Police judiciaire (Maurice de Canonge, 1958)

Au 36 quai des orfèvres, le quotidien de la police judiciaire.

La volonté documentaire se traduit par le refus de la dramatisation, l’absence de caractérisation individuelle des personnages et, si celle-ci est intentionnelle, la grisaille de la photo mais cela n’empêche pas l’artifice du montage alterné, destiné à montrer que différentes affaires sont traitées en même temps, de se faire lourdement sentir. Over-chiant.

Un oiseau rare (Richard Pottier, 1935)

Suite à un concours de publicité, le fils d’une oiseleuse et un riche héritier se retrouvent dans un hôtel des Alpes où leurs identités sont confondues.

En tant que scénariste, Jacques Prévert est surestimé car son manque de rigueur l’empêchait de construire correctement les récits. Les branlantes fondations d’oeuvres aussi diverses que Lumière d’été, Les visiteurs du soir et Sortilèges en témoignent. Face à Un oiseau rare, il y avait lieu d’avoir d’autant plus d’appréhension que la comédie, selon le lieu commun, « demande plus de travail que le drame ». Et il est vrai que Un oiseau rare ne brille pas par son ossature. Des coïncidences plus ou moins abusives font office de narration.

Pourtant, le visionnage s’avère franchement plaisant. Pour l’occasion, la « poésie » de Prévert se fait loufoquerie et, si elle eût gagné à plus de développements, l’intuition comique pallie le manque de fermeté narrative. La fantaisie n’est pas gratuite car elle nourrit une satire contre la veulerie face aux puissants, une satire que la désinvolture de l’auteur maintient toutefois bien inoffensive. La multitude de personnages instaure des enjeux dont la variété empêche l’attention du spectateur de complètement s’évaporer.

Enfin, sans étinceler, la distribution fait oublier l’absolue platitude de l’image. Madeleine Guitty ne vaut pas Pauline Carton, Pierre Brasseur bien que moins insupportable que d’habitude reste Pierre Brasseur mais revoir Jean Tissier est toujours un plaisir et Max Dearly s’avère bon comique de cinéma.

La veuve Couderc (Pierre Granier-Deferre, 1971)

Dans les années 30, une paysanne en conflit avec sa belle-famille embauche un vagabond…

Mou et conventionnel. En terme de réalisation, ce n’est même pas « du solide » tant Granier-Deferre se montre trop souvent bêtement mécanique dans son montage. Ainsi le beau plan-séquence sur la fuite de Delon dans le champ aurait gagné à ne pas être coupé aussi brusquement.

Quai de Grenelle (Emile Edwin Reinert, 1950)

Pour n’avoir pas traversé sur le passage clouté, un chasseur de vipères est injustement accusé d’un braquage de banques.

La totale débilité de la construction dramatique censée agencer les divers clichés du récit ainsi qu’une lourde tendance à la salacité gratuite sont révélateurs du mépris que pouvait alors avoir Jacques Laurent pour le cinéma et les cinéphiles.

La porteuse de pain (Maurice Cloche, 1950)

Une femme condamnée à la prison à vie pour un meurtre qu’elle n’a pas commis s’évade et retrouve ses enfants 20 ans après leur séparation…

Mélodrame canonique s’il en est. Le problème est que Maurice Cloche dirige ça de façon pléonastique et ne se donne pas la peine de faire croire aux rocambolesques coïncidences de sa narration. A l’exception de la jolie Nicole Francis, les actrices surjouent ridiculement leurs personnages. Les acteurs sont parfois mal doublés (coproduction franco-italienne oblige). Heureusement, il y a Jean Tissier qui s’amuse et nous amuse. Rien que pour sa délectable composition de crapule incompétente, La porteuse de pain millésime 1950 vaut le coup d’oeil.

Gigi (Jacqueline Audry, 1949)

Dans le Paris de la Belle-époque, sa grande-mère et sa tante éduquent une jeune fille pour qu’elle devienne une cocotte.

Cette première adaptation du roman de Colette est nettement supérieure au film de Minnelli car l’incisive verdeur du propos n’est pas diluée dans une débauche décorative. Ce serait même le contraire tant il est vrai que la mise en scène est un peu étriquée, en plus de manquer de dynamisme. Heureusement, les dialogues savoureux et les excellents comédiens -en tête desquels un Jean Tissier qui s’en donne à coeur joie- donnent vie aux scènes de comédie.