Les ruses du diable (Paul Vecchiali, 1965)

Une couturière jeune et jolie se met à recevoir régulièrement des billets de cent francs par la poste…

Les ruses du diable est un très beau film dans lequel on retrouve déjà toutes les qualités du cinéma de Paul Vecchiali: un goût pour la digression et la rupture de ton qui va de pair avec une grande rigueur dans le découpage, une poésie populiste héritée des années 30, l’acuité du regard sur la condition féminine, une égale bienveillance à l’égard de chacun des personnages qui permet de déjouer les schémas narratifs attendus (ainsi de la belle réaction –aussi inattendue que logique- de la patronne lorsque son employée l’envoie balader), une science du montage rare dans le cinéma français, des chansons pour agrémenter le tout (ici, c’est la grande Cora Vaucaire que le spectateur a le plaisir d’entendre).

La fantaisie est plus discrète qu’elle ne le sera dans certaines des réalisations ultérieures de Vecchiali et c’est heureux tant elle paraîtra alors volontariste. Dans Les ruses du diable, elle est présente en sourdine à l’intérieur d’un récit classique mené avec une certaine fermeté. Les actrices sont bien sûr magnifiques, la talentueuse et méconnue Geneviève Thénier en tête. Plusieurs moments sublimes sont l’œuvre d’un très grand cinéaste. Rien que pour l’évocation de la mort de la voisine de palier où les panoramiques et les coupes expriment toute l’intégrité, la pudeur, la douceur et la noblesse qui sont celles de leur auteur, le plus ancien des longs-métrages de Paul Vecchiali conservés à ce jour se doit d’être vu.

Le bonheur (Agnès Varda, 1964)

François, jeune menuisier parfaitement heureux avec son épouse et ses enfants, rencontre un jour Emilie, une ravissante postière…

Le bonheur, c’est d’abord le plaisir d’un film ensoleillé qui, à l’aide de couleurs éclatantes et de magnifiques actrices, montre les joies d’une vie simple, en harmonie avec la nature. C’est ensuite un film triste sous lequel point cruellement, après une apologie décontratée de l’amour libre, une certaine gravité. Comme dans Jules et Jim, la réinvention des règles de l’amour est vouée à l’échec. Cette transition morale n’est pas aussi brillante, apparaît plus convenue que dans les films de Max Ophuls, influence maintes fois revendiquée par le couple Demy/Varda. Bien que dans l’ensemble le style soit sans éclat, des affèteries gâchent certaines séquences. Ainsi de l’ultime étreinte entre François et sa femme dont le montage sous différents angles annihile le potentiel dramatique au profit de…rien du tout. Le bonheur laisse le souvenir d’un film plaisant et intéressant mais inabouti. Il est en cela typique d’une certaine tendance de la Nouvelle Vague.