Magic town (William Wellman, 1947)

Un sondeur s’installe dans une petite ville américaine qui reflète exactement les choix de l’ensemble du pays mais son entreprise est mise à mal par une journaliste qui veut justement faire évoluer l’opinion locale.

D’un côté, Robert Riskin, le fameux scénariste de Capra, s’empare d’un sujet très actuel (les sondages) mais d’un autre, son récit demeure trop abstrait et ses enjeux dramatiques trop flous. On a l’impression qu’il tente d’appliquer ses schémas classiques (type cynique qui devient gentil parce que frappé par la candeur du peuple, amour entre deux personnages opposés…) à une réalité nouvelle; sans beaucoup de succès, faute de clarté. Jane Wyman est bien et James Stewart superbe dans un rôle à la fois taillé pour lui et d’une noirceur relative mais inédite avant ses collaborations avec Hitchcock et Anthony Mann. William Wellman emballe ça de façon tout à fait impersonnelle. Bref, c’est moyen, malgré le prestige de l’affiche et l’originalité du sujet.

Bamboo cross (John Ford, 1955)

En Chine communiste, des religieuses sont accusées d’avoir assassiné des enfants…

L’unité de lieu et l’extrême concision de ce téléfilm de 29 minutes réduisent à l’essentiel personnages, situations et actions. Bamboo cross est un drame de l’oppression communiste raconté de la façon la plus simple et la plus directe qui soit. Les images saisissantes -prières, signe de croix des nonnes pendant qu’un assassinat a lieu hors champ- s’enchaînent et forment un récit qui pèche par schématisme mais qui impressionne par sa noirceur rentre-dedans. Frontière chinoise, l’ultime chef d’oeuvre, n’est pas loin.

Cheyenne (Raoul Walsh, 1947)

Un joueur professionnel au passé douteux est chargé de capturer un mystérieux braqueur de diligences. Durant ses tribulations, il va séduire l’épouse du voleur…

Un western qui, sans l’afficher ouvertement, ne manque pas d’originalité. Les auteurs se jouent des carcans du genre et n’hésitent pas à lorgner vers la comédie pour nous présenter la naissance houleuse d’une histoire d’amour. C’est le désir amoureux qui guide les personnages dans ce western. Répliques à double sens, jeux de séduction piquants…Certains passages, tel la rencontre entre les deux futurs tourtereaux autour d’une baignoire sont dignes des screwball-comedies de la grande époque. Une telle séquence comique et les péripéties qui s’ensuivent permettent à Raoul Walsh de délivrer d’une façon proprement réjouissante une vérité dénuée de la moindre sentimentalité sur les rapports entre les sexes. Suprême élégance d’un metteur en scène qui n’a rien à prouver mais tout à offrir à son public.

Evidemment, le dynamisme entraînant de la mise en scène ne concerne pas que les séquences de comédie. Encore une fois, Walsh prouve que personne mieux que lui ne filmait l’action à Hollywood. Cheyenne n’est évidemment pas avare en attaques de diligence. Voyez la façon dont sont filmés les chevaux galopant face à la caméra. Plutôt que de les précéder systématiquement comme c’est souvent le cas dans les productions habituelles, l’opérateur se laisse déborder par les cavaliers, donnant ainsi une impression de mouvement débridé.

Les scénaristes se sont bien autorisés quelques facilités pour lier les différentes intrigues, sentimentales et policières mais le rythme de la narration est si trépidant que le spectateur ne s’en formalisera pas.

Johnny Belinda (Jean Negulesco, 1948)

Un médecin nouvellement arrivé dans une petite ville côtière se marie avec une jeune sourde-muette victime d’un viol…
Le sujet donne le ton. C’est mélo/mélo/mélo. Malheureusement, il est difficile de croire à des personnages dont la psychologie se résume à un caractère (la candeur, la bonté, la méchanceté). Sans atténuer leur portée, Borzage introduisait de l’humour dans ses mélodrames, ce qui compensait leur solennité et faisait exister les personnages au delà de leur archétype. Ici, les ficelles énormes d’un scénario extrêmement manichéen guident les protagonistes d’un bout à l’autre du film. A côté de ça, le film est techniquement irréprochable même si dénué du moindre génie plastique. Les images sont jolies, le rythme est d’une belle fluidité et la narration feuilletonesque empêche l’ennui malgré la profonde idiotie de l’histoire racontée.