Amours, délices et orgues (André Berthomieu, 1946)

Amoureux d’une jeune fille aperçue à une fête de village, des pensionnaires d’internat provoquent des quiproquos.

La musique est en fait peu présente. Le jeu caricatural des acteurs est tout ce qu’il y a pour compenser la fade ineptie du script (de Julien Duvivier…). C’est raté.

125, rue Montmartre (Gilles Grangier, 1959)

Après avoir sauvé un homme qui s’était jeté dans la Seine, un livreur de journaux se retrouve entraîné dans une sale histoire…

La première partie où Gilles Grangier filme la naissance de l’amitié entre un livreur de journaux et un fils de famille suicidaire brille par la chaleur de son atmosphère. Paris est représenté avec un réalisme populiste qui, sans en atteindre le génie, rappelle les merveilleux films de Jacques Becker, tel Antoine et Antoinette. Fin et rigoureux, le réalisateur fait preuve à plusieurs reprise d’une belle inventivité visuelle pour faire avancer la narration sans le secours de son illustre dialoguiste, Michel Audiard. Celui-ci se montre d’ailleurs moins envahissant qu’il n’a pu l’être par la suite. Précis et savoureux, son texte n’est pas ici flamboyant au point de décrédibiliser les situations dans lesquelles il s’inscrit. Par ailleurs, la relation entre Lino Ventura et Dora Doll est nimbée d’une tendresse à l’opposé de la misogynie souvent caractéristique d’Audiard. Les acteurs sont très bons, surtout Jean Desailly et même Robert Hirsch dont l’apparente fausseté s’explique in fine.

Environ à la moitié du métrage, un rebondissement fait dévier la chronique amicale quoique mystérieuse vers le pur polar. Fort bien amenée, cette invraisemblance rendue vraisemblable par l’écriture donne une saveur hitchockienne à 125, rue Montmartre. En revanche, le développement qui s’ensuit obéit à la convention comme quoi Ventura doit casser lui-même la gueule à son ennemi, ce qui étrique le récit et ôte à la mise en scène une part du réalisme qui faisait son prix. Il n’en reste pas moins que 125, rue Montmartre demeure un film vivant et attachant, plus à même de justifier la réputation flatteuse de Gilles Grangier chez certains cinéphiles que ses véhicules pour Gabin.

Occupe toi d’Amélie (Claude Autant-Lara, 1949)

Des spectateurs bourgeois interfèrent avec le déroulement d’un vaudeville.

Le vaudeville en question est tiré de Feydeau donc est particulièrement brillant. Les dialogues sont vifs, les bons mots légion. De même, la distribution chevronnée s’en donne à coeur joie. Les décors de Max Douy sont particulièrement jolis, la mise en scène est spectaculaire, jonglant entre la scène et le public à coups de travellings vertigineux. Bref, Occupe toi d’Amélie est un film virtuose et chiadé. Mais c’est un mauvais film. Pourquoi ? Parce que toutes ces prouesses apparaissent vite comme des gesticulations terriblement vaines.  Le cabotinage des comédiens en roue libre, les allers-retours injustifiés entre théâtre et scène, après avoir épaté le spectateur le fatiguent vite faute d’être soutenus par une vision forte.

En effet, la mise en abyme ne justifie pas longtemps la grossièreté de la mise en scène, ne proposant finalement aucune véritable réflexion sur la frontière entre théâtre et réalité (contrairement à Toâ de Sacha Guitry qui sortait la même année).  Le propos du film est particulièrement limité, les auteurs sacrifiant tout à ce cynisme facile qui est la marque de plusieurs des films français d’après guerre. Les filles sont vénales, les jeunes hommes couchent avec la fiancée de leur meilleur ami, les pères sont des maquereaux, les dignitaires bradent les décorations militaires…c’est superficiellement immoral mais profondément bête. Ce n’est même pas assez développé pour qu’on puisse qualifier ça de discours antibourgeois, c’est juste une vision du monde de scénaristes déconnectés de la complexité de la réalité, une vision du monde fondamentalement laide et ennuyeuse. Que reste t-il à sauver ? Les cheveux d’or de  Danielle Darrieux. Et c’est tout ? Et c’est tout.