1 homme de trop (Costa-Gavras, 1967)

Dans les Cévennes, des maquisards délivrent douze prisonniers mais un intrus s’est glissé parmi eux.

1 homme de trop n’est pas un film « sur la Résistance » mais est un film où la Résistance sert de cadre à l’exploitation de recettes d’écriture conventionnelles (le suspense autour de la botte allemande…) et de procédés spectaculaires (le film est une succession de coups de mains) qui nuisent à la crédibilité et à la justesse des situations représentées. De plus, les ambitions « westerniennes » de Costa-Gavras ne sont pas vraiment concrétisées faute de rigueur dans le découpage (l’introduction est d’une lamentable confusion). Les mouvements d’appareil abondent et ne sont pas toujours justifiés mais engendrent parfois des effets intéressants: ainsi du rapide éloignement de la caméra lorsque le camion poursuivi sort de la route de montagne qui étonne tout en précisant la topographie. Bref, 1 homme de trop est une superproduction qui se laisse regarder, notamment parce que son rythme est haletant, mais qui ne joue pas dans la même catégorie que L’armée des ombres.

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L’horizon (Jacques Rouffio, 1967)

En 1917, un fantassin en convalescence a une liaison avec la jeune veuve de son cousin.

Ce premier film de Jacques Rouffio, adapté d’un roman Georges Conchon, souffre d’une mise en scène trop statique et d’un rythme un peu plat que la musique de Serge Gainsbourg peine à vivifier. Il est pourtant intéressant à bien des égards. De même que celui de l’émancipation féminine pendant la première guerre mondiale, le problème du vide existentiel du combattant est abordé avec finesse. Les personnages sont caractérisés avec subtilité. Cette impression de tact vient notamment du fait que la désertion n’est jamais évoquée en tant que telle par ces bourgeois bon teint désirant préserver leur unique enfant d’un massacre dont l’absurdité est chaque jour plus flagrante. Jouant une anticonformiste amèrement revenue des illusions de sa classe sociale, Macha Méril est ensorcelante et il est aisé de s’identifier à son amoureux. Quoique insuffisamment présente à l’image, la beauté de la campagne française est fort bien restituée.

L’année des méduses (Christopher Frank, 1984)

En vacances sur la côte d’Azur, une bourgeoise et sa fille succombent au charme d’un proxénète.

Ce semi-polar racoleur (Valérie Kaprisky n’est pas avare de ses charmes) aurait pu être un très bon thriller dans la lignée de ceux de Verhoeven si la mise en scène avait été à la hauteur. En l’état, ça se laisse regarder sans plus.

La petite vertu (Serge Korber, 1968)

Un jeune photographe tombe amoureuse d’une pickpocket sous la coupe d’un gangster.

L’histoire tirée d’un roman de James Hardley Chase était intéressante puisqu’elle montrait comment une voleuse ment par amour à son époux pour qu’ils vivent confortablement. Jacques Perrin est bon dans son emploi habituel de jeune gars candide. Malheureusement la mise en scène est globalement nulle. Le film s’appuient uniquement sur les dialogues d’Audiard. Ceux-ci sont amusants cinq minutes, surtout lorsqu’ils sont dits par Pierre Brasseur, mais on se désintéresse vite de personnages s’exprimant uniquement par des mots d’auteur. A noter un thème ravissant de Georges Delerue (mais on n’est pas obligé de se coltiner le film pour s’en délecter).

L’étrangleur (Paul Vecchiali, 1970)

Un policier ment à la télé pour trouver un tueur en série.

L’étrangleur est un polar original dans lequel le suspense importe moins que la personnalité du tueur et celle de son traqueur. En présentant un flic qui ment ouvertement et un tueur apparemment pur de coeur et d’esprit, Paul Vecchiali brouille les frontières morales sans que cela n’apparaisse comme de la provocation gratuite. En effet, il n’absout pas l’assassin qui reste un dangereux psychopathe auquel il ne faut pas se fier et qu’il faut à tout prix (?) empêcher d’agir. Les histoires de trauma pour expliquer les comportements de tueur en série sont souvent téléphonées au cinéma et celle-ci n’échappe pas à la règle mais la belle fin couronne joliment le face-à-face dialectique que constitue le film. Julien Guiomar et Jacques Perrin dans les rôles principaux sont bons et aident à faire passer outre une mise en scène inégale.

L’honneur d’un capitaine (Pierre Schoendoerffer, 1982)

La veuve d’un capitaine français tué en Algérie attaque en justice un homme qui a affirmé durant un débat télévisé que son mari avait été un tortionnaire.

L’honneur d’un capitaine est un pur film à thèse dans lequel les personnages n’ont pour ainsi dire aucune existence individuelle. Il s’agit donc de s’interroger sur la qualité de la démonstration de Schoenderffer qui veut ici redorer le blason de l’armée française, nous montrer que des civils bardés de bonnes intentions morales ne sauraient juger des soldats en guerre. Noble tâche entreprise à une époque (années 80) qui était déjà gangrénée par la niaiserie droit-de-l’hommiste. Malheureusement, l’auteur manque de finesse et de rigueur intellectuelle. A l’exception d’une salutaire nuance finale, son parti-pris est trop souvent visible pour que la reconstitution du parcours de son héros (invariablement parfait) par l’accusation et la défense soit réellement intéressante. On est très loin de la « justice dramatique » d’un Otto Preminger dans ses films à procès. L’avocat de la défense joué par l’excellent Charles Denner est une caricaturale tête à claques gauchiste qui mélange tout. Impossible de le prendre au sérieux.

On mentionnera également la musique pompière qui accompagne les images de batailles (Misere…) ainsi que le bâclage de l’exposition où une épouse découvre subitement le passé de son mari vingt ans après la mort de celui-ci et s’ébahit devant des images de l’Indochine en s’exclamant texto « ha, la guerre c’est ça! » pour finalement conclure que le talentueux réalisateur de La 317ème section aurait gagné à déchausser ses lourds sabots avant de s’embarquer: cela lui aurait évité de couler son film.