Tranches de vie (François Leterrier, 1985)

Film à sketches tendance réac écrit par Lauzier.

A part le sketch avec Martin Lamotte en bigame écartelé entre Anémone et Marie-Anne Chazel, c’est très mauvais. Tellement moche et paresseux dans l’écriture que le spectateur peut légitimement se sentir méprisé.

Le mouton enragé (Michel Deville, 1974)

Sur les conseils d’un ami écrivain, un fade employé de banque gravit l’échelle sociale en séduisant de belles femmes.

L’artifice très alambiqué du postulat et l’absence de crédibilité de ses développements rendent tout ça assez vain (ainsi la dimension « satirique » évoquée par certains commentateurs est nulle) malgré l’évidente et parfois grisante virtuosité du réalisateur dont la fantaisie apparaît ici moins plaquée que dans Le paltoquet ou L’ours et la poupée.

 

L’amant de cinq jours (Philippe de Broca, 1961)

Un jeune homme entretenu par une couturière tombe amoureux d’une jeune amie de celle-ci, mariée à un archiviste…

Adaptation d’un livre de Françoise Parturier, L’amant de cinq jours est, de loin, le meilleur des quatre premiers films de Philippe de Broca avec Jean-Pierre Cassel car c’est celui où la fantaisie est la moins forcée. Les personnages ne sont pas des pantins mais leur évolution sentimentale est appréhendée par un réalisateur attentif et déjà maître de sa technique quoique pas encore trentenaire.

Agencés dans un équilibre merveilleux de justesse, les dialogues ciselés de Daniel Boulanger, la musique lyrique de Georges Delerue et le noir&blanc de Jean Panzer, qui sied aussi bien aussi au Paris nocturne qu’aux jardins du château de Chantilly sous les feuilles d’automne, poétisent la comédie.

Contrairement à ce qui se passe dans les mauvais films de l’auteur, les artifices de mise en scène ne vont pas ici à l’encontre de la vérité des personnages mais expriment la singularité de leur être. Des moments suspendus comme la valse entre les « officiels » ou le retour à la maison du mari trompé révèlent de la part du cinéaste une générosité et un tact qui transcendent le canonique canevas sur lequel il s’est appliqué.

On notera particulièrement l’émouvante noblesse du cocu admirablement interprété par François Périer. Micheline Presle et, surtout, Jean Seberg sont filmées comme de Broca a toujours filmé ses actrices: avec autant d’amour que de goût. Jean-Pierre Cassel s’en sort très bien pour simuler une fragilité qui complexifie heureusement son personnage récurrent, celui du héros jouisseur et indolent. La fin, dans sa suprême élégance, évoque furtivement Madame de… et Diamants sur canapé (sorti un an plus tard).

Cyrano et D’Artagnan (Abel Gance, 1964)

Au XVIIème siècle, Cyrano de Bergerac et D’Artagnan montent à Paris, l’un pour servir la reine l’autre pour servir le cardinal.

Le dernier « véritable » film d’Abel Gance ne dépare pas au sein de la filmographie de son auteur. Il est aussi mal fichu qu’attachant. Certes, le temps glorieux des expérimentations géniales est depuis longtemps révolu ; les quelques travellings accélérés ne font guère illusion : filmage et montage sont globalement sages. Il n’empêche : la liberté du créateur se manifeste pleinement dans ce film qui détonne franchement au sein de la production de son époque. Il y a d’abord le scénario, un des plus baroques, un des plus composites qu’on puisse imaginer. Puisant chez Rostand, chez Dumas aussi bien que dans l’Histoire de France, Cyrano et D’Artagnan n’en est pas moins du pur Abel Gance. C’est comme si, ne sachant brider son enthousiasme tout en se sachant au terme de sa carrière, le cinéaste avait voulu caser plusieurs films dans un seul. Ça commence comme un roman initiatique, ça continue comme un film de cape et épée, ça se poursuit comme une comédie galante…ça s’achève comme une fable de La Fontaine. Chacun de ces segments est autonome par rapport aux autres. L’amitié entre Cyrano et D’Artagnan sert de fil conducteur mais des ellipses qui échappent à l’entendement du spectateur ramollissent cette ligne dramatique.

Abel Gance s’attache en fait au portrait du bretteur-poète-rêveur-inventeur qu’était Cyrano, personnage dans lequel il se projette certainement. Les Trissotin pourront facilement moquer son éternelle naïveté mais ce n’est pas le moindre des mérites du vieux cinéaste que d’avoir su exprimer, par exemple dans la scène du duel contre la gigantesque horde de spadassins qui annonce Mon nom est Personne, quelque chose de la fascination du petit garçon en face du héros. La foi d’Abel Gance dans ce qu’il raconte, son indéfectible premier degré, la sincérité de son admiration pour les grands humanistes, lui permettent ainsi de faire partager au spectateur l’émerveillement de d’Artagnan lorsqu’il découvre le magnétophone créé par son ami,  insérant, au passage, des bouts de science-fiction dans son film de cape et épées. Sûr de son génie, le cinéaste dédaigne la vraisemblance et ne rend de comptes qu’à la Beauté: en témoignent également les magnifiques dialogues en vers. La photo rougeoyante et la beauté grave de la musique de Michel Magne accentuent le lyrisme de la mise en scène.

Le film est particulièrement bien distribué. José Ferrer insuffle une humanité mélancolique au héros tandis que Jean-Pierre Cassel est un parfait freluquet. Sylva Koscina et Daliah Levi en courtisanes Grand Siècle montrent qu’Abel Gance n’a pas perdu son goût pour les jolies jeunes femmes. Certains seconds rôles sont éminemment savoureux: l’ouverture avec Michel Simon en père handicapé de Cyrano conquiert d’emblée le spectateur.

Tout ça pour dire que, filmé par Abel Gance, Cyrano a mille fois plus de panache que filmé par Jean-Paul Rappeneau.

Chouans! (Philippe de Broca, 1987)

En 1793, un révolutionnaire et un noble, élevés par le même homme, se déchirent pour une femme.

Comparée à une superproduction hollywoodienne, la mise en scène de Philippe de Broca peut manquer de souffle mais cette lacune est compensée par la vivacité du rythme. Jamais Chouans! n’est lourd et la légèreté bienveillante du style fait que le film se suit avec un plaisir constant. La version courte est peut-être préférable à la version longue (destinée à la télévision) qui a certes le mérite de développer les personnages mais où la facilité de plusieurs ficelles romanesques a le temps d’apparaître aux yeux du spectateur. Ce d’autant plus que des acteurs aussi limités que les jeunes Lambert Wilson et Stéphane Freiss peinent à incarner les clichés qu’ils sont censés incarner.

Néanmoins, la représentation de la révolution française ne manque ni de justice ni de justesse. Exemple: la scène où, sommé par la femme qu’il aime, Kerfadec provoque le sinistre baron de Tiffauges en duel après avoir affiché son joyeux mépris pour la politique. Ici, de Broca saisit une certaine essence de l’aristocratie. On a connu Georges Delerue plus inspiré et les dialogues de Daniel Boulanger sont savoureux même s’ils versent parfois dans le mot d’auteur. Il y a aussi quelques apogées dramatiques joliment gérées (le couple de cavaliers qui se jette de la falaise!). En définitive, Chouans! est un film aimable dont la mauvaise réputation apparaît injustifiée.