Un nommé La Rocca (Jean Becker, 1961)

Un jeune homme s’impose dans le milieu pour aider un ami injustement accusé de meurtre.

De ponctuelles audaces stylistiques qui préfigurent Sergio Leone (gros plans de visage face caméra, légère dilatation temporelle, Belmondo qui court comme Tuco avec l’arrière-plan-flouté…) et l’intéressante évocation du déminage par les condamnés de droit commun n’empêchent pas l’ennui de s’installer tant le récit est incohérent et les personnages mal caractérisés dans leurs motivations. On imagine bien que les auteurs -José Giovanni a adapté un de ses romans- voulaient raconter une histoire d’amitié déçue. Elle est malheureusement trop mal étayée pour qu’on s’y intéresse une seule seconde.

Par un beau matin d’été (Jacques Deray, 1965)

Une petite frappe de la côte d’Azur qui vivote en montant des arnaques avec sa soeur voit un ancien co-détenu lui proposer le kidnapping de la fille d’un riche Américain pendant ses vacances en Andalousie.

Un relatif manque de concision dans le dessein d’ensemble et quelques lignes de dialogues argotiques qui sonnent faux n’empêchent pas cette adaptation de James Hardley Chase d’être brillamment menée. L’utilisation du Cinémascope est aussi élégante que chez Otto Preminger ou Anthony Mann et la distribution est impeccable avec à sa tête un Jean-Paul Belmondo stupéfiant de vitalité, mélange surprenant mais cohérent de sympathie et d’antipathie. Sans le diaboliser, le film n’excuse ni ne rachète son personnage qui « a un mauvais fond » comme le lui dit son comparse. Pour transformer le bon film en grand film, sans doute aurait-il fallu un réalisateur qui soit aussi un auteur car alors, certaines axes originaux du script -notamment les relents incestueux entre les deux personnages principaux- auraient peut-être été exploités avec plus de suite dans les idées. Ici, plus que jamais, Jacques Deray mérite sa réputation de « bon artisan ».

Tendre voyou (Jean Becker, 1966)

Les aventures d’une grande gueule qui séduit les femmes.

L’incorrigible sans sa nécessaire deuxième partie. Un film réduit aux gesticulations et aux cris de Belmondo. Parce que les auteurs ne se donnent pas la peine d’y faire croire, notamment parce qu’ils conduisent leurs scènes sur un rythme uniformément hystérique, le spectateur ne croit pas une seule seconde à toutes ces femmes folles de ce personnage pas très beau, braillard et loser (les tentatives de burlesque, piteuses, ruinent toute cohérence narrative). C’est tellement invertébré qu’on se demande si ce n’est pas un coup de producteurs opportunistes ayant voulu régurgiter ce qu’ils croyaient avoir compris de la Nouvelle Vague: faire des films sans se fouler. Mais, à l’opposé de la liberté et de la fraîcheur des meilleurs films de Godard et Truffaut, Tendre voyou est un film aussi mal écrit que rance: tout à fait dénué de surprise ou d’invention, il se contente d’ânonner de vieilles recettes boulevardières avec un extraordinaire cynisme. Cela dure 1h30, ça semble en durer 3 tant ça n’a rigoureusement aucun intérêt dramatique, comique ou plastique.

Flic ou voyou (Georges Lautner, 1979)

A Nice, un flic se sert d’une guerre des gangs pour appréhender le commanditaire de l’assassinat d’un ripou.

Quand on voit un film comme ça, un film qui repose essentiellement sur l’humiliation de méchants réduits à des silhouettes par Bébel (caricature de Jean-Paul Belmondo) dans des séquences aussi minables que grotesques, on en viendrait presque à tomber d’accord avec Jacques Lourcelles qui accuse Sergio Leone d’avoir abaissé le niveau du public. Mais, outre l’abîme en termes de qualité formelle, la différence est que les séquences d’humiliation chez Leone, notamment dans Le bon, la brute et le truand, sont insérées dans une dialectique infiniment plus large que l’outrancière mise en valeur de la star au détriment de tous les autres personnages. Les caricatures puériles (cf la scène d’amour qu’on croirait tout droit sortie des séquences parodiques du Magnifique) et la dérision audiardesque désamorcent systématiquement les enjeux dramatiques d’un récit quand même basé sur la corruption et la vengeance tout en explicitant bêtement le propos politique sous-jacent à cette histoire de lutte du héros solitaire contre les « pourris », transformant le polar censément divertissant en tract gentiment facho. C’est ainsi qu’au-delà de la médiocrité de la facture (Flic ou voyou est ennuyeux car mal raconté, mal joué, mal découpé, mal monté, mal fichu ainsi qu’en témoigne le ridicule de ses scènes d’action), il y a dans ce sous-produit une bassesse singulière, bassesse dont est dépourvu son modèle avoué, L’inspecteur Harry où l’amertume du ton est préférée à la démagogie ricanante.

Les mariés de l’an II (Jean-Paul Rappeneau, 1971)

En 1793, un homme qui était en Angleterre depuis cinq ans revient en France pour divorcer de son épouse.

La fantaisie naturelle et l’abattage de Jean-Paul Belmondo plus à sa place ici que Noiret dans La vie de château ou Olivier Martinez dans Le hussard sur le toit compensent le côté mécanique et artificiel propre aux comédies, certes toujours menées tambour battant, de Jean-Paul Rappeneau. Les personnages et le récit restent superficiels mais ce mixte improbable (et affadi) entre Quatrevingt-treize et Cette sacrée vérité est un film plaisant qui bénéficie en outre d’un joli thème musical de Michel Legrand.

Le Mauvais Chemin (La Viaccia, Mauro Bolognini, 1960)

A la fin du XIXème siècle, un jeune paysan italien légataire de son riche oncle s’amourache d’une prostituée.

La viaccia est un mélodrame romanesque qui confronte la ville à la campagne, les bonnes gens aux prostituées, la famille au bordel. Les oppositions sont relativement subtiles, les personnages plutôt bien dessinés. A l’exception d’une fin exagérément pathétique, les péripéties sont crédibles. Bref, le film est d’une facture tout ce qu’il y a de plus honorable. Il est simplement dommage qu’elle soit aussi académique. Le style précieux de Bolognini n’a pas encore atteint sa plénitude. Ici, les décors et les costumes sont soignés, la photographie est belle (j’ai songé à la peinture hollandaise devant certaines scènes de rue) mais la rigidité de la mise en scène n’est jamais dépassée, elle ne crée jamais de mélancolie comme dans les quelques grands films que le cinéaste réalisera par la suite (L’héritage). La faute peut-être à une musique banale qui ne donne aucun relief aux images, une musique à l’opposé des bandes originales qu’Ennio Morricone composera pour Bolognini dans les années 70. La faute aussi à des dialogues trop littéraires compte tenu des personnages qui les prononcent. La faute enfin au doublage de Claudia Cardinale, d’une fadeur insultante pour la bella donna.

Le voleur (Louis Malle, 1967)

L’histoire d’un bourgeois qui, durant la Belle-Epoque, vire cambrioleur de haut-vol par dégoût pour ses semblables. Vu un tel sujet, on pouvait légtimement s’attendre à un film incisif, caustique et anarchiste ou  romanesque, virevoltant et élégant, le voleur étant joué par Jean-Paul Belmondo. Las ! Le style lent et académique de Malle, peu inspiré, rend Le voleur particulièrement pénible à regarder. Dommage.

Les distractions (Jacques Dupont, 1960)


Paul, un journaliste parisien désoeuvré est chargé d’un article sur un malfaiteur qui a tué un policier en s’enfuyant. Il se trouve que le malfaiteur est un ancien camarade de régiment qui a sauvé la vie de Paul en Algérie…Les distractions est un film pleinement ancré dans la Nouvelle Vague telle que l’a définie Françoise Giroud en 1957 dans la mesure où c’est un film sur la jeunesse branchée de l’époque vu par un « jeune » (moins de quarante ans) cinéaste. Jolies filles, décapotables, fêtes sur les Champs-Elysées…le film raconte en fait l’histoire d’un jeune homme superficiel et amoral que l’expérience de l’amitié rendra un peu moins con. Son personnage n’est pas aussi intéressant que celui de Silien dans Le doulos mais Belmondo est très bien dans ce rôle. C’est filmé sans génie mais au sein d’un ensemble convenu, il y a quelques passages frappants comme le plan furtif où le fuyard mange dans une auge.

Borsalino (Jacques Deray, 1970)

Film que je rêvais de voir étant gamin…et en effet, j’aurais certainement adoré ce film si je l’avais découvert dans ma période pré-ado/films de mafia. Aujourd’hui, il peut être difficile de passer outre la légèreté de la caractérisation des personnages et la superficialité de l’histoire racontée. Delon et Belmondo deviennent les rois de la pègre sans qu’on les voit tirer autrement qu’en état de légitime défense ou de vengeance. Leur seule mauvaise action montrée, c’est le saccage de l’étal de truculentes poissonnières…et c’est mis en scène de façon comique (à comparer par exemple avec la cruauté de l’incendie du kiosque à journaux dans Il était une fois en Amérique). Tout le problème, toute la différence avec les classiques du film de gangsters américain abondamment cités est là: la gravité et les enjeux moraux de l’intrigue sont trop souvent sacrifiés sur l’autel du sympathique, à l’image de la ritournelle de Claude Bolling. Il n’empêche. La dérision ne gâche pas complètement le film, les scènes de violence notamment sont réalisés de façon très sèche, sans musique, et les impacts sanglants sont montrés. La fin également donne une dimension humaine à des personnages qui se réduisaient jusqu’ici à leurs archétypes. Pour peu que l’on comprenne le fait que l’on regarde une superproduction très calibrée et non pas Le parrain français, Borsalino reste un bon film et il serait dommage de bouder son plaisir devant un divertissement d’aussi belle facture (distribution royale bien sûr mais aussi reconstitution fastueuse et métier de Jacques Deray) .