Le Paradis des mauvais garçons (Macao, Josef Von Sternberg, 1952)

A Macao, un aventurier américain se retrouve embarqué dans une sale histoire.

Exotisme de studio, éclairages savants, mouvements de caméra sophistiqués, dialogues piquants, rapports amoureux brutaux…Von Sternberg obligé de supporter les caprices de Howard Hughes (le réalisateur sera viré avant la fin du tournage et remplacé par Nicholas Ray) recycle sa panoplie sans grande conviction. C’est parfois joli à regarder mais le scénario réussissant le tour de force d’être à la fois inconsistant et embrouillé est vraiment trop nul.

L’ardente gitane (Hot blood, Nicholas Ray, 1956)

Dans une grande ville américaine, le chef d’un clan gitan souhaite que son jeune frère lui succède. Il arrange un mariage avec une belle gitane mais le jeune frère n’est pas très attaché aux traditions de son clan…

L’ardente gitane, c’est surtout une orgie plastique, un Scope-couleur éclatant, une mise en scène baroque qui lorgne vers la comédie musicale sans s’y abandonner vraiment (à la manière de Traquenard du même Nicholas Ray). Le film part d’un folklore très kitsch, celui des gitans vus par Hollywood, pour arriver à l’histoire d’un jeune homme qui se fritte avec avec sa famille, avec ses traditions par soif de vivre indvidualiste. C’est donc, au fond, typiquement rayien.  Plusieurs séquences de blabla redondantes alourdissent la narration et le film n’est tout compte fait qu’à demi-réussi mais il satisfera les amateurs de son auteur.

Les implacables (The tall men, Raoul Walsh, 1955)

Un film majestueux sur tous les plans.
D’une part, le Cinémascope magnifie cette histoire de convoyage de boeufs. Si les images n’atteignent pas la sublime tranquillité qui caractérise le chef d’oeuvre du genre qu’est La rivière rouge, elles impressionnent par leur ampleur, par le nombre exceptionnel de bêtes et de figurants à l’écran. Raoul Walsh est un maître et, soutenu par la musique inspirée de Victor Young, il s’y entend à merveille pour faire partager au spectateur les sensations de gigantisme et de plenitude que peuvent inspirer cette aventure. Et puis quoi de plus majestueux dans un western qu’une traversée d’un fleuve par un troupeau de bétail ? Qu’elle soit filmée par Hawks, Walsh ou Tartempion, c’est toujours un immense plaisir pour l’amateur.
D’autre part, après une longue exposition, le récit dévoile sa richesse et les relations entre les quatre protagonistes de l’histoire s’avèrent passionnantes. Car ce sont bien elles le centre du film. L’action est là pour donner lieu à des séquences hyper-spectaculaires mais aussi pour révéler la nature des personnages. Les implacables est encore une histoire d’aspirations contradictoires. Jane Russell y incarne une femme comparable à celle qu’elle jouera l’année suivante dans Bungalow pour femmes, une femme partagée entre un Texan simple et viril et un nordiste riche et ambitieux. Ses chansons qui expriment ses sentiments sont d’ailleurs une des belles idées de ce western profondément romanesque. Et heureusement, les deux héros masculins ne se réduisent pas à ces archétypes et la relation teintée de respect qui se noue entre eux est un des aspects les plus intéressants de l’histoire. Clark Gable et Robert Ryan donnent une réelle épaisseur à leur rôle. Certaines scènes -telle celle qui oppose les deux frères- ont un réel souffle tragique.
Les implacables est donc un western grandiose, un des trois ou quatre meilleurs parmi ceux signés par Raoul Walsh.

Bungalow pour femmes (The Revolt of Mamie Stover, Raoul Walsh, 1955)

Une oeuvre assez atypique dans la pléthorique filmographie de Raoul Walsh. Le fond du film, l’histoire d’une femme avide, qui en temps de guerre aura à choisir entre son amour et ses désirs de puissance, est typique de l’auteur de La rivière d’argent. En revanche, le style est étonnamment tranquille alors qu’un tel sujet aurait pu donner lieu à un traitement plus lyrique. En dépit d’une photographie en Cinémascope aux couleurs chatoyantes qui se plaît à recréer des clichés de carte postale (décor hawaïen oblige), le film s’apparente plus à une fable morale qu’à un « mélodrame flamboyant ». L’évolution de l’héroïne est écrite de façon très juste, l’historique attaque de Pearl Harbour étant un moteur »naturel » de la dramaturgie. Les répercussions de cet évènement sur le comportement des deux amoureux permettent de révéler leur nature mais jamais la guerre n’est mise au premier plan. Il n’y a pas de surdramatisation, pas de coups de théâtre qui seraient justifiables par le contexte exceptionnel de seconde guerre mondiale. Ainsi le scénario ne nous fait jamais craindre pour la vie des personnages principaux. Jane Russell, dont les talents de comédienne ont pu être mis en doute, trouve ici ce qui restera peut-être comme son meilleur rôle. Ses généreux appas font partie intégrante de la caractérisation de son personnage d’entraîneuse. Richard Egan qui joue le romancier à succès dont elle tombe amoureuse paraît malheureusement assez fade face à elle. Au final, une belle histoire de femme de plus à l’actif du réalisateur de The man I love et La belle espionne.