Y a-t-il un Français dans la salle? (Jean-Pierre Mocky, 1982)

A la mort de l’oncle qui l’a élevé, un homme d’état tombe amoureux de la fille de sa femme de ménage et a affaire à des maîtres-chanteurs.

Jean-Pierre Mocky était un type marrant mais il faudrait voir à ne pas trop surestimer ses films. Sa mise en scène brouillonne n’insuffle aucune unité à un récit qui part dans tous les sens ni ne fait exister des personnages qui ont à voir avec le guignol, non avec l’humain. Pour certaines séquences délicates, le je-m’en-foutisme de Mocky confine à l’odieux; ainsi du viol présenté comme amusant, musiquette à l’appui. Se bornant à forcer les caricatures (à coups de grand angle notamment), le réalisateur ne se donne jamais la peine de faire croire à l’incroyable, à savoir l’amour entre ce politicien et cette adolescente. De plus, la formidable distribution n’est pas si formidable. En roue libre, ces acteurs n’ont pas le génie des vrais monstres sacrés. Jacqueline Maillan n’est pas Milly Mathis, Victor Lanoux n’est pas Jules Berry, Jean-François Stévenin n’est pas Saturnin Fabre.

L’amour propre ne le reste jamais très longtemps (Martin Veyron, 1985)

Après qu’une femme lui a fait découvrir son point G, un homme cherche à le retrouver chez d’autres femmes.

Martin Veyron, qui a adapté sa B.D, s’avère moins cinéaste que le Patrick Schulmann des Et la tendresse bordel. Sa mise en scène est plus attendue mais elle est loin d’être nulle car elle engendre parfois de la drôlerie qui n’a rien à voir avec la trame principale. Le développement de cette trame est de plus assez dialectique, ne se limitant pas à l’accumulation de vignettes marrantes. Les personnages ont une certaine consistance. Jean-Luc Bideau est excellent dans son sempiternel rôle d’obsédé.

La salamandre (Alain Tanner, 1971)

Deux journalistes s’intéressent à une jeune fille qui fut accusée d’avoir tiré sur son oncle.

La fine entomologie marxiste de Alain Tanner est vivifiée par la grâce de Bulle Ogier dont le beau personnage s’avère irréductible aux analyses, pourtant pertinentes, des deux intellectuels. La salamandre est un film libre et varié tout en étant précis et juste.

Et la tendresse?…Bordel! (Patrick Schulmann, 1979)

Les évolutions d’un couple « phallocrate », d’un couple « romantique » et d’un couple « tendre » montrées en parallèle.

Entre Fluide glacial et André Breton, ce film étonne et amuse grandement par ses gags nombreux, grossiers et variés (ils sont basés sur les dialogues mais aussi sur les objets ou le montage) même si, pour utiliser une expression dans son ton, son propos ne pisse pas loin. Mention spéciale à l’inénarrable Jean-Luc Bideau en perpétuel obsédé.

La traque (Serge Leroy, 1975)

Après l’avoir violée, des chasseurs traquent une touriste américaine pour éviter qu’elle ne parle à la gendarmerie…

Si vous n’avez pas vu La traque, vous pouvez vous en faire une idée assez juste en imaginant Les chiens de paille revu par Chabrol. Malgré de petits problèmes de rythme dans la narration, c’est pas mal du tout. La distribution impeccable des chasseurs, une force tranquille dans le découpage des morceaux bravoure et la lumière de la campagne captée dans tout son violent éclat par Claude Renoir arrivent à faire passer les deux ou trois énormités du scénario et le pamphlet contre une certaine monstruosité ordinaire sonne finalement assez juste.