu visuel des rues de Londres, (rien de tel que le fog pour l’ambiance gothico-fantastique, il est dommage que l’essentiel du film se passe en intérieurs), les fulgurances éparses de la mise en scène (le meurtre en caméra subjective) et surtout dans le rôle-titre, la présence de Jack Palance, la trogne la plus incroyable de tout le cinéma américain.