La reine vierge (Young Bess, George Sidney, 1953)

Avant son accès au trône sous le nom de Elizabeth, l’amour tragique d’une bâtarde de Henry VIII pour un brillant amiral.

Le déroulement du drame manque de concision et est trop statique mais le style rend le tout intéressant: l’esthétisme de George Sidney, son goût pour les cadres larges admirablement composés et coloriés, n’empêche pas que son film comporte aussi des scènes d’un lyrisme intense où les cordes de Miklos Rosza sur le si doux visage de Jean Simmons font merveille.

Ailleurs l’herbe est plus verte (Stanley Donen, 1960)

Une lady tombe dans les bras d’un millionnaire américain venu visiter le château de son mari.

Les ressorts théâtraux sont patents mais la finesse des dialogues, la classe de la distribution, la splendeur de l’enrobage Technirama et la hauteur de vue d’un récit où chaque personnage a sa dignité font qu’il serait stupide de faire la fine bouche devant cette comédie presque aussi étincelante que du Guitry circa-1936.

L’Egyptien (Michael Curtiz, 1954)

Pendant le règne d’Akhénaton, grâces et disgrâces d’un médecin qui a sauvé la vie du Pharaon.

La première partie, transposition d’une intrigue de film noir dans l’Egypte antique, est sans intérêt d’autant que Bella Darvi n’est guère crédible en femme fatale. La suite, qui tourne autour des conséquences politiques de la réforme religieuse d’Akhenaton, aurait pu donner lieu à un film intéressant si son écriture avait été moins soumise au romanesque bon marché typique des superproductions hollywoodiennes. Tout cela manque d’unité dramatique. Un bon point cependant: le filmage de Michael Curtiz n’a rien perdu de sa vivacité avec le Cinémascope.

Les grandes espérances (David Lean, 1946)

Un ancien forçat aide un jeune homme élevé par une marâtre à entrer dans la haute société anglaise qui lorsqu’il était enfant l’avait aidé à fuir la police.

L’image (composition des plans, éclairages…) est soignée. La mise en scène est irréprochable mais dénuée d’inspiration, académique. En fait, le problème des deux adaptations de Dickens par Lean, c’est qu’il n’y a justement pas de réflexion sur l’adaptation, c’est à dire le passage d’un medium à un autre. Les aberrations romanesques de Dickens sont difficilement acceptables à l’écran mais visiblement David Lean et les scénaristes s’en fichent. Ils se contentent d’illustrer. Reste un ou deux beaux moments, ceux notamment où apparait la toute  jeune Jean Simmons dont la grâce juvénile tranche d’avec la technique surranée des théâtreux anglais qui composent le reste de la distribution.

Cette terre qui est mienne (Henry King, 1958)

Pendant la Prohibition, un riche viticulteur californien décide de marier sa petite-fille à un concurrent. Mais son petit-fils d’adoption s’en éprend…

Cette terre qui est mienne est un parfait archétype de « mélodrame flamboyant ». Le Cinémascope-couleurs est magnifique, les torrents symphoniques déclenchent les torrents de larmes et le récit romanesque mené d’une main de maître montre du doigt le dévoiement des idéaux capitalistes. Ceci-dit, la mise en scène est peut-être un peu trop convenue, un peu trop attendue pour transfigurer le canevas, certes riche et intéressant. C’est ce qui différencie un vétéran classique comme Henry King de modernes comme Douglas Sirk ou Nicholas Ray qui sont plus à même de filmer des névrosés parce que le déséquilibre de leur style répond à celui de leurs personnages. Voir par exemple les terribles séquences d’ivresse dans Ecrit sur du vent ou La fureur de vivre avec les personnages qui déambulent dans le cadre. Chez King, il n’y a pas de déambulation. C’est dans ce genre de film un manque non négligeable. Il n’empêche pas de passer un excellent moment devant un sommet de narration mais il empêche la transmission de la secrète vibration qui ferait sortir les héros de l’écran.

The happy ending (Richard Brooks, 1969)

Après 16 ans de mariage, une mère au foyer s’enfuit. Comment en est-elle arrivée là ?

Ses fâcheuses tendances politico-sociologico-morales font parfois oublier aux cinéphiles la profonde sensibilité de Richard Brooks. Cette sensibilité avait la forme d’une finesse d’analyse psychologique rare dans le cinéma américain d’alors. Une finesse qui, en offrant toutes leurs chances à des héros aux personnalités ambivalentes, nuançait voire faisait complètement disparaître la lourdeur des pamphlets (ainsi de son chef d’oeuvre Elmer Gantry). En ce sens, The happy ending est typique des meilleurs films de Brooks.

Le film commence par des séquences de fête qui dressent un panorama amer de la famille américaine en présentant des couples qui forcent sur la codéine, la vodka et dissertent sur l’échec de leur mariage. Le discours sociologique est alors un peu trop démonstratif.  Cependant, peu à peu, le véritable sujet du film se dessine. A travers une narration audacieuse mais jamais clinquante qui utilise ellipses et flashbacks pour mieux faire l’introspection de son héroïne, Richard Brooks réalise un des plus beaux portraits de femme du cinéma américain. Une femme que la vie va forcer à confronter ses idéaux de jeune fille façonnés par Hollywood avec la réalité.

Cette femme est jouée par son épouse d’alors, Jean Simmons. Et c’est peu dire qu’elle porte le film sur ses épaules. Bien sûr, les collaborateurs techniques sont au top. De la belle photographie de Conrad Hall à l’entêtante musique de Michel Legrand qui a pour l’occasion signé un standard (What Are You Doing The Rest Of Your Life?), l’ensemble de la réalisation procède d’une élégance feutrée qui fait plaisir à voir tout en sécrétant une douce mélancolie. Mais ce qui rend The happy ending aussi précieux, c’est bien l’alchimie entre Jean Simmons et son réalisateur amoureux. Elle est superbe. La maturité fragile et rayonnante, elle est aussi belle à quarante ans qu’elle l’était à vingt, petit animal pervers et juvénile dans Un si doux visage.

Huit ans plus tard, Richard Brooks tournera une sorte de post-scriptum à The happy ending : A la recherche de Mr Goodbar, film aussi bon que son prédecesseur mais nettement plus désespéré.