Quai de Grenelle (Emile Edwin Reinert, 1950)

Pour n’avoir pas traversé sur le passage clouté, un chasseur de vipères est injustement accusé d’un braquage de banques.

La totale débilité de la construction dramatique censée agencer les divers clichés du récit ainsi qu’une lourde tendance à la salacité gratuite sont révélateurs du mépris que pouvait alors avoir Jacques Laurent pour le cinéma et les cinéphiles.

De l’amour (Jean Aurel, 1964)

L’histoire de plusieurs couples est la matière de réflexions sur l’amour.

Qui mieux que Jacques Laurent, qui écrivit une fin de Lamiel, pour adapter Stendhal? De fait, Cecil Saint-Laurent (c’est ainsi qu’il signait ses scénarii) a brillamment prolongé le texte original, tant et si bien que l’on a bien du mal à distinguer ce qui relève de l’écrivain original de ce qui relève du hussard continuateur dans l’abondante voix-off. De l’amour est en effet un film où c’est le commentaire, tantôt développement théorique tantôt contrepoint ironique, qui donne son sel à l’action. Illustrer l’essai de Stendhal avec des histoires de couples contemporains rend les réflexions moins difficiles à digérer et renforce l’éclat de leur pertinence d’autant que l’élégance de la mise en scène de Jean Aurel -entre Kast et Rohmer- et la grâce sophistiquée d’Elsa Martinelli s’accordent parfaitement à la prose cristalline du grand Beyle.

Les mauvaises rencontres (Alexandre Astruc, 1955)

Une jeune ambitieuse montée à Paris se retrouve impliquée dans une affaire de moeurs.

Ce premier long-métrage du célèbre critique Alexandre Astruc (le théoricien de la « caméra-stylo ») a en son temps favorablement impressionné les jeunes Turcs des Cahiers du cinéma. Il est vrai que, tout en étant pleinement ancré dans son époque, son style tranchait d’avec le cinéma français d’alors, un cinéma justement déconnecté de l’époque. L’intrigue, adaptée du hussard Jacques Laurent, s’appuie sur des clichés romanesques qui ont vieilli. La pseudo-modernité due à l’absence de regard moral sur les actions des personnages n’a pas moins vieilli.

La construction narrative alambiquée faite de multiples flashbacks apparaît inutilement compliquée. Les dialogues délibérément littéraires ont certainement influencé Truffaut et Rohmer mais ils renforcent la distance entre le spectateur et les personnages, distance également entretenue par les savants mouvements de caméra d’un cinéaste-cinéphile très influencé par Welles, Preminger et Losey. Bref, Les mauvaises rencontres est un film d’une froide et vaine sophistication qui a toutefois le mérite historique d’être le précurseur le plus authentique de la Nouvelle Vague.