Liberty Belle (Pascal Kané, 1983)

Au début des années 60 à Paris, un étudiant qui suit les cours d’un intellectuel de gauche se lie d’amitié avec un jeune militant pour l’Algérie française.

Même si faire de l’ami mac-mahonien un membre de l’OAS a des arrières-goûts revanchards de la part d’un ancien critique qui devait bien sentir que sa réponse écrite à Louis Skorecki (et, indirectement, à Michel Mourlet, dans les Cahiers du cinéma n°293) n’avait pas convaincu grand-monde, force est de constater que ce personnage, qui met son amitié au-dessus de ses convictions politiques et auquel Philippe Caroit prête ses traits marmoréens, est indéniablement plus noble que le héros, foncièrement veule. C’est d’ailleurs le seul protagoniste qui échappe un tant soit peu au programme balisé d’un film où abondent les caricatures jusqu’à un final carrément grotesque. Les violons de Delerue apportent un lyrisme parfois immérité et la distribution, rohmérienne en diable où on retrouve aussi Dominique Laffin et Jean-Pierre Kalfon, est sympathique mais Liberty Belle (nom du flipper) est à des années-lumières de la finesse et de la splendeur des Roseaux sauvages, oeuvre qui traite un thème voisin et justement plus célèbre.

Saint-Cyr (Patricia Mazuy, 2000)

A la fin du XVIIème siècle, Madame de Maintenon ouvre l’école de Saint-Cyr destinée à éduquer les jeunes filles de la noblesse pauvre.

Après le formidable Travolta et moi, une relative déception. Si l’injection d’un réalisme physique inédit dans la reconstitution historique produit des scènes étonnantes de vérité (le désir et le sexe sont judicieusement filmés), un film dont l’ambition se limite à ce programme apparaît fatalement étriqué. Par manque d’esprit de synthèse, la mise en scène échoue à faire apparaître le sens profond d’un récit qui s’éparpille autant qu’il effleure. J’ai peiné à voir où l’auteur voulait en venir, pourquoi elle avait voulu raconter la fondation de Saint-Cyr. Par exemple, le revirement bigot de Madame de Maintenon après la représentation à Versailles, aussi radical que peu justifié, apparaît exagéré. Le ressassement des deux thèmes de la bande originale, vernis uniforme appliqué à des scènes très diverses, n’insuffle pas l’unité qui fait défaut mais ajoute au sentiment d’incongruité. Parfois, Patricia Mazuy tente de compenser la faiblesse de son script en en rajoutant dans la brutalité mais le résultat apparaît alors convulsif et grotesque; ainsi des scènes de flagellation ou de la tentative de noyade dans la baignoire.

Zig-zig (László Szabó, 1975)

Deux danseuses de cabaret qui se prostituent pour se payer un chalet sont mêlées à une affaire d’enlèvement…

En présentant Zig-zig à la Cinémathèque, le brillant Serge Bozon l’a placé dans la continuité du cinéma français des années 30. Je ne suis pas tout à fait d’accord car, outre que certaines figures de conventions utilisées ici n’ont rien à voir avec cette époque (le boxeur déchu), il est évident que László Szabó est conscient du caractère suranné de ces figures, qu’il n’essaie nullement de les intégrer à la réalité de son temps ni même de filmer cette réalité (les extérieurs naturels sont filmés comme des décors de studio). Il n’y a pas d’échappée documentaire (comme dans Paris béguin ou Mauvaise graine) ni d’évocation de la société contemporaine (Derrière la façade ou La crise est finie). Le film fonctionne donc en vase clos et s’apparente à un exercice de style puisant ses références dans un fonds commun immémorial et transnational.

Ribambelle musicale et colorée mélangeant les genres et les archétypes, Zig zig fait songer à du Vecchiali en moins conceptuel (donc, quelque part, en plus réussi). Le résultat manque trop d’unité (d’unité dramatique, d’unité de ton) pour qu’on puisse vraiment se passionner pour l’intrigue et les personnages mais fonctionne par a-coups. A côté de scènes bêtement parodiques, l’émotion affleure ici et là, tantôt franche tantôt délicate, servie par l’inventivité poétique de la mise en scène (la maquette du chalet symbolisant les passes) et la surprenante justesse des comédiens (on a fait un faux procès à Deneuve qui est ici parfaite). La fantaisie semble tantôt gratuite (le flic qui rejoint sa maîtresse dans le bain habillé) tantôt géniale de par son impact dramatique et la logique jusqu’au-boutiste avec laquelle elle est déroulée (le flic qui voit son doigt coincé dans le robinet quand le mari rentre).

Drôle de film en vérité, dont le caractère foncièrement hétérogène et inégal provient peut-être de son tournage chaotique où Szabó, souvent ivre mort, fut forcé de déléguer une bonne partie de la mise en scène à son assistant, Jean-François Stévenin. A voir, en tout cas.

Paul (Diourka Medveczky, 1969)

Un jeune bourgeois rejoint une communauté de hippies.

La désolante apathie de l’ensemble des acteurs accroît l’ennui inhérent à ce genre de pochade poético-anarchisto-surréaliste qui a fait long feu. On notera tout de même ici une certaine noirceur, un certain pessimisme dans la vision de l’utopie ainsi qu’un sens visuel prononcé.