Le cap de l’Espérance (Raymond Bernard, 1951)

La patronne d’un bar est courtisée par un policier qui recherche les auteurs d’un hold-up parmi lesquels figure son amant.

La présence de Edwige Feuillère et Jean Debucourt et la fluidité du découpage de Raymond Bernard ne sauvent pas ce film noir à la Française, excessivement mal écrit, de la pire médiocrité.

Identité judiciaire (Hervé Bromberger, 1951)

Un commissaire parisien enquête sur les meurtres d’un sadique…

Comme Rafles sur la ville, Identité judiciaire est un polar français qui met l’accent sur le réalisme. Les flics ne sont pas héroïsés, le travail au commissariat est montré dans toute sa quotidienneté et la dureté parfois injuste avec laquelle sont traités les suspects n’est pas escamotée. Raymond Souplex excelle dans un rôle en or. Si sa mise en scène avait été un peu plus nerveuse, Hervé Bromberger aurait signé un grand film.

La merveilleuse vie de Jeanne d’Arc, fille de Lorraine (Marco de Gastyne, 1929)

Les étapes marquantes de la vie de Jeanne d’Arc de l’appel de Domrémy au bûcher de Rouen.

Sorti à la même époque que La passion de Jeanne d’Arc, le film de Marco de Gastyne en est l’antithèse. Contrairement au célébrissime film de Dreyer, il embrasse l’ensemble du parcours de Jeanne et fut tourné dans des décors aussi naturels que son actrice. Entrepris suite à une commande officielle, c’est peut-être le film le plus spectaculaire parmi ceux consacrés à la pucelle d’Orléans. Sa première source d’intérêt réside donc dans l’ampleur des séquences épiques. Long, violent, sanglant et lyrique, le siège d’Orléans rivalise aisément avec ce qui se faisait de plus impressionnant à Hollywood.

De plus, le metteur en scène prend soin de situer ses personnages par rapport aux décors, tous magnifiques. Panoramique vertical sur la cathédrale de Reims et plans larges sur les paysages vallonés de Bourgogne ancrent l’action dans le territoire français. Ce qui est la moindre des choses pour une épopée aussi ouvertement nationaliste. En effet, le scénariste Jean-José Frappa oeuvre à l’édification des foules et se place dans la droite lignée de la légende élaborée par Jules Michelet.

Cependant, la mise en scène de Marco de Gastyne nuance considérablement cette vision un peu simpliste. Le contraste entre ce que disent les cartons -écrits dans une langue superbe- et ce que montrent les images est souvent saisissant. Le cinéaste établit une sorte de dialectique entre la pureté idéaliste (et révolutionnaire!) de la future sainte et les horreurs qu’elle doit se coltiner pour mener à bien sa mission. Il faut voir l’héroïne au milieu de la bataille d’Orléans apeurée, priant de toutes ses forces afin de faire cesser le carnage pour se rendre compte que cette belle illustration de la légende montre aussi, peut-être, la Jeanne la plus humaine de l’histoire du cinéma. La plus fragile en tout cas.

Il faut donc saluer la splendide interprétation de Simone Genevois qui a su fixer l’icône nationale dans un éternel présent en incarnant mieux que personne la jeune fille qu’était avant tout Jeanne d’Arc. S’il s’avère aujourd’hui que La merveilleuse vie de Jeanne d’Arc a nettement mieux vieilli que La passion de Jeanne d’Arc, c’est en grande partie grâce à elle.

Non coupable (Henri Decoin, 1947)

Un médecin alcoolique et méprisé par sa communauté se rend compte le jour où il renverse un motocycliste qu’il a un talent particulier pour le crime parfait.

Non coupable est un drame policier assez représentatif du cinéma de qualité française qui était d’abord -mais pas seulement- un cinéma de scénario. Ici, le scénario est bon donc le film est bon. Ce type de dramaturgie basé sur la psychologie est un peu suranné mais a priori pas moins pertinent qu’un autre. Si Non coupable ne saurait imposer une réflexion sur le mal avec autant de force qu’un chef d’oeuvre de Fritz Lang, s’il reste soumis de bout en bout aux conventions de son temps, il est mené avec suffisamment d’habileté. Par ailleurs, le toujours excellent Michel Simon parvient sans peine à donner une épaisseur humaine à son personnage. La fin hisse le film vers des cimes tragiques sans que la noirceur de la vision n’apparaisse exagérée comme c’est le cas dans nombre de films contemporains de Duvivier, Allégret ou Autant-Lara. Bref, Non coupable est un bon polar à la française.

Le ciel est à vous (Jean Grémillon, 1943)

Un des plus beaux films tournés sous l’Occupation.

Un film intéressant à analyser par rapport aux valeurs pétainistes, le film traitant en effet des exploits d’une aviatrice qui est aussi épouse et mère de famille. La communauté provinciale, qui célèbre son héroïne après l’avoir fustigée pour sa non-conformité, est gentiment renvoyée dans sa contradiction. De ce point de vue là, Le ciel est à vous est moins féroce que Le corbeau. Il donne la parole à chacun, aussi bien au couple qui revit sa jeunesse grâce à l’aviation qu’à la grand-mère légitimement effrayée de voir sa fille délaisser sa famille pour flirter avec la mort. C’est une des grandes beautés du film que d’exalter la passion comme moteur du couple tout en montrant ses dommages « collatéraux ». D’une facture superbe, Le ciel est à vous est une conjonction des plus grands talents de l’époque. En dehors, d’une ou deux séquences assez niaises avec les enfants, l’écriture dramatique est d’une finesse implacable. La brochette de seconds rôles (Debucourt en professeur de musique romantique notamment) permet de faire exister d’une fort belle manière l’environnement social du couple. Couple qui reste au centre du film, couple peint avec une justesse remarquable, couple interprété par deux acteurs en état de grâce, les immenses Charles Vanel et Madeleine Renaud qui rendent tangibles la passion et le désarroi des amoureux. Les petits gestes entre les époux sont porteurs de sens et d’émotion, il faut voir par exemple Madeleine Renaud toucher la joue de son mari après son premier envol pour saisir la profonde justesse de la direction d’acteurs de Grémillon.