Le train (John Frankenheimer, 1964)

Trois semaines avant la Libération de Paris, des cheminots se mobilisent pour empêcher qu’un train rempli de chefs d’oeuvre de la peinture française ne parte en Allemagne.

De grosses invraisemblances, quelques tirades philosophiques hors de propos et le manque de concision à certains endroits n’empêchent pas de regretter que cette célébration spectaculaire de la Résistance française ait dû attendre le bon vouloir de Hollywood pour avoir lieu. Avec ses multiples explosions, ses cadres parfaits, ses mouvements d’appareil élégants, son héros super opiniâtre et super fort (à cinquante ans, Burt Lancaster tenait à faire savoir qu’il n’avait pas perdu ses talents d’acrobate) et, surtout, son sens continu de l’action technicienne, le film de Frankenheimer n’a aucune justesse historique mais préfigure Piège de cristal avec 25 ans d’avance.

Le plus vieux métier du monde (Claude Autant-Lara, Mauro Bolognini, Philippe de Broca, Franco Indovina, Michael Pfleghar et Jean-Luc Godard, 1967)

A la Préhistoire, dans l’Antiquité romaine, pendant la Révolution française, à la Belle époque, de nos jours et dans le futur, l’histoire de la prostitution vue à travers six sketches.

Ça va du très nul (la Préhistoire selon Franco Indovina) jusqu’au pas mal (la Révolution française par de Broca ou la Belle-époque par Michael Pfleghar) en passant par le bellement improbable (l’anticipation de Jean-Luc Godard dans la droite lignée de Alphaville).

La race des seigneurs (Pierre Granier-Deferre, 1974)

Sur le point d’accepter un ministère, un chef ambitieux de l’opposition hésite à sacrifier sa liaison avec une danseuse…

La précision du contexte familial et politique renforcée par la qualité des seconds rôles, le montage serré et l’incandescence tragique d’Alain Delon, mieux sapé que jamais, insufflent une intensité inattendue à un drame construit de façon quelque peu artificielle (flash-backs et schématique contrepoint).

Meurtres? (Richard Pottier, 1950)

Un brave homme euthanasie sa femme en phase terminale et fait alors scandale dans sa famille bourgeoise.

Meurtres? est un film parfaitement symptomatique de la qualité française, cette « tendance du cinéma français » circonscrite par Truffaut qui a plus à voir avec la bassesse de l’inspiration de scénaristes prétentieux et confits dans leurs certitudes qu’avec l’académisme de la mise en scène (une tare universelle). En effet, Henri Jeanson se montre ici aussi mesquin que lorsqu’il écrivit Un revenant. Dramaturge médiocre, ses personnages sont d’abord des prétextes pour ses « bons » mots, en dépit de tout naturel et de toute crédibilité. Tout est sur des rails, la critique de la « bourgeoisie » est absolument arbitraire et schématique tant la conduite des personnages ne souffre aucune nuance. Aucune surprise ne viendrait introduire un peu de vie dans ce film par ailleurs étouffé par le pesant sérieux de sa mise en scène et par un montage qui se fait fort de gommer toute trace d’hésitation ou de pause dans le déroulement des dialogues. Assommant.

Un voyageur (Marcel Ophuls, 2013)

Les mémoires filmées de Marcel Ophuls, fils du grand Max, féru de cinéma hollywoodien classique, amoureux des femmes et documentariste majeur hanté par la seconde guerre mondiale.

Marcel Ophuls avait la flemme d’écrire ses mémoires, il les a donc filmées. Usant abondamment d’extraits de cinéma pour illustrer ses propos, il nous entretient de son père, de son regret de ne pas avoir conclu avec Marlene Dietrich (il la pensait alors trop vieille pour lui), de l’Exode, du projet avorté de Louis Jouvet et Max Ophuls parce que l’un séduisit la maîtresse de l’autre, de son arrivée à New-York (« en ce temps-là, la statue de la Liberté, ce n’était pas qu’une image »), de sa rencontre avec Truffaut, de ses propres films…On le voit, la trivialité se mêle allègrement à la grande Histoire.

Pour peu que l’on soit un minimum intéressé par les événements cruciaux du XXème siècle ou par le cinéma, l’itinéraire de ce grand artiste cosmopolite est tout à fait passionnant même si la courte durée du film (deux heures, c’est peu pour l’auteur de Veillées d’armes) donne parfois une frustrante impression de survol. Très présent à l’image, Marcel Ophuls est ici plus malicieux que jamais mais cela ne l’empêche pas d’assouvir un réel besoin de confession. Ainsi, il ouvre Un voyageur en mimant les coups qu’il donnait à sa femme: où l’on voit que, lucide avant tout, le réalisateur du Chagrin et la pitié ne s’épargne pas dans son besoin quasi-obsessionnel de remuer la merde.