Embrasse-la pour moi (Stanley Donen, Kiss them for me, 1957)

En 1944 à San Francisco, quatre pilotes bien déterminés à faire la fête pendant leurs quatre jours de permission se voient soumis à des obligations de propagande par des magnats de l’industrie…

L’élégance virtuose de Stanley Donen fait merveille dans cette comédie où, régulièrement, des notations amères matérialisent le retour du refoulé guerrier et viennent altérer l’élan vitaliste d’une mise en scène loufoque et colorée qui utilise parfaitement le CinémaScope pour filmer les fêtes en chambre d’hôtel. Derrière le pittoresque joyeux, Kiss them for me s’avère donc un film d’une grande justesse quant à l’état d’esprit du soldat en permission ou l’exploitation des héros par les capitalistes (là-dessus, il est infiniment plus léger mais non moins percutant que Mémoires de nos pères). Le dénouement, fondamentalement militariste, est sans doute une concession à l’US Air Force qui a prêté son concours à la production et jure un peu avec le reste.

La blonde et le shérif (The sheriff of Fractured Jaw, Raoul Walsh, 1958)

Un représentant de commerce anglais devient le shérif d’une ville malfamée du Far-West.

Petite comédie au déroulement balisé mais à la mise en scène assez truculente et mouvementée pour constituer un divertissement acceptable. Raoul Walsh s’est toutefois montré bien plus impliqué par le passé, y compris dans des commandes a priori aussi peu ambitieuses (tel Cheyenne).

Le cambrioleur (Paul Wendkos, 1957)

Après avoir dérobé le collier d’une riche rombière, un cambrioleur voit sa jeune partenaire les quitter, lui et son gang.

Ce bref synopsis donne un aperçu de l’originalité de ce premier film de Paul Wendkos qui allait plus tard s’illustrer à la télévision. Plus qu’une intrigue savamment charpentée, ce sont les réactions des personnages qui font le récit écrit par David Goodis (ce fut son seul scénario). D’où le fait que Le cambrioleur s’éloigne parfois des « codes du genre ». L’inhabituelle relation paternalistico-sentimentale tissée entre le héros et la jeune fille a plus à voir avec certains mélodrames archaïques (tel l’excellent Laugh, clown, laugh avec Lon Chaney) qu’avec le polar. Dan Duryea et Jayne Mansfield trouvent ici des rôles qui sont restés parmi leurs meilleurs.

Le cambrioleur brille également par sa mise en scène pleine de trouvailles et d’expérimentations. Les cadrages inventifs et les raccords fulgurants, s’ils sont parfois de l’ordre du gadget, renouvellent sans cesse l’intérêt du spectateur. Il y a également un semblant de vernis qui ancre l’action socialement parlant. Les débardeurs des malfrats, l’ambiance moite, l’énervement suscité par le train qui passe à proximité du petit appartement donnent une réelle consistance au lieu et aux personnages qui y habitent. J’aimerais revenir sur cette excellente idée du train. Paul Wendkos met d’abord en exergue un détail réaliste qui donne une présence originale à son décor avant de sublimer ce détail via un travail expressionniste sur le son et l’image qui lui permet alors d’exprimer les passions des voleurs qui, après un casse éprouvant, subissent ce bruit à longueur de journée. C’est tout simplement brillant.

Le cambrioleur est donc un joyau de la série B comme on les aime. Les quelques raccourcis schématiques du scénario ne peuvent gâcher le plaisir ressenti devant une telle liberté et une telle inventivité déployées en 90 minutes chrono.