Tout ça ne vaut pas l’amour (Jacques Tourneur, 1931)

Un vieux pharmacien s’entiche d’une jeune fille chassée de chez elle…

La platitude du découpage n’a d’égale que la prévisibilité du récit. Josseline Gaël est mignonne.

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La nuit est mon royaume (Georges Lacombe, 1951)

Suite à un accident du travail, un conducteur de locomotive devient aveugle…

C’est avec une belle délicatesse que la première partie suit les premiers pas de l’aveugle, fort bien interprété par Gabin. Son mauvais caractère n’est pas escamoté et son entourage n’est pas caricaturé. La scène de la rencontre avec le réparateur de TSF est presque du McCarey. Même l’obligatoire romance, avec une enseignante en braille, est traitée avec une certaine justesse. En revanche, l’arrivée du « troisième homme » joué par Oury, qui n’a d’autre fonction que de servir de faire-valoir-repoussoir à Gabin, fait dévier le film vers la convention la plus éculée. Dommage.

Zouzou (Marc Allégret, 1934)

Un marin et une métisse élevés par un homme de cirque montent à la capitale…

L’inconsistante mollesse de Marc Allégret annihile un film qui avait un bon potentiel dramatique (les relents incestueux qui auraient pu être mieux exploités) et spectaculaire (les chorégraphies, pâles ersatz de Busby Berkeley). Visiblement, Joséphine Baker n’était pas une grande actrice de cinéma.

La vierge du Rhin (Gilles Grangier, 1953)

Après la guerre, un prisonnier revient à Strasbourg récupérer l’entreprise de navigation fluviale dont il a été floué par son épouse et son associé.

Pour un film écrit par Jacques Sigurd, la noirceur est moins systématique qu’on ne pourrait le craindre. En effet, la conduite des personnages est globalement vraisemblable voire nuancée. Ainsi, l’ami qui a trahi se révélera timide dans l’abjection tandis que, si la femme est aussi salope que dans Manèges, les détours du récit la conduisent à s’allier provisoirement avec le héros. Bifurcation narrative qui, soutenue par la classe naturelle de Elina Labourdette, a le mérite d’être un peu surprenante. Les acteurs, dont on sent que Gilles Grangier a évité qu’ils ne caricaturent des personnages taillés à la hache, sont tous bons. Gabin est bien, de même que la trop rare Andrée Clément. Le cinéaste, dont c’est la première collaboration avec la star, exploite habilement les décors de ports, navettes fluviales et demeures bourgeoises. Bref, La vierge du Rhin est un film routinier mais de bonne tenue.

Coeurs joyeux (Hanns Schwarz et Max de Vaucorbeil, 1932)

Un projectionniste qui a été forcé à aider des voleurs de bijoux s’entiche de la soeur de leur chef.

Coeurs joyeux est un spectacle ravissant de fraîcheur naïve: la sympathie du couple formé par Jean Gabin et la douce Josseline Gaël, la poésie du découpage, le charme de la musique et la liberté d’un récit qui marie tranquillement lyrisme quotidien à la Frank Borzage (le héros qui moût le café dans des coussins pour ne pas réveiller son invitée !), scènes chantées et péripéties façon Tintin sont autant de qualités qui donnent du corps à un plaisant populisme de bande dessinée tout en faisant oublier les quelques flottements du rythme et de la narration.

L’imposteur (Julien Duvivier, 1944)

Grâce au chaos de l’exode, un condamné à mort s’évade et rejoint la France libre en Afrique…

Pendant leur exil américain, Julien Duvivier et Jean Gabin ont tourné un film de propagande gaulliste calqué sur leur succès d’avant-guerre, La bandera. Ce vague remake est moins bête que l’original car la glorification de la rédemption par l’héroïsme a désormais un objet politique. Le fait que L’imposteur, produit hollywoodien, soit un des seuls films sur les FFL -le seul à ma connaissance à évoquer la magnifique victoire de Koufra- est d’ailleurs assez révélateur de la désolante absence de conscience historique et nationale des cinéastes hexagonaux. Il y a aussi une similitude profonde entre l’enthousiasme naïf propre aux Américains et l’intransigeant refus de la finasserie des Français libres face à Vichy qui explique peut-être la lumineuse évidence de ce film américano-gaulliste.

La grossièreté didactique de circonstance -plusieurs tirades ronflantes viennent casser le naturel des scènes dans lesquelles elles s’inscrivent- nuit certes à la deuxième partie du film mais celui-ci n’est pas indigne pour autant. Outre qu’il met intelligemment en fiction la rude épopée de ces déclassés qui constituaient les premiers volontaires de de Gaulle (cf les Chroniques irrévérencieuses de Larminat), on note que rarement le découpage de Duvivier avait été aussi fluide et élégant qu’ici. Est-ce dû aux facilités accordées par Universal? De plus, le pessimisme latent de l’auteur nuance parfois la propagande tonitruante, ainsi de la fin assez émouvante de par son désespoir nu.

Paris béguin (Augusto Genina, 1931)

Une capricieuse vedette de music-hall s’éprend d’un mauvais garçon qui voulait cambrioler chez elle.

Le récit a beau être essentiellement construit sur des clichés typiques de l’époque, Jeanne Marnac a beau surjouer de façon archaïque, Paris béguin est une curiosité qui reste plaisante grâce au fascinant charisme imprimé par le jeune Gabin, qui dès son apparition dans le plan rend caduc toute question sur la vraisemblance de son personnage complètement stéréotypé, et à la vive sympathie inspirée par Fernandel, aussi génialement expressif dans la drôlerie que dans l’émotion. Le talent des deux futures stars est ainsi d’autant plus éclatant qu’elles sont cantonnées à des seconds rôles.