A la Française (Robert Parrish, 1964)

A Paris, une peintre américaine rencontre un étudiant…Quelques années plus tard, elle s’est faite à la vie mondaine.

La construction inhabituelle du récit en deux segments indépendants accroît la nostalgie de cette belle histoire d’une pureté perdue (et un peu facilement retrouvée). Robert Parrish, grand auteur de westerns, se montre aussi à l’aise dans le quartier latin que sur les rives du Rio Grande. On retrouve ici sa finesse psychologique, matérialisée par des détails concrets, tel l’étreinte avortée dans la chambre d’hôtel glaciale, et par des dialogues parfois surexplicatifs mais d’une telle justesse qu’il est difficile de faire la fine bouche. Tous les acteurs sont très bons mais Jean Seberg est au-delà des superlatifs. Comme Madame de… à Danielle Darrieux, A la Française lui doit énormément de sa vérité émotionnelle.

La récréation (François Moreuil et Fabien Collin, 1961)

A Versailles, une étudiante rencontre un séduisant fils de famille qui s’avère être le chauffard responsable de la mort d’un homme renversé sous ses yeux.

Un film de la Nouvelle Vague justement tombé dans l’oubli.

 

Lilith (Robert Rossen, 1964)

Un jeune homme se fait engager dans un asile et tombe amoureux d’une schizophrène.

Le montage alambiqué et esthétisant qui abuse des surimpressions peine à masquer l’indigence du récit (on est très loin de La toile d’araignée). Reste le plaisir de contempler deux acteurs sublimes dont les visages sont magnifiquement photographiés par Eugene Shuftan: Jean Seberg et Warren Beatty.

 

L’amant de cinq jours (Philippe de Broca, 1961)

Un jeune homme entretenu par une couturière tombe amoureux d’une jeune amie de celle-ci, mariée à un archiviste…

Adaptation d’un livre de Françoise Parturier, L’amant de cinq jours est, de loin, le meilleur des quatre premiers films de Philippe de Broca avec Jean-Pierre Cassel car c’est celui où la fantaisie est la moins forcée. Les personnages ne sont pas des pantins mais leur évolution sentimentale est appréhendée par un réalisateur attentif et déjà maître de sa technique quoique pas encore trentenaire.

Agencés dans un équilibre merveilleux de justesse, les dialogues ciselés de Daniel Boulanger, la musique lyrique de Georges Delerue et le noir&blanc de Jean Panzer, qui sied aussi bien aussi au Paris nocturne qu’aux jardins du château de Chantilly sous les feuilles d’automne, poétisent la comédie.

Contrairement à ce qui se passe dans les mauvais films de l’auteur, les artifices de mise en scène ne vont pas ici à l’encontre de la vérité des personnages mais expriment la singularité de leur être. Des moments suspendus comme la valse entre les « officiels » ou le retour à la maison du mari trompé révèlent de la part du cinéaste une générosité et un tact qui transcendent le canonique canevas sur lequel il s’est appliqué.

On notera particulièrement l’émouvante noblesse du cocu admirablement interprété par François Périer. Micheline Presle et, surtout, Jean Seberg sont filmées comme de Broca a toujours filmé ses actrices: avec autant d’amour que de goût. Jean-Pierre Cassel s’en sort très bien pour simuler une fragilité qui complexifie heureusement son personnage récurrent, celui du héros jouisseur et indolent. La fin, dans sa suprême élégance, évoque furtivement Madame de… et Diamants sur canapé (sorti un an plus tard).

Sainte Jeanne (Otto Preminger, 1957)

Après sa mort, Jeanne d’Arc est accueillie dans l’au-delà par Charles VII. Tous deux se souviennent de l’ascension et de la chute de la pucelle d’Orléans.

Sainte Jeanne est l’adaptation de la pièce de George Bernard Shaw. Otto Preminger a rajouté les séquences de dialogue dans l’au-delà qui ponctuent le parcours de Jeanne. On cerne bien l’intention de l’auteur: introduire un recul objectif sur son sujet en confrontant littéralement les points de vue des différents compagnons et ennemis de Jeanne réunis après la Mort. Malheureusement l’artifice du procédé n’est jamais dépassé et révèle plus l’impuissance de Preminger à assumer un point de vue sur son sujet qu’une vision synthétique de ce dernier. La réflexion politique, peu poussée, n’est visiblement pas ce qui intéresse le cinéaste.
L’abstraction théorique de la mise en scène ne rend guère sensible les différents conflits autour de Jeanne. La séquence du procès est particulièrement longue et austère mais sa théâtralité l’empêche d’atteindre la vérité nue du film de Robert Bresson qui sortira cinq ans plus tard.
Ainsi, Sainte Jeanne est un film tiraillé entre une volonté d’épure formelle et des artifices théâtraux complètement déplacés. Je songe notamment au jeu excessivement cabotin du (habituellement) grand Richard Widmark dans le rôle de Charles VII.

Pourtant, en dépit de ce côté bancal, Sainte Jeanne est un beau film. Pourquoi? Parce qu’il révèle une actrice sublime. Dans le rôle-titre, Jean Seberg est bouleversante. Elle irradie le film de sa présence, aussi bien en gamine perdue qu’en illuminée entraînant une armée. Son éclatante pureté morale (à ce sujet, il faut lire Chien blanc écrit par son mari Romain Gary et plus tard adapté par Samuel Fuller) en fait une sainte idéale…C’est clairement la meilleure interprète de Jeanne d’Arc de l’histoire du cinéma (loin devant la grimaçante Falconetti).

La souris qui rugissait (Jack Arnold, 1959)

Le duché du Grand Fenwick, plus petit pays du monde, décide de déclarer la guerre aux Etats-Unis afin de perdre cette guerre et de bénéficier d’un plan Marshall qui remplirait les caisses de l’état.

Réalisé en pleine guerre froide, La souris qui rugissait est une satire dont le point fort est un scénario adapté de l’écrivain Leonard Wibberley fertile en rebondissements cocasses. Le ton n’a pas la lourdeur de celui de Dr Folamour, l’humour est basé sur un sens tranquille de l’absurde typiquement anglais. Dommage que la mise en scène soit statique et essentiellement illustrative, ce qui rend le film parfois ennuyeux. Un film amusant.