Let’s go native (Leo McCarey, 1930)

Une modiste endettée et son amoureux fils de bonne fuient vers l’Amérique du Sud mais échouent sur une île du Pacifique sud.

Une ineptie digne des nanars français des années 30. Le scénario est nul mais, de plus, la facture est piteuse quoique le film soit produit par Paramount. Il n’y a rien à sauver, pas même les chorégraphies signées Busby Berkeley.

Parade d’amour (Ernst Lubistch, 1929)

La reine d’une pays imaginaire épouse un de ses ambassadeurs déchu pour ses frasques sexuelles.

Premier film parlant de Lubitsch, Parade d’amour souffre de quelques problèmes de rythme. Les chansons ralentissent trop souvent la narration alors qu’elles la stimuleront dans les opérettes suivantes du maître (Une heure près de toi, La veuve joyeuse…).
Ceci étant, le film est déja purement lubitschien. On retrouve ce regard intelligemment biaisé sur les choses, cette maîtrise de l’allusion, cette prédilection pour la suggestion, cette complicité avec le public, cette perpétuelle dérision. En témoigne un début endiablé qui voit Maurice Chevalier s’adresser au public (Lubitsch « invente » le regard-caméra vingt ans avant Bergman, trente ans avant Godard…). Le couple Chevalier/MacDonald fonctionne à merveille. C’est la première de leurs quatre merveilleuses collaborations. Derrière la fantaisie point une réflexion assez fine sur la place des sexes à la maison, le besoin de la femme d’être dominée à un moment ou à un autre.
Bref, Parade d’amour est une bonne comédie bien qu’en ces tout débuts du cinéma parlant, le style du réalisateur soit encore mal dégrossi.

Love me tonight (Rouben Mamoulian, 1932)

Un tailleur parisien séduit des princesses dans l’entourage d’un aristocrate ruiné qui lui doit de l’argent.

Merveilleuse opérette Paramount dans la veine des meilleurs Lubitsch de l’époque. On retrouve le délicieux couple formé par Maurice Chevalier et Jeanette MacDonald. Les ingrédients sont les mêmes mais en terme de style, la désinvolture aristocratique de Lubitsch est remplacée par quelque chose de plus imposant. Le découpage de Mamoulian est très sophistiqué et son film contient nombre de morceaux de bravoure mettant remarquablement en valeur la musique entraînante de Rodgers et Hart. On est plus proche de la véritable comédie musicale que dans Une heure près de toi, le chef d’oeuvre de Lubitsch avec Chevalier et MacDonald qui sortait la même année, ne serait-ce que parce que la mise en scène a ici un côté chorégraphique qu’elle n’a pas chez le maître berlinois. D’une manière générale, Love me tonight est un film extraordinairement dynamique. Jouant brillamment avec les archétypes (l’ouverture à Paris est un fabuleux condensé des clichés sur les Français dans les comédies hollywoodiennes de la grande époque), Love me tonight est une oeuvre parmi les plus drôles, les plus joyeuses, les plus éblouissantes de son temps.

Monte-Carlo (Ernst Lubitsch, 1930)

Durant toute sa première partie, Monte-Carlo est frivole, léger, drôle et brille par l’inventivité de sa mise en scène; inventivité qui se manifeste d’abord dans les gags. Le comique est typique de Lubitsch, jouant magistralement des ellipses et des métaphores (à ce titre, le moment du shampoing/plaisir sexuel est particulièrement gratiné). Une séquence, au début, suffit à comprendre l’esprit de cette charmante opérette: Jeanette MacDonald à la fenêtre de son train chante une chanson, Beyond the blue horizon qui deviendra son tube; elle est alors reprise en choeur par les ouvriers dans les champs. Ce passage fait montre d’une fantaisie débridée mais pas ostentatoire, il fait montre d’une confiance tranquille dans le pouvoir enchanteur du cinéma. Cette confiance fait d’autant plus plaisir à voir qu’à cette époque (début du parlant), les producteurs n’osaient guère les séquence musicales qui n’avaient pas pour cadre la scène.
On regrettera simplement qu’à sa fin, la délicieuse opérette épicurienne sombre dans la guimauve conventionnelle. De plus, Jack Buchanan est un élégant jeune premier mais il est loin d’être aussi à son aise que Maurice Chevalier, acteur génial dont le jeu ironique et malicieux était en parfaite symbiose avec le style de Lubitsch. Nous y reviendrons.

Borzage 40-42

Borzage, c’est bon. mangez-en.

Flight command (1940)
Frank Borzage s’essaie au genre en vogue à l’époque à Hollywood du film sur les pilotes d’avions. Il n’y avait que lui pour faire d’un film subventionné par la Marine un portrait de femme sublime de justesse. Entre les séquences de vol assez spectaculaires mais un poil redondantes, Borzage nous montre à travers le destin de la femme du commandant la solitude sentimentale, l’incompréhension mutuelle, la tentation de l’adultère, bref il réalise une fois de plus un grand film d’amour, mature et dénué de pathos et de sensiblerie, y mêlant ses marottes habituelles que sont la mort, la foi, la camaraderie, le sens du devoir.

Chagrins d’amour (Smilin’through, 1941)
Premier film en Technicolor de Borzage, c’est un de ses films les plus étranges. L’histoire de cet homme resté amoureux de sa défunte femme est une des plus mélancoliques de son auteur, frôlant la morbidité. Le problème est qu’à cette intrigue vient s’en greffer une autre, celle de la naissance d’un jeune couple, traitée d’une façon beaucoup plus conventionnelle voire franchement banale. De plus, plastiquement, le film est un véritable chromo et certaines scènes sont d’une consternante niaiserie: ainsi, un couple qui se met à valser dans un jardin à la tombée de la nuit, c’est beau. Mais lorsque la fille se met à chanter une bluette irlandaise, c’est trop, on tombe dans le sirupeux. En dehors de ça, le film contient quelques éclairs de génie, notamment dans la façon de filmer les allers-retours dans le temps, à coups de fondus enchaînés enchanteurs et de travellings dignes d’Ophüls.
Si on accepte l’esthétique chromo, le film peut s’avérer très plaisant, il en émane une poésie artisanale, un lyrisme de studio assez délicieux, même si tout ne s’apprécie pas au premier degré et qu’étonamment on n’y retrouve guère la justesse du regard de Borzage sur les choses de l’amour.


Au temps des tulipes (The vanishing virginian, 1940)
Très charmante chronique familiale dans le genre dit « americana ».
En une heure et demi, Frank Borzage brasse les destins d’une dizaine de personnages sur une quinzaine d’années. Très subtile monstration du changement d’époque, du passage inéluctable du temps sur cette bourgade sudiste attachée à ses traditions. ça vaut bien Jalna. c’est assez proche de certains films de Ford, Judge Priest notamment.

Sept amoureuses (seven sweethearts, 1942)
Quel film étrange que voilà !
Après un début charmant mais un brin lénifiant, voilà du De palma avant l’heure, une oeuvre qui peut être vue comme la théorisation et la critique de la doucereuse « poésie de studio ». Le film suit un journaliste new-yorkais venu chroniquer la « fête de la tulipe » dans une charmante bourgade de province où le temps semble s’être arrêté. Il va s’installer dans l’hôtel non moins charmant tenu par le père d’une fratrie de sept soeurs, père joué l’excellent acteur hongrois S.Z. Sakall, aussi à l’aise dans la bonhommie que dans l’émotion. Jeunes filles qui chantent au piano, décor de carte postale, personnages gentiment décalés à la Prévert, tulipes…Là où les choses se compliquent, là où l’on se rend compte que la vie à la campagne, c’est pas tout rose, c’est quand les sentiments des jeunes filles se réveillent au contact du beau jeune citadin. Les frustrations liées à la monotonie du village et au poids étouffant des traditions se révèlent alors et la rivalité entre les soeurs m’a carrément évoqué ce chef d’oeuvre glaçant qu’est Les proies de Don Siegel, même si attention le film de Borzage n’a rien d’un thriller. Il n’est même pas mélodramatique, le ton restant relativement léger, la litote caractérisant le style de Borzage et l’auteur montrant sa foi dans l’harmonie entre les passions individuelles et les traditions séculaires.
Très bon.

Le cargo maudit (strange cargo, 1940)
Film d’aventures saupoudré de mystique chrétienne ou mystique chrétienne saupoudrée d’aventures, je sais pas trop mais bien qu’un poil théorico-théâtral, c’est sublime.