Y a-t-il un Français dans la salle? (Jean-Pierre Mocky, 1982)

A la mort de l’oncle qui l’a élevé, un homme d’état tombe amoureux de la fille de sa femme de ménage et a affaire à des maîtres-chanteurs.

Jean-Pierre Mocky était un type marrant mais il faudrait voir à ne pas trop surestimer ses films. Sa mise en scène brouillonne n’insuffle aucune unité à un récit qui part dans tous les sens ni ne fait exister des personnages qui ont à voir avec le guignol, non avec l’humain. Pour certaines séquences délicates, le je-m’en-foutisme de Mocky confine à l’odieux; ainsi du viol présenté comme amusant, musiquette à l’appui. Se bornant à forcer les caricatures (à coups de grand angle notamment), le réalisateur ne se donne jamais la peine de faire croire à l’incroyable, à savoir l’amour entre ce politicien et cette adolescente. De plus, la formidable distribution n’est pas si formidable. En roue libre, ces acteurs n’ont pas le génie des vrais monstres sacrés. Jacqueline Maillan n’est pas Milly Mathis, Victor Lanoux n’est pas Jules Berry, Jean-François Stévenin n’est pas Saturnin Fabre.

Retour à la bien-aimée (Jean-François Adam, 1979)

Pour retrouver sa femme, un pianiste réalise un plan machiavélique contre le nouveau mari.

Après avoir été assistant de Truffaut et Melville, Jean-François Adam a réalisé trois films avant son suicide en 1980. Retour à la bien-aimée est le dernier d’entre eux. C’est un polar basé sur l’amour fou tourné principalement -mais non exclusivement- en huis-clos. Dans une demeure bourgeoise grande et sinistre, un homme s’est introduit avec un unique but en tête: reconquérir la mère de son enfant. Le côté implacable de sa machination, le peu de péripéties qui viendraient interférer avec son projet ennuie légèrement à certains moments. Retour à la bien-aimée est un film assez abstrait qui ne se soucie guère de notations réalistes.

La mise en scène de Jean-François Adam rend l’oeuvre fascinante à bien des égards. Les sentiments sont exprimés par l’image et la musique avant de l’être par les mots. La superbe lumière (tendance impressionniste en extérieurs, tendance Rembrandt en intérieurs), la rigoureuse précision d’un découpage qui privilégie les lents et savants mouvements de caméra au champ-contrechamp, le jeu intériorisé mais très suggestif de Jacques Dutronc sont autant d’éléments qui nimbent le film d’un romantisme morbide et glacé tout en le faisant tendre légèrement vers l’opéra. On songe à Jean-Pierre Melville qui remakerait un Lang de l’après-guerre (disons La femme au portrait ou Le secret derrière la porte). Quoiqu’il en soit, Jean-François Adam était un réalisateur brillant. Le magnifique plan-séquence qui clôt ce Retour à la bien-aimée suffit à le prouver.