Les mariés de l’an II (Jean-Paul Rappeneau, 1971)

En 1793, un homme qui était en Angleterre depuis cinq ans revient en France pour divorcer de son épouse.

La fantaisie naturelle et l’abattage de Jean-Paul Belmondo plus à sa place ici que Noiret dans La vie de château ou Olivier Martinez dans Le hussard sur le toit compensent le côté mécanique et artificiel propre aux comédies, certes toujours menées tambour battant, de Jean-Paul Rappeneau. Les personnages et le récit restent superficiels mais ce mixte improbable (et affadi) entre Quatrevingt-treize et Cette sacrée vérité est un film plaisant qui bénéficie en outre d’un joli thème musical de Michel Legrand.

Le Mauvais Chemin (La Viaccia, Mauro Bolognini, 1960)

A la fin du XIXème siècle, un jeune paysan italien légataire de son riche oncle s’amourache d’une prostituée.

La viaccia est un mélodrame romanesque qui confronte la ville à la campagne, les bonnes gens aux prostituées, la famille au bordel. Les oppositions sont relativement subtiles, les personnages plutôt bien dessinés. A l’exception d’une fin exagérément pathétique, les péripéties sont crédibles. Bref, le film est d’une facture tout ce qu’il y a de plus honorable. Il est simplement dommage qu’elle soit aussi académique. Le style précieux de Bolognini n’a pas encore atteint sa plénitude. Ici, les décors et les costumes sont soignés, la photographie est belle (j’ai songé à la peinture hollandaise devant certaines scènes de rue) mais la rigidité de la mise en scène n’est jamais dépassée, elle ne crée jamais de mélancolie comme dans les quelques grands films que le cinéaste réalisera par la suite (L’héritage). La faute peut-être à une musique banale qui ne donne aucun relief aux images, une musique à l’opposé des bandes originales qu’Ennio Morricone composera pour Bolognini dans les années 70. La faute aussi à des dialogues trop littéraires compte tenu des personnages qui les prononcent. La faute enfin au doublage de Claudia Cardinale, d’une fadeur insultante pour la bella donna.

Le voleur (Louis Malle, 1967)

L’histoire d’un bourgeois qui, durant la Belle-Epoque, vire cambrioleur de haut-vol par dégoût pour ses semblables. Vu un tel sujet, on pouvait légtimement s’attendre à un film incisif, caustique et anarchiste ou  romanesque, virevoltant et élégant, le voleur étant joué par Jean-Paul Belmondo. Las ! Le style lent et académique de Malle, peu inspiré, rend Le voleur particulièrement pénible à regarder. Dommage.

Les distractions (Jacques Dupont, 1960)


Paul, un journaliste parisien désoeuvré est chargé d’un article sur un malfaiteur qui a tué un policier en s’enfuyant. Il se trouve que le malfaiteur est un ancien camarade de régiment qui a sauvé la vie de Paul en Algérie…Les distractions est un film pleinement ancré dans la Nouvelle Vague telle que l’a définie Françoise Giroud en 1957 dans la mesure où c’est un film sur la jeunesse branchée de l’époque vu par un « jeune » (moins de quarante ans) cinéaste. Jolies filles, décapotables, fêtes sur les Champs-Elysées…le film raconte en fait l’histoire d’un jeune homme superficiel et amoral que l’expérience de l’amitié rendra un peu moins con. Son personnage n’est pas aussi intéressant que celui de Silien dans Le doulos mais Belmondo est très bien dans ce rôle. C’est filmé sans génie mais au sein d’un ensemble convenu, il y a quelques passages frappants comme le plan furtif où le fuyard mange dans une auge.

Borsalino (Jacques Deray, 1970)

Film que je rêvais de voir étant gamin…et en effet, j’aurais certainement adoré ce film si je l’avais découvert dans ma période pré-ado/films de mafia. Aujourd’hui, il peut être difficile de passer outre la légèreté de la caractérisation des personnages et la superficialité de l’histoire racontée. Delon et Belmondo deviennent les rois de la pègre sans qu’on les voit tirer autrement qu’en état de légitime défense ou de vengeance. Leur seule mauvaise action montrée, c’est le saccage de l’étal de truculentes poissonnières…et c’est mis en scène de façon comique (à comparer par exemple avec la cruauté de l’incendie du kiosque à journaux dans Il était une fois en Amérique). Tout le problème, toute la différence avec les classiques du film de gangsters américain abondamment cités est là: la gravité et les enjeux moraux de l’intrigue sont trop souvent sacrifiés sur l’autel du sympathique, à l’image de la ritournelle de Claude Bolling. Il n’empêche. La dérision ne gâche pas complètement le film, les scènes de violence notamment sont réalisés de façon très sèche, sans musique, et les impacts sanglants sont montrés. La fin également donne une dimension humaine à des personnages qui se réduisaient jusqu’ici à leurs archétypes. Pour peu que l’on comprenne le fait que l’on regarde une superproduction très calibrée et non pas Le parrain français, Borsalino reste un bon film et il serait dommage de bouder son plaisir devant un divertissement d’aussi belle facture (distribution royale bien sûr mais aussi reconstitution fastueuse et métier de Jacques Deray) .