La ruelle du péché (Glory Alley, Raoul Walsh, 1952)

A la Nouvelle-Orléans, le jour d’un match décisif, un boxeur abandonne sa carrière et par là-même se fâche avec son entraîneur qui devait être son futur beau-père.

Dans cet univers de boxeurs, de jazzmen et de danseuses, Raoul Walsh est comme un poisson dans l’eau. Néanmoins, cette Nouvelle-Orléans recréée dans les studios de la MGM garde un aspect foncièrement artificiel en dépit des velléités d’authenticité. Ainsi, les interventions de Louis Armstrong, jouant un personnage secondaire ne rechignant pas à pousser la chansonnette, sont plaisantes mais relèvent d’un folklore très décoratif (rien à voir avec les délires de Stepin Fetchit dans Le soleil brille pour tout le monde). L’épatante concision du film (c’est dingue tout ce qui arrive au héros en 80 minutes) s’avère parfois asphyxiante. Plus de développements n’aurait certainement pas nui à la crédibilité d’un scénario parfois tiré par les cheveux. Glory Alley reste un film d’une jolie vitalité, mélangeant les tons et les genres avec une aisance typique de son réalisateur. Il y a des moments d’une amertume vraie et touchante, tel celui où une jeune fille danse pour un père aveugle ruminant ses regrets sur son piano, et des plans magnifiques, tel celui du départ du héros.

Moon over Harlem (Edgar G. Ulmer, 1939)

Une jeune fille est amoureuse d’un jeune homme honni par sa mère qui est sous la coupe d’un mauvais garçon.

Aux Etats-Unis dans les années 30, certains studios de troisième zone produisaient des films destinés à des marchés « ethniques ». On faisait des films avec des Noirs pour les Noirs, des films en yiddish pour les Juifs…Au cours de son long purgatoire, Edgar G.Ulmer a tourné plusieurs de ces oeuvrettes qui étaient réalisées dans des conditions misérables. Le film qui nous intéresse aujourd’hui est un film de blaxploitation mis en boîte 30 ans avant la blaxploitation.

Bouclé en quatre jours avec des bouts de super 8 en guise de pellicule qui font qu’aucun plan ne dure jamais plus de cinq secondes, il est d’une effarante pauvreté technique mais il a un intérêt historique évident en cela qu’il est un témoin cinématographique de la culture afro-américaine des années 30. On y voit d’ailleurs Sidney Bechet. Dépeignant des passions dont l’intensité est plus exacerbée que chez les Blancs, le film est plus cru et plus réaliste que ses homologues hollywoodiens (dans les scènes de bagarre notamment). Moon over Harlem est une sorte d’équivalent cinématographique (très) low-fi aux chansons de R&B des années 50.

Rendez-vous de juillet (Jacques Becker, 1949)

Dans le Paris de la fin des années 40, les amours et les aspirations d’une bande de jeunes artistes et étudiants.

Après s’être intéressé à la paysannerie (Goupi Mains-rouges) et au monde de la mode (Falbalas), Jacques Becker peint un nouveau milieu: celui de la jeunesse germanopratine d’après-guerre. A force d’attention à son sujet et de maîtrise du cinéma, il excelle. Encore une fois.

Rendez-vous de juillet est d’abord la captation d’une réalité de son temps: celles des caves de Saint-Germain-des-Prés. Le cinéaste a tourné dans une authentique boîte de jazz (le Lorientais où il filme Claude Luter). L’ancrage social est très précis: les personnages suivent des cours au Musée de l’homme, sont diplômés de l’IDHEC, répètent une pièce de Sacha Guitry. Plusieurs des anecdotes racontées dans le film, tel l’expédition des jeunes cinéastes en Afrique, sont véridiques. Enfin nul besoin d’extrapoler pour imaginer que la brochette de jeunes acteurs révélés par le film (Daniel Gélin, Nicole Courcel, Maurice Ronet, Pierre Mondy…) vivait au moment du tournage des aventures analogues à celles des personnages de comédiens représentés dans le film.

Cependant, Rendez-vous de juillet n’a rien de documentaire. Sa construction dramatique et son découpage sont bien trop savants pour ça. Le film commence avec une exposition qui situe socialement et sentimentalement chacun des nombreux protagonistes sans que la continuité de l’ensemble ne soit jamais altérée. C’est une magistrale leçon de narration et de mise en scène. Les auteurs exploitent avec un maximum d’efficacité les éléments à leur disposition, notamment le téléphone. C’est qu’au cours de la chronique entomologiste, l’intrigue va se dessiner, les enjeux dramatiques vont apparaître finement. Au fur et à mesure que le film avance, le panorama se rétrécit et Becker se focalise sur deux couples. Ses observations  sur les premières amours sont alors d’une rare justesse et d’une audace exceptionnelle compte tenu de l’époque (je ne connais pas d’autre film des années 40 où des jeunes parlent ouvertement de sexe).

Au final, le cinéaste aura réussi à cristalliser cet éphémère moment d’une vie où, parce que les choix n’ont pas encore été arrêtés, tout est possible: la jeunesse.

La femme aux chimères (Young man with a horn, Michael Curtiz, 1950)

La vie d’un trompettiste de jazz.

La femme aux chimères est un « biopic » hollywoodien tout ce qu’il y a de plus conventionnel mais il est mené avec suffisamment de savoir-faire (la plastique « film noir » lui donne un cachet plaisant) et de conviction (Kirk Douglas et Lauren Bacall sont tous deux excellents) pour constituer ce qu’il est coutume d’appeler un bon film.

Si bémol et fa dièse (A song is born, Howard Hawks, 1948)


Ce remake de Boule de feu ravive l’éternel schéma hawksien de l’homme niais face à la femme dégourdie.
Sauf que là, Danny Kaye apparaît vraiment trop niais pour être supportable. Certains gags sont à ce sujet vraiment lourds. On ne croit pas une seule seconde à l’intrigue avec les gangsters tant ceux-ci semblent sortis d’une opérette. Les séquences musicales sont souvent médiocres même si elles font intervenir pas mal de vedette de l’époque (Louis Armstrong…). Ainsi Virginia Mayo est sexy, ce qui est appréciable compte tenu de son rôle, mais ce n’est pas une grande chanteuse. Le Technicolor pastel ravira le mauvais goût qui sommeille en chacun de nous.
Quelques belles scènes, notamment la fin où la musique sauve littéralement les héros, donnent un semblant d’intérêt à Si bémol et fa dièse qui reste une variation faiblarde d’un schéma hawksien si brillamment utilisé dans d’autres oeuvres du maître.

Romance inachevée (The Glenn Miller story, Anthony Mann, 1953)

Biopic très conventionnel sur le jazzman Glenn Miller. La grâce du couple Allyson/Stewart n’est pas suffisante pour faire décoller un film balisé du début à la fin et dont les enjeux dramatiques sont, en dehors de la fin tragique de Miller qui permet de faire tomber la biographie dans l’hagiographie, peu consistants.
L’amateur s’amusera à traquer la griffe de Mann et la retrouvera plus dans la relative sécheresse avec laquelle il traite les séquences les plus dramatiques (l’orchestre sous le bombardement), dans un art consommé de la litote et de l’ellipse (la fin, très digne) que dans la plastique des cadrages.