Sarati le terrible (André Hugon, 1937)

A Alger, un pied-noir brutal et violent voit sa vie ébranlée lorsque sa nièce s’entiche d’un locataire aux origines mystérieuses…

Inspiré par un matériau d’une toute autre teneur que celle de ses habituelles galéjades, André Hugon s’est ici surpassé. L’amour interdit que porte une brute à sa nièce nourrit une tragédie déroulée avec une implacable finesse dialectique. Entre autres, il faut voir la séquence où Sarati craque pour réaliser combien Hugon peut exceller à la mise en scène. Justesse des travellings, poésie discrète du cadre, chair dénudée de Jacqueline Laurent et, bien sûr, infinité des nuances de Harry Baur, concourent à une exceptionnelle richesse d’évocation: tendresse, douleur et horreur sont inextricablement mêlées avec un tact et une audace qui étonnent de la part de l’auteur de Romarin. Harry Baur, immense, beaucoup moins cabotin qu’il ne l’a été, trouve ici ce qui est peut-être son plus beau rôle. En somme, Sarati le terrible est un parfait équivalent français aux mélos tordus de Tod Browning avec Lon Chaney. Grand.

La maison du Maltais (Pierre Chenal, 1938)

En Tunisie, un poète trempe dans des trafics louches pour les beaux yeux d’une prostituée…

Quoique pleinement ancré dans les conventions du mélodrame, La maison du Maltais est un très bon film. Sa facture, toute entière soumise à la logique du récit, est excellente. Les contrastes de Curt Courant dramatisent l’image. Alerte, la caméra de Pierre Chenal zèbre l’espace de la casbah reconstituée en studio et vivifie considérablement un scénario déjà riche en péripéties. Foisonnant sans être touffu, le film est d’une rapidité et d’une concision qui ridiculisent nombre de réalisateurs contemporains incapables de raconter une histoire consistante en moins de deux heures.

Ce rythme quasi-trépidant n’empêche pas les personnages d’exister à l’écran. Chenal est ici aidé par une galerie de seconds rôles comme on n’en voit que dans le cinéma français des années 30. Citons Louis Jouvet en détective dont la fourberie n’a d’égale que la faconde, Jany Holt pathétique conscience de l’héroïne et Aimos, comparse sévère mais profondément compatissant du héros.  Mais la plus mémorable de tous, c’est incontestablement Fréhel, la magnifique Fréhel. Il faut la voir, cette vieille logeuse aigrie et truculente, payer pour l’hospitalisation d’une pensionnaire qu’elle venait de mettre à la porte.

C’est ainsi une des qualités de cette Maison du Maltais que d’aller au-delà des archétypes initiaux pour caractériser ses protagonistes. Dans une logique toute dialectique, le héros rêveur et feignant se met à travailler lorsqu’il tombe amoureux. Il fallait un comédien de la trempe de Dalio -dont c’est le  premier « premier rôle »- pour incarner aussi bien un personnage aux facettes aussi multiples. Tantôt froid chef de bande, tantôt docker consciencieux, tantôt alcoolique mondain, toujours amoureux. Viviane Romance, elle, est superbe en prostituée prête à toutes les crédulités pour changer de vie.