Le début (Gleb Panfilov, 1970)

Une jeune provinciale se découvre une vocation d’actrice lorsqu’elle est choisie par un cinéaste pour jouer Jeanne d’Arc.

La laideur de Inna Tchourikova est difficile à surmonter. La mise en parallèle du « film dans le film » sur Jeanne d’Arc avec les pérégrinations sentimentalo-professionnelle de cette jeune Russe n’engendre rien d’intéressant.

Jeanne au bûcher (Roberto Rossellini, 1954)

Venant d’être brûlée, Jeanne revoit plusieurs moments-clés de sa vie.

Après l’avoir dirigé au théâtre, l’ancien pape du néoréalisme a filmé le mystère de Paul Claudel et Arthur Honegger. La quasi-quadragénaire Ingrid Bergman n’est guère crédible en pucelle mais la mise en avant des artifices de mise en scène les plus élémentaires insuffle à Jeanne au bûcher une poésie primitive où temps et espace sont comme abolis. Eric Rohmer a dû se souvenir de cette drôle de chose, qui rappelle Méliès et Les contes d’Hoffman de Powell/Pressburger, lorsqu’il a tourné Perceval le Gallois.

Jeanne d’Arc (Cecil B. DeMille, 1916)

Jeanne d’Arc apparaît dans les tranchées et raconte sa vie à un soldat anglais envoyé en mission-suicide pour le motiver.

Il est étrange de lire aujourd’hui les déclarations de Cecil B. DeMille dans son autobiographie affirmant que ce qui l’intéressait dans le scénario de Jeanie McPherson était que l’héroïne française y était vu dans toute son humanité (d’où le titre original: Joan the woman) alors que le film apparaît aujourd’hui comme une conventionnelle illustration de la légende. C’est dû à un style de mise en scène encore souvent primitif (caméra souvent frontale, séquences peu découpées…etc) et au fait que la cantatrice Geraldine Farrar n’est pas crédible du tout en pucelle. Les batailles sont assez impressionnantes et d’une façon générale, DeMille, pour son premier film historique, montre son habileté à gérer d’énormes moyens logistiques.

La merveilleuse vie de Jeanne d’Arc, fille de Lorraine (Marco de Gastyne, 1929)

Les étapes marquantes de la vie de Jeanne d’Arc de l’appel de Domrémy au bûcher de Rouen.

Sorti à la même époque que La passion de Jeanne d’Arc, le film de Marco de Gastyne en est l’antithèse. Contrairement au célébrissime film de Dreyer, il embrasse l’ensemble du parcours de Jeanne et fut tourné dans des décors aussi naturels que son actrice. Entrepris suite à une commande officielle, c’est peut-être le film le plus spectaculaire parmi ceux consacrés à la pucelle d’Orléans. Sa première source d’intérêt réside donc dans l’ampleur des séquences épiques. Long, violent, sanglant et lyrique, le siège d’Orléans rivalise aisément avec ce qui se faisait de plus impressionnant à Hollywood.

De plus, le metteur en scène prend soin de situer ses personnages par rapport aux décors, tous magnifiques. Panoramique vertical sur la cathédrale de Reims et plans larges sur les paysages vallonés de Bourgogne ancrent l’action dans le territoire français. Ce qui est la moindre des choses pour une épopée aussi ouvertement nationaliste. En effet, le scénariste Jean-José Frappa oeuvre à l’édification des foules et se place dans la droite lignée de la légende élaborée par Jules Michelet.

Cependant, la mise en scène de Marco de Gastyne nuance considérablement cette vision un peu simpliste. Le contraste entre ce que disent les cartons -écrits dans une langue superbe- et ce que montrent les images est souvent saisissant. Le cinéaste établit une sorte de dialectique entre la pureté idéaliste (et révolutionnaire!) de la future sainte et les horreurs qu’elle doit se coltiner pour mener à bien sa mission. Il faut voir l’héroïne au milieu de la bataille d’Orléans apeurée, priant de toutes ses forces afin de faire cesser le carnage pour se rendre compte que cette belle illustration de la légende montre aussi, peut-être, la Jeanne la plus humaine de l’histoire du cinéma. La plus fragile en tout cas.

Il faut donc saluer la splendide interprétation de Simone Genevois qui a su fixer l’icône nationale dans un éternel présent en incarnant mieux que personne la jeune fille qu’était avant tout Jeanne d’Arc. S’il s’avère aujourd’hui que La merveilleuse vie de Jeanne d’Arc a nettement mieux vieilli que La passion de Jeanne d’Arc, c’est en grande partie grâce à elle.

Sainte Jeanne (Otto Preminger, 1957)

Après sa mort, Jeanne d’Arc est accueillie dans l’au-delà par Charles VII. Tous deux se souviennent de l’ascension et de la chute de la pucelle d’Orléans.

Sainte Jeanne est l’adaptation de la pièce de George Bernard Shaw. Otto Preminger a rajouté les séquences de dialogue dans l’au-delà qui ponctuent le parcours de Jeanne. On cerne bien l’intention de l’auteur: introduire un recul objectif sur son sujet en confrontant littéralement les points de vue des différents compagnons et ennemis de Jeanne réunis après la Mort. Malheureusement l’artifice du procédé n’est jamais dépassé et révèle plus l’impuissance de Preminger à assumer un point de vue sur son sujet qu’une vision synthétique de ce dernier. La réflexion politique, peu poussée, n’est visiblement pas ce qui intéresse le cinéaste.
L’abstraction théorique de la mise en scène ne rend guère sensible les différents conflits autour de Jeanne. La séquence du procès est particulièrement longue et austère mais sa théâtralité l’empêche d’atteindre la vérité nue du film de Robert Bresson qui sortira cinq ans plus tard.
Ainsi, Sainte Jeanne est un film tiraillé entre une volonté d’épure formelle et des artifices théâtraux complètement déplacés. Je songe notamment au jeu excessivement cabotin du (habituellement) grand Richard Widmark dans le rôle de Charles VII.

Pourtant, en dépit de ce côté bancal, Sainte Jeanne est un beau film. Pourquoi? Parce qu’il révèle une actrice sublime. Dans le rôle-titre, Jean Seberg est bouleversante. Elle irradie le film de sa présence, aussi bien en gamine perdue qu’en illuminée entraînant une armée. Son éclatante pureté morale (à ce sujet, il faut lire Chien blanc écrit par son mari Romain Gary et plus tard adapté par Samuel Fuller) en fait une sainte idéale…C’est clairement la meilleure interprète de Jeanne d’Arc de l’histoire du cinéma (loin devant la grimaçante Falconetti).