Les chouans (Henri Calef, 1947)

Le chef des émigrés tombe amoureux d’une agent de la République…

La révolution française, ses dilemmes cornéliens, sa complexité politique, sa violence…tout ça est réduit à un bête triangle amoureux par les recettes de Spaak et compagnie. N’ayant pas lu le roman, je ne saurais dire dans quelle mesure Balzac est trahi mais ce film constitue en tout cas un spectacle affligeant d’académisme.

Voyage sans espoir (Christian-Jaque, 1943)

Une femme qui se préparait à fuir avec son amant criminel rencontre un beau jeune homme…

Cette resucée tardive du réalisme poétique en concentre toutes les tares. Éludant le contexte géographique et social qui -entre autres qualités « terriennes »- empêchait un Quai des brumes de sombrer dans la rêverie de pacotille, le scénariste Mac-Orlan réduit le monde aux quatre personnages principaux de son récit, usant et abusant des coïncidences pour le faire avancer. L’abstraction de l’environnement apparaît donc d’abord comme une facilité de narrateur avant de s’avérer le prétexte idéal à des enluminures visuelles certes chiadées mais recyclant de vieux poncifs (brumes, docks et jets de fumée à qui mieux mieux). Le jeu hiératique de Jean Marais et Simone Renant, les dialogues fumeux et un filmage qui souligne un peu bêtement chaque inflexion du scénario (travelling et compagnie) accentuent la creuse solennité de ce Voyage sans espoir.

Les parents terribles (Jean Cocteau, 1948)

Dans une famille étouffante, les passions se déchaînent lorsque le fils tombe amoureux.

C’est essentiellement du théâtre filmé puisque Cocteau a adapté sa pièce sans changement majeur. Cela n’empêche pas Les parents terribles d’être un fort bon film puisque le côté théâtral est pleinement assumé et que la pièce est excellente.  La trame dramatique est riche d’enjeux parfaitement exploités, les acteurs brillants,  les décors superbes et l’ambiance décadente . Bref, c’est du bon Cocteau.

L’aigle à deux têtes (Jean Cocteau, 1948)

La rencontre entre une reine recluse et un anarchiste venu pour la tuer qui ressemble étrangement au défunt roi.

Les films de Jean Cocteau ne sont jamais aussi bons que lorsque leur cadre est irréel. Cet axiome est vérifié aussi bien par le lamentable échec d’Orphée, ré-actualisation germanopratine du mythe grec, que par l’éblouissante réussite de La belle et la bête, simple mise en images du conte. Avec cet inoxydable classique, L’aigle à deux têtes est l’autre grand film de Cocteau.

Plus encore que son illustre prédécesseur, c’est un triomphe de la sophistication. Des dialogues précieux aux somptueux décors en passant par les incroyables péripéties dramatiques, tout ici respire l’artifice le plus apparent. Et pourtant, ça fonctionne! C’est artificiel mais ce n’est jamais faux. Cocteau nous balade dans les arabesques d’une mise en scène sublime pour mieux dévoiler la vérité tragique des sentiments. On est dans la plus pure des poésies. Rarement couple de STARS aura été plus beau que celui formé ici par Jean Marais et Edwige Feuillère. Au final, c’est une terrible mélancolie qui sourd de la luxuriance de L’aigle à deux têtes.