Gente di rispetto (Luigi Zampa, 1975)

Dans un village sicilien, l’arrivée d’une jeune et jolie institutrice est accompagnée de morts violentes…

Même si son prétexte ne tient pas debout et que ses articulations manquent de clarté, le récit policier en dit aussi long sur le peuple sicilien et ses ambiguïtés que Le guépard. La fin est terrible en ce qu’elle révèle le doucereux consentement d’une héroïne à l’ordre archaïque. La musique d’Ennio Morricone dramatise une mise en scène par trop désinvolte et Jennifer O’Neill est absolument splendide. Gente di rispetto se laisse voir.

Des amis comme les miens (Such good friends, Otto Preminger, 1971)

La jeune épouse d’un directeur artistique dans le coma se rend compte des infidélités de ce dernier.

En adaptant ce best-seller de Lois Gould, Otto Preminger s’intéressait aux jeunes gens urbains, riches et hédonistes de la fin des années 60. Aussi versatile qu’ait été le talent de l’auteur de Rivière sans retour et Tempête à Washington, on pouvait difficilement imaginer univers plus éloigné du sien. S’il y a bien une constante chez Preminger, c’est l’absence de sentimentalisme. S’il y a bien un domaine où il n’a jamais excellé, c’est le comique. Or Such good friends est justement une satire dans laquelle l’héroïne traverse une crise sentimentale. Il s’agit de révéler l’envers des apparences sociales à travers le regard d’une épouse candide et trompée.

Le problème est la grossièreté de certains des moyens employés par le cinéaste. Le naturel et la fluidité, si emblématiques des réussites premingeriennes, font ici défaut. Les gags graveleux du début sont simplistes et navrants. Otto Preminger, qui fut un cinéaste parmi les plus élégants, n’est pas à l’aise avec son matériau et ça se sent. L’expression de ses intentions est souvent littérale ou kitsch (la chanson finale: du sous-Bennett). Les ressorts du drame sont également faciles et artificiels, à l’image du coup du calepin où le malade avait comme de fait exprès noté toutes ses conquêtes. Cette désinvolture dans l’écriture est à l’opposée de l’implacable rigueur des précédents échafaudages dramatiques du maître viennois.

Malgré cela, une certaine vérité émane du personnage de l’héroïne. La consistance inattendue de la bimbo est bien gérée. Dyan Cannon est vraiment une des grandes actrices oubliées du cinéma américain des années 70. C’est ici évident. On reconnaîtra aussi que les auteurs ont présenté -avec une certaine finesse du fait peut-être qu’il reste hors-champ une bonne partie du temps- un type jusqu’alors plutôt rare à l’écran:  le connard sympathique à qui tout réussit.

Somme toute, Such good friends est loin d’être un désastre de l’ampleur de Skidoo mais on se prend à rêver de ce que le tact du Blake Edwards des années 80 ou la sensibilité du Richard Brooks de The happy ending auraient insufflé à un tel sujet.

Opération clandestine (The Carey treatment, Blake Edwards, 1972)

Un chirurgien récemment embauché dans un hôpital de Boston enquête sur le meurtre d’une jeune fille dont on accuse son collègue et ami.

Un film conventionnel et invraisemblable agréable à regarder si on est amateur du genre policier avec un héros qui enquête et qui met à jour des gros scandales dans une ville pourrie. L’air du temps, libertaire et progressiste, est bien saisi. L’écrasant charisme de James Coburn rehausse véritablement l’intérêt du film mais on ne voit pas assez la sublime et trop rare Jennifer O’Neill. Leur scènes ensemble sont les meilleures, elles donnent une épaisseur sentimentale aux clichés du film d’action. Il y a aussi quelques bonnes idées de mise en scène (l’affrontement elliptique entre le tueur et l’infirmière droguée). Bref, The Carey treatment est mineur mais vraiment plaisant.