Tendre est la nuit (Henry King, 1962)

Un psychiatre épouse une riche patiente.

Le roman fêlé de Fitzgerald adapté par un vétéran du Hollywood classique sous contrôle de Selznick. Il y avait lieu de craindre que la sauce ne prenne pas. Et de fait, l’académisme de la forme, séduisant de par son opulence mais un brin languissant, peine à se coltiner les tourments intimes des personnages qui sont le sujet profond de l’oeuvre. Le film est essentiellement une suite d’images où deux personnages parlent au milieu de décors somptueux. Le Cinémascope évite à Henry King, plus routinier que jamais, de varier les plans. Pourtant, aussi patent que soient les défauts du film, il est difficile de le disqualifier complètement. En effet, le livre de Fitzgerald n’est pas trahi, la justesse du ton est maintenue et le drame, subtil, finit par émouvoir grâce à une dernière séquence particulièrement belle.

La colline de l’adieu (Love is a many-splendored thing, Henry King, 1952)

A Hong-Kong, une doctoresse métisse s’éprend d’un Américain correspondant de guerre…

Le début, avec ses larges images en Technicolor et la sobriété de Henry King, laisse entrevoir un joli film mais une fois que la relation amoureuse est concrétisée, la narration languit et le profond académisme du style saute aux yeux. Médiocre.

Madame Bovary (Vincente Minnelli, 1949)

Emma Bovary, mariée à un médecin de campagne, rêve de luxe et d’amours romanesques.

Alors que de la part de ce grand sentimental qu’était Minnelli, on pouvait attendre une superbe trahison de Flaubert, Madame Bovary s’avère un des films les plus cruels du cinéaste. Emma y est montrée telle qu’elle est: une petite dinde écervelée. Jennifer Jones n’a d’ailleurs jamais été aussi moche. Le spectateur n’éprouve donc pas la moindre empathie pour elle. Le parti-pris moraliste n’est cependant pas assumé jusqu’au bout pour deux raisons. D’abord la reconstitution fastueuse magnifie la province si violemment critiquée par les auteurs. Ensuite, le récit prend très au sérieux les différentes tentatives d’Emma de s’évader. Il manque parfois de distance.

Bref, Madame Bovary manque d’un point de vue clair et affirmé sur son sujet. Le film est cependant sauvé de l’académisme par Van Heflin, encore une fois sublime en mari plein de bon sens. Ensuite, la virtuosité de l’immense metteur en scène qu’était Minnelli insuffle une intensité dramatique hors du commun à plusieurs séquences. Sans être un film majeur du cinéaste, Madame Bovary se doit d’être vu rien que pour sa fameuse « scène du bal ». A noter aussi une superbe musique de Miklos Rozsa.

Les insurgés (We were strangers, John Huston, 1949)

Film hollywoodien sur la révolution cubaine de 1933 qui prend fait et cause pour un groupe de résistants. Ce n’est pas très nuancé donc pas très passionnant non plus. C’est en revanche plastiquement remarquable: la photo violemment contrastée de Russell Metty, la caméra dynamique et les plans rapprochés sur les visages (notamment celui de Jennifer Jones) en font un film assez sensuel sans être esthétisant. Pas inintéressant mais dispensable.