Le baron fantôme (Serge de Poligny, 1942)

Sous la Restauration, une jeune comtesse et la fille de sa nourrice s’installent dans le château de leur grand-oncle décédé où il ne reste plus qu’un domestique et son fils….

Le scénario passablement fumeux manque de fermeté dramatique mais Serge de Poligny a un certain talent visuel pour mettre en valeur son folklore à base de trésor caché et de jeunes filles somnambules (un an avant Tourneur de l’autre côté de l’Atlantique).

Le domino vert (Henri Decoin et Herbert Selpin, 1935)

Au moment de se marier, une jeune fille découvre la vérité sur son père bagnard.

Officiellement réalisé par Herbert Selpin et « supervisé » par Henri Decoin, Le domino vert est resté comme le film de la rencontre entre Danièle Darrieux et son célèbre Pygmalion. C’est un des moins bons de leur collaboration. La mise en scène est d’une rare platitude (zéro chanson, ce qui est rare pour un film avec D.D.) et le scénario ne recule devant aucune invraisemblance pour rester dans la convention.

L’alibi (Pierre Chenal, 1937)

Un prestidigitateur assassin donne de l’argent à une de ses collègues entraîneuses pour qu’elle lui serve d’alibi…

L’alibi est un polar conventionnel bien réalisé. Les auteurs y privilégient parfois les facilités dramatiques au détriment du réalisme des comportements mais le machiavélisme du policier interprété par un Jouvet impérial vient épicer la recette attendue. Jany Holt et Albert Préjean sont bons, Erich Von Stroheim est lui un peu ennuyeux à force de jouer toujours le même type de personnage de la même façon. La mise en scène de Chenal est parfois assez fine comme lorsque l’inspecteur se rend compte que l’entraîneuse lui ment. Un bon film.

La maison du Maltais (Pierre Chenal, 1938)

En Tunisie, un poète trempe dans des trafics louches pour les beaux yeux d’une prostituée…

Quoique pleinement ancré dans les conventions du mélodrame, La maison du Maltais est un très bon film. Sa facture, toute entière soumise à la logique du récit, est excellente. Les contrastes de Curt Courant dramatisent l’image. Alerte, la caméra de Pierre Chenal zèbre l’espace de la casbah reconstituée en studio et vivifie considérablement un scénario déjà riche en péripéties. Foisonnant sans être touffu, le film est d’une rapidité et d’une concision qui ridiculisent nombre de réalisateurs contemporains incapables de raconter une histoire consistante en moins de deux heures.

Ce rythme quasi-trépidant n’empêche pas les personnages d’exister à l’écran. Chenal est ici aidé par une galerie de seconds rôles comme on n’en voit que dans le cinéma français des années 30. Citons Louis Jouvet en détective dont la fourberie n’a d’égale que la faconde, Jany Holt pathétique conscience de l’héroïne et Aimos, comparse sévère mais profondément compatissant du héros.  Mais la plus mémorable de tous, c’est incontestablement Fréhel, la magnifique Fréhel. Il faut la voir, cette vieille logeuse aigrie et truculente, payer pour l’hospitalisation d’une pensionnaire qu’elle venait de mettre à la porte.

C’est ainsi une des qualités de cette Maison du Maltais que d’aller au-delà des archétypes initiaux pour caractériser ses protagonistes. Dans une logique toute dialectique, le héros rêveur et feignant se met à travailler lorsqu’il tombe amoureux. Il fallait un comédien de la trempe de Dalio -dont c’est le  premier « premier rôle »- pour incarner aussi bien un personnage aux facettes aussi multiples. Tantôt froid chef de bande, tantôt docker consciencieux, tantôt alcoolique mondain, toujours amoureux. Viviane Romance, elle, est superbe en prostituée prête à toutes les crédulités pour changer de vie.

Non coupable (Henri Decoin, 1947)

Un médecin alcoolique et méprisé par sa communauté se rend compte le jour où il renverse un motocycliste qu’il a un talent particulier pour le crime parfait.

Non coupable est un drame policier assez représentatif du cinéma de qualité française qui était d’abord -mais pas seulement- un cinéma de scénario. Ici, le scénario est bon donc le film est bon. Ce type de dramaturgie basé sur la psychologie est un peu suranné mais a priori pas moins pertinent qu’un autre. Si Non coupable ne saurait imposer une réflexion sur le mal avec autant de force qu’un chef d’oeuvre de Fritz Lang, s’il reste soumis de bout en bout aux conventions de son temps, il est mené avec suffisamment d’habileté. Par ailleurs, le toujours excellent Michel Simon parvient sans peine à donner une épaisseur humaine à son personnage. La fin hisse le film vers des cimes tragiques sans que la noirceur de la vision n’apparaisse exagérée comme c’est le cas dans nombre de films contemporains de Duvivier, Allégret ou Autant-Lara. Bref, Non coupable est un bon polar à la française.